vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204657 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | DELBES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 juin 2022, M. B C, représenté par Me Delbes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 mars 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire :
- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard,
- à titre subsidiaire, en cas d'annulation de la seule obligation de quitter le territoire français, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, jusqu'à ce que sa demande soit à nouveau instruite ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
M. C soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;
1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans leur application ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
2°) s'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par une ordonnance du 23 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2022.
Par un courrier du 7 juillet 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que, s'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français, les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables à la situation de M. C et qu'il y a lieu de substituer à cette base légale erronée celle tirée des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Delbes, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant arménien né le 15 septembre 1982, est entré régulièrement en France en novembre 2015 muni d'un visa de court séjour valide du 16 novembre au 16 décembre 2015 pour y solliciter l'asile. Sa demande a toutefois été rejetée et par un arrêté du 6 janvier 2017, confirmé par un jugement du tribunal du 11 mai 2017. Ayant sollicité son admission au séjour en raison de l'état de santé de l'un de ses enfants mineurs, l'intéressé a fait l'objet de décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français par un arrêté du 12 juillet 2018 qui sera de nouveau confirmé par un jugement du tribunal du 14mai 2019. Le 2 novembre 2021, M. C a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté en date du 4 mars 2022, la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. C demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
2. Les décisions attaquées visent les textes dont elles font application, notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précisent les éléments déterminants qui ont conduit la préfète de la Loire à édicter à l'encontre de M. C les décisions contestées. S'agissant de la décision portant refus de séjour, elle précise les motifs du refus qui ont été opposés à M. C sur chacun des fondements examinés, notamment le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) s'agissant de l'état de santé de son fils lors de la précédente demande de titre de séjour de M. C, le fait que son épouse a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement et ne dispose d'aucun droit au séjour en France, que le requérant ne justifie ni d'une promesse d'embauche ni d'un contrat de travail visés et qu'enfin il ne justifie d'aucune circonstances humanitaire ou de motifs exceptionnels. S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle vise les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant d'assortir la décision de refus de séjour d'une mesure d'éloignement, laquelle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Ensuite, dès lors que le requérant s'est vu accorder le délai de départ volontaire de droit commun de trente jours, la préfète n'avait pas à motiver sa décision sur ce point. Enfin, la décision fixant le pays de destination vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle que M. C est de nationalité arménienne et n'établit pas être exposée à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Les décisions attaquées comportent ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et permettent au requérant d'en discuter utilement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, notamment de sa motivation détaillée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de la Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C et de la demande de titre de séjour qu'il avait présentée. Si le requérant soutient que la préfète aurait commis une erreur de fait, démontrant un défaut d'examen, lorsqu'elle a relevé l'absence de perspective d'embauche lors de l'examen de sa situation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la promesse d'embauche versée au débat pour un poste de carrossier peintre, établie le 12 avril 2022 est postérieure à la date de la décision en litige, ainsi que le projet de contrat de travail afférent à cette promesse, daté du 26 avril 2022. Ces éléments postérieurs à la date de la décision en litige ne sauraient donc caractériser ni un état ni dès lors une erreur de fait. En outre, s'il est loisible au requérant de contester l'appréciation portée par la préfète s'agissant de l'opportunité d'une mesure de régularisation, cette divergence d'analyse avec celle retenue par l'autorité administrative ne saurait démontrer le défaut d'examen invoqué alors que la décision en litige rappelle de manière précise le parcours du requérant et les éléments déterminants de sa situation personnelle, familiale et professionnelle, notamment l'exercice d'activités salariées de l'intéressé lorsqu'il vivait en Namibie. Il résulte de ces éléments que les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doivent être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "
5. M. C fait état de la durée de son séjour en France, de ce qu'un emploi fixe lui a été proposé dans son domaine de compétence, de ce qu'il disposerait sur le territoire français d'un tissu familial et social important. Toutefois, la seule durée de présence du requérant ne saurait démontrer à elle seule que l'intéressé disposerait sur le territoire français de liens particulièrement anciens, intenses et pérennes et, à cet égard, si M. C fait état de ce que les membres de la famille de son épouse résident régulièrement en France, il est cependant constant que son épouse y est dépourvue de tout droit au séjour, ayant fait l'objet de décisions portant obligation de quitter le territoire français en janvier 2017, juillet 2018 et septembre 2020, cette dernière décision ayant été assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le requérant ne pourrait poursuivre sa vie privée et familiale avec son épouse et leurs trois enfants, qui sont également de nationalité arménienne, ailleurs qu'en France et notamment dans leur pays d'origine où aucun obstacle ne s'oppose à ce que la cellule familiale s'y reconstitue dans la mesure où sa demande d'asile a été définitivement rejetée. Enfin, la participation du requérant a des activités bénévoles et l'apprentissage de la langue française ne permettent pas de démontrer que M. C aurait noué en France des attaches particulièrement significatives et la production d'une promesse d'embauche postérieure à la date de la décision en litige et d'un bulletin de salaire portant sur le mois de juin 2022 ne démontre pas une intégration professionnelle significative. