vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204638 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | TERRASSON |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 19 juin 2022, sous le n° 2204638, Mme B E épouse D, représentée par Me Terrasson, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône,
- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de quinze jours ;
- à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en raison de l'état de santé de son fils l'autorisant à travailler d'une durée de six mois, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
- à titre très subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et délais et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros HT au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- son recours est recevable,
- l'arrêté est entaché d'un vice de forme dès lors qu'il ne comporte pas mention, en caractères lisibles, du nom de son auteur ;
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un vice de procédure et méconnaissent une formalité substantielle entachant l'ensemble de la procédure dès lors que le préfet n'a pas produit :
- l'avis de du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et le rapport médical qui l'a précédé,
- les informations sur lesquelles le collège des médecins s'est appuyé pour rendre leur avis, s'agissant des possibilités de bénéficier effectivement d'une prise en charge médicale en Algérie ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation médicale de son fils dès lors que le préfet n'était pas tenu d'assortir le refus de titre de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par une ordonnance en date du 22 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 août 2022.
Un mémoire présenté par le préfet du Rhône a été enregistré le 3 août 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022. Pas de demande selon Skip
II. Par une requête, enregistrée le 19 juin 2022, sous le n°2204639, M. H D, représenté par Me Terrasson, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé quitter le territoire français dans le délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône,
- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de quinze jours ;
- à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en raison de l'état de santé de son fils l'autorisant à travailler d'une durée de six mois, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
- à titre très subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et délais et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros HT au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- son recours est recevable,
- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- la décision portant refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation ;
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un vice de procédure et méconnaissent une formalité substantielle entachant l'ensemble de la procédure dès lors que le préfet n'a pas produit :
- l'avis de du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et le rapport médical qui l'a précédé,
- les informations sur lesquelles le collège des médecins s'est appuyé pour rendre leur avis, s'agissant des possibilités de bénéficier effectivement d'une prise en charge médicale en Algérie ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation médicale de son fils dès lors que le préfet n'était pas tenu d'assortir le refus de titre de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par une ordonnance en date du 22 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 août 2022.
Un mémoire présenté par le préfet du Rhône a été enregistré le 3 août 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- et les observations de Me Terrasson, représentant M. et Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées n° 2204638 et n° 2204639 présentées pour Mme E épouse D et M. D présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme et M. D, ressortissants algériens, nés respectivement les 2 juillet 1991 et 30 juin 1980, sont entrés en France le 26 février 2018 munis de visas de court séjour. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 8 octobre 2018, et par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 31 janvier 2019. Le 17 juillet 2019, les intéressés ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de l'état de santé de leur fils mineur. Des autorisations provisoires de séjour, valides du 15 octobre 2019 au 14 avril 2020, leur ont été délivrées puis prolongées de six mois en raison de la crise sanitaire. Le 24 novembre 2020, Mme et M. D ont sollicité à nouveau la délivrance de titres de séjour en raison de l'état de santé de leur enfant. Par des arrêtés en date du 7 mars 2022, dont Mme et M. D demandent au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a rejeté leurs demandes, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office.
3. Il ressort de la lecture des arrêtés en litige que ces derniers comportent la signature de Mme B G, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à effet de signer les décisions litigieuses par un arrêté du préfet du Rhône du 27 janvier 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, le lendemain. Par suite, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués ne comporteraient pas la mention lisible du nom de leur auteur en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du le code des relations entre le public et l'administration, qui manque en fait, doit être écarté, ainsi que celui tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte.
S'agissant des moyens spécifiquement invoqués par M. D :
4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision par laquelle le préfet du Rhône a refusé d'admettre au séjour M. D, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. Si le requérant soutient que le préfet n'aurait pas pris en compte son intégration professionnelle et notamment la conclusion de son contrat de travail à durée indéterminée, il est constant d'une part, que l'intéressé n'avait sollicité son admission au séjour qu'en qualité de père d'un enfant mineur malade devant recevoir des soins en France et d'autre part, que le préfet a relevé, de manière précise, les activités salariées de M. D en estimant que celles-ci étaient sans incidence sur l'appréciation de sa vie privée et familiale en France, après avoir notamment précisé que le requérant était, lors de sa demande de visa, fonctionnaire au sein du ministère de l'énergie algérien. S'il est loisible à M. D de contester cette analyse, cette divergence d'appréciation ne saurait établir le défaut d'examen invoqué alors que la décision en litige précise les éléments déterminants de sa situation personnelle, familiale et professionnelle. Le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit ainsi être écarté.
