vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204666 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | LAWSON BODY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 20 juin et 26 juillet 2022, Mme A B, représentée par Me Lawson-Body, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 mars 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire :
- à titre principal, dans l'hypothèse d'un refus de reconnaissance de la nationalité française, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard,
- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard, en lui délivrant, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Mme B soutient que :
- sa requête est recevable ;
1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation individuelle ;
- elle est sans objet dès lors qu'elle est de nationalité française en ce qu'elle a pu bénéficier de l'effet collectif attaché à l'acquisition de la nationalité française de son père ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est illégale dès lors qu'elle ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en tant que française ;
3°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
4°) s'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier ;
-- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 18 juillet 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- à titre principale, la requête est irrecevable car tardive,
- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 23 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2022.
Par un courrier du 15 juillet 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que, s'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français, les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables à la situation de Mme B et qu'il y a lieu de substituer à cette base légale erronée celle tirée des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance n° 62·825 du 21 juillet 1962 relative à certaines dispositions concernant la nationalité française, prises en application de la loi n° 62.42.1 du 13 avril 1962 ;
- la loi n° 66-945 du 20 décembre 1966 modifiant l'ordonnance n° 62.825 du 21 juillet 1962 relative à certaines dispositions concernant la nationalité française ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante algérienne née le 1er janvier 1960, déclare être entrée en France pour la dernière fois en avril 2015. L'intéressée a fait l'objet de décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français par des arrêtés en date des 11 mai 2016 et 25 juillet 2017. Ayant à nouveau sollicité son admission exceptionnelle au séjour, Mme B a fait l'objet de décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français par un arrêté du 15 juin 2018 qui a été confirmé par un jugement du tribunal du 4 décembre 2018. Le 12 octobre 2021, la requérante a de nouveau sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 9 mars 2022, la préfète de la Loire a une nouvelle fois refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Mme B demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
Sur l'exception de nationalité :
2. Aux termes de l'article L. 110-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont considérées comme étrangers au sens du présent code les personnes qui n'ont pas la nationalité française, soit qu'elles aient une nationalité étrangère, soit qu'elles n'aient pas de nationalité ". Selon les dispositions de l'article 30 du même code : " " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants. ". Aux termes de l'article 30 du même code : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause () ". Enfin, aux termes de l'article R. 771-2 du code de justice administrative : " Lorsque la solution d'un litige dépend d'une question soulevant une difficulté sérieuse relevant d'une compétence de la juridiction judiciaire, la juridiction administrative saisie la transmet à la juridiction judiciaire compétente. Elle sursoit à statuer jusqu'à la décision sur la question préjudicielle ". Il résulte de ces dispositions que la charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause sauf s'il est titulaire d'un certificat de nationalité française, et que l'exception de nationalité ne constitue une question préjudicielle que si elle présente une difficulté sérieuse.
