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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204655

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204655

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204655
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juin 2022, M. A B, représenté par la SCP Couderc-Zouine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel la préfète de l'Ain lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la préfète de l'Ain n'a pas saisi pour avis la commission du titre de séjour alors qu'il remplit les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 423-1 du même code pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint de français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'ensemble des décisions précitées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 23 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Zouine, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 11 décembre 1987, déclare être entré sur le territoire français au mois d'octobre 2020. Le 10 janvier 2022, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations du a) de l'article 10 et du 7 quater de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par un arrêté du 14 mars 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de l'Ain lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'expiration de ce délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 7 quater de l'accord franco-tunisien susvisé : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ". Aux termes de l'article 11 de cet accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque État délivre notamment aux ressortissants de l'autre État tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation. ".

3. D'autre part, selon les termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Et aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces articles auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent. En l'espèce, M. B qui est entré irrégulièrement sur le territoire français au mois d'octobre 2020, n'établit ni même n'allègue être en possession du visa de long séjour exigé par les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, l'intéressé ne remplit pas effectivement les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 423-1 de ce code. Par suite, la préfète de l'Ain n'était pas tenue de saisir pour avis la commission du titre de séjour préalablement à l'édiction de la décision contestée. Le moyen tiré du vice de procédure au regard des dispositions précitées de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pourra, par suite, être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. M. B soutient qu'il a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français depuis le mois d'octobre 2020, dès lors qu'il y vit avec sa compagne, de nationalité française qu'il a épousée le 21 mai 2021, que, compte tenu de son état de santé, sa présence auprès d'elle est indispensable et que la durée de leur séparation en cas de retour en Tunisie entrainerait de graves conséquences. Toutefois, en se bornant à verser au débat son acte de mariage, son livret de famille, la carte nationale d'identité de son épouse, des documents relatifs à leur communauté de vie récente, datés des 13 février, 20 mai et 29 juin 2021, ainsi que deux courriers de la caisse d'allocations familiales des 28 mai et 18 août 2021, le requérant ne justifie ni de l'ancienneté, ni de la stabilité ni encore de l'intensité des liens privés et familiaux dont il se prévaut en France, en particulier vis-à-vis de son épouse avec laquelle il ne justifie pas d'une réelle communauté de vie antérieure au mariage. Par ailleurs, s'il ressort des pièces médicales produites par M. B que son épouse souffre d'une épilepsie généralisée idiopathique non stabilisée, il ne démontre pas, par la seule production d'un courrier rédigé par l'intéressée en des termes généraux et peu circonstanciés le 28 mai 2021, que sa présence auprès d'elle serait indispensable. En outre, si l'intéressé fait état de ce que son épouse a été contrainte de cesser son activité professionnelle, de sorte qu'il est désormais le seul à être en mesure de procurer des ressources à son foyer, il ne justifie en tout état de cause d'aucune insertion sociale ou professionnelle sur le territoire français. Enfin, le requérant n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où il a vécu l'essentiel de son existence, et il n'apporte pas le moindre commencement de preuve à l'appui de ses allégations de nature à démontrer qu'un retour en Tunisie, afin d'y solliciter la délivrance d'un visa de long séjour lui permettant d'obtenir la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français, entrainerait des conséquences excessives sur sa situation personnelle et familiale. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et de ses conditions de séjour, la préfète de l'Ain n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté. Par les mêmes motifs, et en l'absence d'argumentaire spécifique, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale doit également être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En l'absence d'argumentaire spécifique, et en tenant compte des conséquences de la mesure d'éloignement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de M. B doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux précédemment exposés au point 7.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

9. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En l'absence d'illégalité de l'ensemble des décisions précitées, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

Le rapporteur,

C. C

La présidente,

A.Baux

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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