5. En second lieu, M. D soutient que sa situation personnelle et professionnelle aurait dû conduire à ce qu'il soit admis au séjour à titre exceptionnel dès lors que la situation médicale de son fils répondrait à une considération humanitaire puisqu'il justifie de vingt-six mois d'intégration professionnelle et dès lors que sa condamnation le 20 décembre 2019 à une amende de 400 euros par le tribunal de grande instance de Lyon pour faits de recel de faux document administratif et de vente à la sauvette ne saurait être regardée comme révélant une menace pour l'ordre public. Toutefois, il ne ressort pas de la lecture de la décision attaquée que le préfet aurait fait application de la réserve d'ordre public pour refuser d'admettre M. D au séjour, le préfet s'étant borné à faire mention de la condamnation précitée. En outre, dès lors que le fils cadet de M. D pourra, ainsi qu'il sera exposé, bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée à son état de santé, en Algérie, et que les activités professionnelles du requérant exercées dans la cadre de l'autorisation provisoire de séjour lui ayant été délivrée, demeurent récentes, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation en refusant de l'admettre au séjour à titre exceptionnel.
S'agissant des moyens communs aux requêtes de Mme et M. D :
6. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : (); 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après un avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". L'article R. 425-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 susvisé : " () Afin de contribuer à l'harmonisation des pratiques suivies au plan national, des outils d'aide à l'émission des avis et des références documentaires présentés en annexe II et III sont mis à disposition des médecins de l'office ".
8. Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Il est vrai qu'il n'a pas entendu écarter, sauf stipulations incompatibles expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour, dès lors toutefois que ces ressortissants algériens se trouvent dans une situation entrant à la fois dans les prévisions de l'accord et dans celles de la législation nationale. L'accord franco-algérien ne contenant aucune stipulation de portée équivalente à celle des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel ne prévoit au demeurant que la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour, la procédure consultative médicale prévue par ce dernier article n'est, dès lors, pas applicable dans le cas du ressortissant algérien sollicitant le séjour en qualité de parent d'un enfant mineur dont l'état de santé justifierait le maintien sur le territoire français. Il est toutefois loisible à l'administration, alors même qu'une consultation n'est pas requise par les textes applicables, d'y procéder, afin d'éclairer utilement sa décision. Une irrégularité éventuellement commise dans le déroulement d'une procédure suivie à titre facultatif par l'administration n'est normalement de nature à vicier la légalité de la décision intervenue que dans la mesure où cette irrégularité a exercé, en fait, une influence sur cette décision.
9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que pour refuser d'admettre M. et Mme D au séjour en raison de l'état de santé de leur fils, né le 16 novembre 2018, le préfet du Rhône s'est prononcé après avoir consulté le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui, dans un avis rendu le 6 avril 2021, produit en défense, a considéré que si l'état de santé de l'enfant A D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que l'enfant peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. Si les requérants soutiennent que le préfet devrait produire le rapport médical établi par le médecin instructeur de l'OFII et sur le fondement duquel l'avis précité a été émis afin de démontrer la régularité de la procédure, il n'appartient pas au préfet de produire ce rapport dont il n'a pas eu connaissance en raison du secret médical. En outre, il ressort de l'avis du 6 avril 2021 qu'il a été rendu au vu d'un rapport médical établi par un médecin de l'OFII le 7 mars 2021 et transmis au collège de médecins le lendemain. Enfin, les requérants soutiennent que les informations générales sur lesquelles le collège de médecins de l'OFII s'est fondé pour rendre son avis s'agissant de la prétendue disponibilité du traitement de leur fils en Algérie, notamment leur nature et leur date, devraient être portées à leur connaissance. Toutefois, alors que l'annexe à l'arrêté du 5 janvier 2017, également intitulée " bibliothèque d'information santé sur les pays d'origine " (BISPO), se borne à recenser, le cas échéant avec leur adresse, les sites internet institutionnels et associatifs, français, étrangers et internationaux comportant des informations sur l'accès aux soins dans les pays d'origine des demandeurs de titres de séjour pour raison médicale, ainsi que ceux relatifs aux pathologies les plus fréquemment rencontrées, ladite liste constituant une aide à la décision pour les membres du collège de médecins de l'OFII dans le cadre de l'instruction des demandes de titre de séjour pour soins, que cette annexe est reprise sous la rubrique " ressources documentaires internationales de santé " en accès libre sur le site internet de l'OFII et doit ainsi être regardée comme ayant fait l'objet d'une diffusion publique, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au collège de médecins de communiquer les informations ou bases de données sur lesquelles il s'est fondé pour rendre l'avis en cause. Il résulte ainsi de l'ensemble de ces éléments que les moyens tirés du vice de procédure et ainsi articulé pourra être écarté en toutes ses branches.
10. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
11. M. et Mme D, entendent contester l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII en soutenat que le traitement suivi par leur fils ne serait pas effectivement disponible en Algérie. Toutefois, s'il ressort des pièces médicales versées au débat que l'enfant est atteint d'une cardiopathie congéniale, une atrésie pulmonaire à septum intact, l'ayant conduit à être hospitalisé à plusieurs reprises, et que cet enfant présente des risques de complications à moyen et long terme et si les requérant versent au débat le compte rendu de l'hospitalisation de l'enfant du 7 au 9 décembre 2020 au cours de laquelle un " décalage des acquisitions assez global " et un " retard de langage " ont été constatés ainsi que deux certificats établis par une cardiologue, les 17 février et 3 juin 2022 relevant que la cardiopathie de l'enfant nécessite " une surveillance cardiologique rapprochée en France d'une durée indéterminée, aucun document médical ne fait mention de ce que ce suivi ne pourrait être effectué en Algérie ni davantage que les examens d'imagerie, notamment échographiques, pour lesquels les requérants justifient de rendez-vous ne pourraient être réalisés dans son pays d'origine. En effet, le certificat établi le 15 mars 2022, postérieurement aux décisions attaquées, par un médecin spécialiste algérien indiquant, en post-scriptum, après avoir rappelé le besoin de suivi de l'enfant, " En Algérie, il y a un manque d'infrastructures spécialisés dans la prise en charge de ce type d'affection ", ne saurait valablement infirmer l'analyse du collège de médecins de l'OFII, fondée sur une combinaison de sources sanitaires officielles sur l'offre de soins en Algérie et la pathologie de l'enfant, quant à la possibilité pour le fils de M. et Mme D d'être médicalement suivi en Algérie. Ensuite, s'il ressort d'un certificat du 3 juin 2022, soit postérieur à la date des décisions attaquées que l'enfant est toujours en attente d'intervention, aucune autre pièce n'évoque la programmation d'une telle intervention dont il n'est précisé ni la nature, ni qu'elle ne pourrait être effectuée en Algérie. Enfin, M. et Mme D font état de la nécessité d'une prise en charge médicamenteuse de leur fils et versent au débat une ordonnance établie par un cardiologue le 17 février 2022 prescrivant à l'enfant du Propanolol pour douze mois et une capture d'écran du site de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) indiquant que cette molécule est en rupture de stock en France depuis le 28 mai 2021 et jusqu'au 1er juin 2022 et des documents indiquant que cette rupture peut être pallier par l'utilisation d'un autre médicament, Dociton. Cependant, aucun document officiel n'évoque une indisponibilité du Propanolol en Algérie à la date des décisions attaquées ni, le cas échéant, que le médicament précité, ou une autre molécule, ne pourrait lui être substituée, l'attestation manuscrite émanant d'une pharmacie de Lyon n'étant en tout état de cause pas de nature à établir une indisponibilité dans le pays d'origine de l'enfant. Ainsi, il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'éléments de nature à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII, M. et Mme D ne sont pas fondés à soutenir que le préfet du Rhône aurait méconnu les stipulations de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien susvisé en refusant de leur délivrer un certificat de résidence algérien en qualité de parents d'un enfant mineur malade et en leur faisant obligation de quitter le territoire français.