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, dès lors, être écartés. Par les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant refus de séjour sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. M. C fait état de ce que son fils aîné, né en Namibie le 8 janvier 2014, est pris en charge au quotidien à l'institut médico-éducatif (IME) Maison d'Aix et Forez, une structure pour enfants, adolescents et adultes autistes, l'enfant étant suivi pour un autisme infantile avec mise en place d'un accompagnement pluridisciplinaire devant être maintenu, et de ce que ses deux autres enfants, nés sur le territoire national, ne maîtrisent que la langue française. Toutefois, la demande de titre de séjour présentée par le requérant en qualité de parent d'un enfant mineur malade a été rejetée en juillet 2018, le collège de médecins de l'OFII ayant estimé que l'enfant pouvait bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée dans son pays d'origine et aucune pièce du dossier ne fait état d'un changement de l'état de santé de l'enfant, ni de sa prise en charge, essentiellement paramédicale. S'agissant des deux autres enfants mineurs de M. C, sa fille née le 6 mars 2016 et son fils né 17 septembre 2018, la circonstance qu'ils soient tous deux nés en France et en maîtrisent la langue ne saurait démontrer qu'ils ne pourraient poursuivre leur scolarité, encore à un stade débutant, en Arménie. Enfin, dès lors que la décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les trois enfants mineurs de leurs deux parents qu'ils ont vocation à accompagner dans le pays d'origine, la préfète de la Loire n'a pas porté atteinte à leur intérêt supérieur en refusant d'admettre leur père au séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. "
9. La situation personnelle et familiale de M. C, telle qu'elle a été exposée aux points 5 et 7, ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, la préfète de la Loire ne saurait être regardée comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni comme ayant méconnu ces dispositions, en refusant de délivrer à titre exceptionnel un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. C. Enfin, dès lors que les éléments produits par M. C s'agissant de ses possibilités d'insertion professionnelle en qualité de carrossier sont postérieurs à la date de la décision attaquée et qu'au surplus, l'intéressé ne fait état d'aucune qualification pour cet emploi, M. C se bornant à produire de lettre de référence relative aux activités exercées en Namibie comme polisseur dans le secteur de la diamanterie, la préfète de la Loire n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur manifeste d'appréciation dans leur application en refusant de délivrer à titre exceptionnel un titre de séjour portant la mention " salarié " au requérant.
En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :
10. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article de L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
11. Tout d'abord, il résulte des termes mêmes des dispositions précitées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'elles ne sont pas applicables aux étrangers qui se sont maintenus sur le territoire national au-delà du délai de départ volontaire. En l'espèce, il ressort des pièces des dossiers que M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours lui ayant été notifiée le 17 juillet 2018, décision à laquelle il n'a pas déféré. Par suite, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point. Or, en l'espèce, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles de l'article L. 612-8 du même code visées par les décisions en cause, dès lors, en premier lieu, que M. C se trouvait dans la situation où, en application de ces premières dispositions, la préfète de la Loire pouvait décider de prononcer à leur encontre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose d'un pouvoir d'appréciation de portée équivalente pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions. Il s'ensuit qu'il y a lieu de procéder à la substitution de base légale.
12. La décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour dont elle fait application et précise les éléments déterminants qui ont conduit la préfète de la Loire à assortir la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. C d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Si le requérant soutient que la décision attaquée ne serait pas motivée au regard de l'existence de circonstances humanitaires, il ressort cependant de l'arrêté en litige que la préfète a préalablement examiné si des considérations humanitaires devaient conduire à admettre exceptionnellement au séjour le requérant, ce dernier n'en justifiant pas. Aussi, sans qu'il soit nécessaire de motiver à nouveau la décision attaquée sur ce point, notamment en ce qui concerne la situation médicale de son fils mineur, la préfète doit être regardée comme ayant procédé à l'examen des circonstances humanitaires pouvant s'opposer à ce qu'il fasse l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français. En outre, il ressort également de la décision attaquée que la préfète a examiné la situation du requérant au regard des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant en compte la durée de présence du requérant en France, la nature des liens dont il y dispose, notamment la présence de la famille de son épouse en France, et la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet en juillet 2018. Il résulte ainsi de ces éléments que les moyens tirés du défaut de motivation et de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doivent être écartés.
13. Enfin, M. C soutient que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an serait manifestement erronée et résulterait d'une erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, M. C a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et relève ainsi des prévisions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sa durée de séjour en France et l'état de santé de son fils mineur, tel qu'exposé précédemment, ne peut être regardés comme des circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées devant conduire l'autorité administrative s'abstienne d'assortir la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation devra être écarté. Enfin, dès lors que M. C a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne justifie pas de liens particulièrement significatifs en France puisque son épouse s'y trouve dépourvue de droit au séjour, la préfète n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant la durée à douze mois de l'interdiction de retour en litige, la durée maximale de cette interdiction pouvant aller jusqu'à vingt-quatre mois.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de la Loire.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le rapporteur,
N. A
La présidente,
A. Baux
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026