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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204697

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204697

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204697
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBRICCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juin 2022 et 17 janvier 2023, Mme D A, représentée par Maître Bricca, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2021 par lequel le maire de Cenves a autorisé, au nom de l'Etat, la réalisation d'une terrasse surélevée accolée à une maison d'habitation, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 24 mars 2022 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cenves la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle justifie d'un intérêt à agir et que sa requête n'est pas tardive ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence et d'un vice de forme en ce qu'il ne fait pas apparaître le nom et le prénom de son signataire, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il a été délivré en méconnaissance des articles 678 et 680 du code civil ;

- le projet méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en générant des nuisances sonores, visuelles et olfactives.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, Mme A ne démontrant pas être propriétaire de sa maison, en méconnaissance de l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme, et le recours gracieux n'ayant pas été notifié au pétitionnaire dans les conditions requises par l'article R. 600-1 du même code ;

- les moyens soulevés par Mme A sont infondés.

La requête a été communiquée à M. B C qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 12 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 29 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chapard,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 9 juin 2021, M. C a déposé en mairie de Cenves une demande de permis de construire pour la réalisation d'une terrasse surélevée accolée à sa maison d'habitation. Par arrêté du 15 juillet 2021, le maire de Cenves a, au nom de l'Etat, délivré l'autorisation ainsi sollicitée. Par courrier du 24 mars 2022, Mme A a exercé un recours gracieux contre cet arrêté. La requérante sollicite l'annulation du permis accordé ainsi que de la décision tacite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : / a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, () ; / b) Le préfet ou le maire au nom de l'Etat dans les autres communes. / () ". Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. "

3. Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire en litige est signé et comporte le prénom, le nom et la qualité de son signataire, le maire de Cenves, M. E. Les moyens tirés de l'incompétence du signataire de cet arrêté et de la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et doivent ainsi être écartés.

4. En deuxième lieu, la requérante soutient que le projet méconnaît les articles 678 et 680 du code civil en ce qu'il ne prévoit pas une distance de 19 décimètres entre la terrasse et la ligne séparative des deux terrains mais " un retour minimum de 60 cm " et en ce qu'il crée des vues directes sur son terrain. Un tel moyen n'est toutefois pas de ceux qui peuvent être utilement invoqués à l'encontre d'un permis de construire, qui est délivré sous réserve des droits des tiers.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "

6. Mme A, qui se borne à déplorer les nuisances sonores, visuelles et olfactives engendrées par le projet en litige, qui consiste en la création d'une terrasse de 43 mètres carrés accolée à une maison individuelle, ne soutient ni n'allègue que le projet engendrerait un risque pour la sécurité ou la salubrité publique. Il suit de là qu'elle n'est pas fondée à soutenir que le maire de Cenves a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme en délivrant l'autorisation litigieuse.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par le préfet du Rhône, que la requête de Mme A doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Cenves, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Par suite, les conclusions présentées par la requérante sur le fondement de ces dispositions doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à la préfète du Rhône, à M. B C et à la commune de Cenves.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Jean-Pascal Chenevey, président,

- Mme Marine Flechet, première conseillère,

- Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La rapporteure,

M. Chapard

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

G. Reynaud

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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