12 En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
13. M. et Mme D font état de leur présence régulière en France depuis plus de quatre années, des relations sociales intenses et stables qu'ils y ont nouées, de ce que leur enfant est atteint d'une maladie grave nécessitant des soins en France et enfin, de ce que M. D a travaillé quelques mois en qualité de serveur au cours de l'année 2019 et est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps plein, depuis le 1er février 2020, en qualité d'agent de service. Toutefois, les autorisations provisoires de séjour dont les requérants ont bénéficié en raison de l'état de santé de leur enfant n'avaient pas été délivrées pour un motif pérenne et il ressort des éléments exposés au point 9 que l'état de santé de leur fils ne nécessite pas son maintien en France. Par ailleurs, M. et Mme D ont passé l'essentiel de leur existence en Algérie et la circonstance que M. et Mme D aient exercé des activités salariées en France ne démontrent pas qu'il aurait y noué des attaches anciennes, intenses et pérennes. Dans ces conditions, M. et Mme D ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées auraient porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien susvisé doivent, dès lors, être écartés. Par les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la situation personnelle de M. et Mme D doit être écarté.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
15. M. et Mme D soutiennent que le préfet du Rhône n'aurait pas prêté attention à l'intérêt supérieur de leur fils A dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut lui ferait encourir des risques vitaux ou de survenue de handicaps lourds et qu'en outre, l'intérêt supérieur de leurs trois enfants mineurs serait que leurs parents puissent résider régulièrement en France et y travailler. Toutefois, dès lors qu'ainsi qu'il a été vu au point 9, il n'est pas démontré que leur fils A ne pourrait pas être médicalement suivi en Algérie et dès lors que les décisions en cause n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer les trois enfants mineurs de leurs deux parents, c'est sans méconnaitre leur intérêt supérieur que le préfet du Rhône a pu refuser d'admettre M. et Mme D au séjour et leur faire obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit ainsi être écarté.
16. En quatrième lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doit être écarté.
17. En cinquième lieu, il ne ressort ni de la lecture des décisions par lesquelles le préfet du Rhône a fait obligation de quitter le territoire français à M. et Mme D que le préfet du Rhône se serait cru tenu de prononcer à leur encontre des mesures d'éloignement, le préfet ayant au contraire examiné si les intéressés relevaient des prévisions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pouvant s'opposer à ce que les requérants fassent l'objet de décisions portant obligation de quitter le territoire français en relevant en outre que les requérants n'établissaient pas être exposés à des traitements contraires aux stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen ainsi articulé pourra être écarté.
18. En sixième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent, en l'absence de toute argumentation distincte dirigée spécifiquement contre les mesures d'éloignement, être écartés par les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés aux points 13 et 15. Enfin, dès lors que l'état de santé de leur fils ne nécessite pas son maintien sur le territoire français pour y recevoir des soins qui ne seraient disponibles qu'en France, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur la situation médicale de l'enfant en obligeant M. et Mme D à quitter le territoire français.
19. En septième lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre des décisions fixant le pays de renvoi doit être écarté.
20. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
21. Si Mme et M. D soutiennent que les décisions en cause méconnaîtraient les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ils n'apportent pas la preuve qui leur incombe de ce que leur enfant encourrait des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Algérie du fait d'une absence de prise en charge médicale, aucune pièce du dossier ne démontrant que leur fils ne pourrait être suivi médicalement en Algérie et y recevoir le médicament qui lui est prescrit en France ou une molécule équivalente. Par suite, le moyen ainsi articulé ne peut qu'être écarté.
22. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de ces deux requêtes en ce comprises leurs conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2204638 de Mme B E épouse D et n°2204639 de M. D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E épouse D, à M. H D et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le rapporteur,
N. F
La présidente,
A. Baux
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
N°s 2204638 - 2204639
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026