3. Mme B soutient qu'elle serait de nationalité française par filiation, son père ayant souscrit une déclaration recognitive de nationalité française, le 28 décembre 1962 sur le fondement des dispositions de l'ordonnance du 21 juillet 1962 susvisée et, qu'elle bénéficierait de l'effet collectif attaché à l'acquisition de la nationalité française par son père, en sa qualité de descendante mineure et non mariée au moment de cette déclaration. Si la requérante peut être regardée, ce faisant, comme invoquant le moyen tiré de l'exception de nationalité française et si elle verse à l'instance un extrait d'acte de naissance et une copie d'acte d'état civil au nom de M. D B indiquant que celui-ci est de nationalité française par déclaration du 26 décembre 1962, elle n'apporte aucun élément probant de nature à établir son lien de filiation avec cette personne dont le nom de famille comporte une orthographe différente du sien et qui porte également un prénom qui n'est pas identique à celui figurant sur son récépissé de demande de titre de séjour sur lequel est mentionnée l'identité de ses parents. Compte tenu de ces éléments, et alors que Mme B ne justifie d'aucune démarche engagée en vue de souscrire une déclaration de nationalité française, le moyen tiré de l'exception de nationalité française invoqué par Mme B ne soulève pas de difficulté sérieuse et pourra être écarté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. E F, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire du 4 mars 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les stipulations des articles 6, 5) et 7, b) de l'accord franco-algérien susvisé et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et précise les éléments déterminants qui ont conduit la préfète de la Loire à refuser l'admission au séjour de Mme B sur chacun des fondements examinés. En l'espèce, d'une part, la décision attaquée précise que l'intéressée qui a vécu en Algérie jusqu'à l'âge de 55 ans, qui ne justifie pas actuellement d'activités professionnelles ni davantage d'un contrat de travail ou d'une promesse d'embauche visés par les services de la main d'œuvre étrangère, ne justifie pas d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable en France ni même de motifs exceptionnels permettant son admission exceptionnelle au séjour. S'il est loisible à la requérante de contester l'appréciation portée par l'autorité administrative notamment s'agissant de l'intérêt supérieur de l'enfant qu'elle a recueilli par Kafala, cette divergence d'analyse ne saurait établir l'insuffisance de motivation invoquée, la décision en litige faisant d'ailleurs mention de la présence de cet enfant et de sa scolarité. La décision attaquée comporte ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement qui ont permis à la requérante d'en discuter utilement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. Mme B fait état de ce qu'elle réside en France depuis sept ans, de ce que son fils, né le 25 décembre 2008, y est scolarisée et bénéficie d'un suivi en raison d'un état de santé fragile, de ce qu'elle dispose également d'attaches familiales en France dès lors que sa fille aînée y réside, enfin, qu'elle est pré-qualifiée en qualité d'agent de propreté et dispose de plusieurs expériences professionnelles. Toutefois, il est constant que la requérante s'est maintenue irrégulièrement en France en dépit des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français mentionnées au point 1 alors qu'au demeurant, la seule durée de son séjour ne saurait démontrer, à elle seule, qu'elle aurait noué en France des attaches à la fois anciennes, intenses et pérennes. A cet égard, si la requérante qui a passé l'essentiel de son existence en Algérie où elle a vécu jusqu'à l'âge de cinquante-cinq ans, se prévaut de la présence de sa fille, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2021, il ressort des pièces du dossier que cette dernière est majeure et a vécu séparée de sa mère jusqu'en 2015, date de la dernière entrée de la requérante sur le territoire français. En outre, si Mme B a exercé des activités professionnelles en France lors d'un précédent séjour au cours des années 2000, elle ne justifie pas d'activités salariées depuis son retour sur le territoire national, est dépourvue de ressources et ne peut dès lors être regardée comme justifiant d'une insertion particulière. S'agissant de son fils adoptif, lequel lui a été confié par acte de kafala comme en atteste le jugement en date du 8 mars 2009 du tribunal de Chlef versé à l'instance, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ne pourrait pas poursuivre sa scolarité en Algérie, pays où il est né et dont il a la nationalité, et si la requérante invoque l'état de santé fragile de cet enfant, il ressort des récentes pièces produites que celui-ci n'est suivi qu'une fois par semaine par un psychologue en centre médico-psychologique. Enfin, la décision en litige n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer cet enfant mineur de Mme B qu'il a vocation à accompagner en Algérie où la cellule familiale pourra ainsi se reconstituer. Dans ces conditions, alors que la requérante dispose nécessairement d'attaches culturelles et sociales dans son pays d'origine où aucun obstacle ne s'oppose à ce qu'elle poursuive sa vie privée et familiale, eu égard aux conditions de son séjour en France émaillées de décisions défavorables successives quant à son admission au séjour sur le territoire national, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis ni davantage à l'intérêt supérieur de son enfant mineur. Par suite, les moyens tirés d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dans celles de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien susvisé et dans l'application des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant refus de séjour sur la situation de Mme B doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours :
8. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, doit être écarté.
9. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été exposé au point 4, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée en droit et en fait. En outre, la préfète de la Loire a visé les dispositions de l'article L. 611-1, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui permettent d'assortir la décision de refus de séjour d'une décision portant obligation de quitter le territoire. Par suite, la mesure d'éloignement contestée, qui n'a pas à faire l'objet d'une motivation en fait distincte de celle de la décision relative au séjour, est elle-même suffisamment motivée. En outre, dès lors que Mme B s'est vue accordée un délai de départ volontaire de trente jours, soit le délai de droit commun, la préfète n'était pas tenue de motiver sa décision sur ce point. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui manque en fait, doit être écarté.
10. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que Mme B possèderait la nationalité française et qu'en conséquence elle ne pourrait faire l'objet d'une décision d'obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté par les mêmes motifs qui ont été exposés au point 3 du présent jugement.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus titre de séjour, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
12. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article de L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
13. Tout d'abord, il résulte des termes mêmes des dispositions précitées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont applicables que lorsque l'étranger n'entre pas dans l'une des situations prévues aux articles L. 612-6 et L. 612-7 du même code, qu'elles ne sont dès lors pas applicables aux étrangers qui se sont maintenus sur le territoire national au-delà du délai de départ volontaire. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, notifiée le 15 juin 2018, et s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire à l'expiration du délai de départ volontaire lui ayant été accordé. Par suite, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais seulement sur celui des dispositions de l'article L. 612-7 du même code. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point. En l'espèce, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui peuvent être substituées à celles de l'article L. 612-8 du même code visées par la décision en cause, dès lors, en premier lieu, que Mme B se trouvait dans la situation où, en application de ces premières dispositions, la préfète de la Loire pouvait décider de prononcer à son encontre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver le requérant d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose d'un pouvoir d'appréciation de portée équivalente pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions. Il s'ensuit qu'il y a lieu de procéder à la substitution de base légale.
14. Ensuite, Mme B soutient que la décision attaquée serait insuffisamment motivée en ce que la préfète n'aurait pas motivée sa décision au regard des quatre critères prévus par les dispositions précitées. Toutefois, les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne confèrent pas aux critères prévus un caractère cumulatif exigeant que la situation de l'étranger soit défavorable au regard de chacun d'eux. Par suite, la préfète de la Loire n'était pas tenue de préciser qu'elle ne considérait pas la présence de Mme B comme constituant une menace pour l'ordre public et la préfète a motivé sa décision en relevant que Mme B s'était soustraite à une précédente mesure d'éloignement et qu'elle ne justifiait pas de liens d'une nature particulière en France. La décision attaquée comporte ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et permet à la requérante d'en discuter utilement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
15. Enfin, si Mme B invoque une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète n'a pas fait application de cet article et la requérante doit être regardée comme invoquant une telle erreur dans l'application des articles cités au point 12, lorsqu'elle fait état de sa durée de présence en France avec son fils à l'état de santé très fragile, de ses liens anciens et très intenses avec la France et de ce qu'elle ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, la requérante a fait l'objet, en dernier lieu, d'une mesure d'éloignement en juin 2018 et s'est maintenue irrégulièrement à l'expiration du délai de départ lui ayant été accordé. L'intéressée relève ainsi des prévisions de l'article L.612-7 précité selon lesquelles l'autorité administrative assortit la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français et, en l'espèce, la requérante ne justifie pas, compte tenu de sa situation personnelle telle qu'exposée au point 7, de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées. Ainsi, la préfète n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne s'abstenant pas d'édicter à l'encontre de Mme B une interdiction de retour sur le territoire français. Enfin, si la requérante invoque une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée en raison de ses attaches en France, il lui est cependant loisible, une fois qu'elle aura quitté le territoire national, de solliciter l'abrogation de la décision attaquée pour revenir régulièrement en France, de telle sorte que la préfète de la Loire ne saurait être regardée comme ayant commis l'erreur manifeste d'appréciation invoquée.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de la Loire.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le rapporteur,
N. C
La présidente,
A. Baux
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026