vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204699 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | ADJA OKE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 juin et 17 août 2022, Mme B E, représentée par Me Adja Oke, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de deux jours à compter de la même date, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la recevabilité de son mémoire complémentaire :
- ce mémoire, enregistré le 17 août 2022, est recevable, dès lors que le délai de recours contentieux de deux mois à l'encontre des décisions contestées a été interrompu par la demande d'aide juridictionnelle qu'elle a présentée le 15 juin 2022 et qu'il n'a recommencé à courir qu'à compter du 29 juillet 2022, date à laquelle la décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 22 juillet 2022 lui a été notifiée ;
En ce qui concerne l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté contesté :
- elles sont entachées d'incompétence de leur signataire ;
- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation en fait et en droit ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors que contrairement à ce qu'a retenu le préfet du Rhône, sa formation, de type hybride, comporte, outre la période des examens, des temps de formation en présentiel et en distanciel ;
- il n'est pas établi que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur des éléments erronés tirés de ce qu'elle s'est inscrite dans un centre de formation à distance ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations du premier alinéa du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour :
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C ;
- et les observations de Me Adja Oke, représentant Mme E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E, ressortissante algérienne née le 25 août 1995, est entrée sur le territoire français le 15 septembre 2019 munie de son passeport revêtu d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant - carte de séjour à solliciter dès l'arrivée en France " afin de poursuivre des études supérieures. Elle a ensuite obtenu, le 16 octobre 2019, la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant " sur le fondement des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, lequel a été régulièrement renouvelé. Le 26 septembre 2021, l'intéressée a sollicité des services de la préfecture du Rhône le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 16 mai 2022, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.
En ce qui concerne l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté contesté :
2. En premier lieu, par un arrêté du 5 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 8 avril 2022, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet du Rhône a donné délégation de signature à Mme A D, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer la totalité des actes établis par sa direction, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait et doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions contestées visent les textes dont elles font application, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme E, dont les éléments sur lesquels le préfet du Rhône s'est fondé pour lui refuser le renouvellement de son certificat de résidence portant la mention " étudiant ", l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et fixer le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'expiration de ce délai de départ volontaire. Contrairement à ce que soutient la requérante, cette autorité, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle, a suffisamment motivée la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour en relevant qu'eu égard au nombre d'heures que comporte sa formation, soit " 100 heures de cours sur l'année, équivalent à sept demi-journées de cours en visio-conférence ainsi que 12 heures de cours préenregistrés ", et aux stipulations de son contrat de formation professionnelle, lequel indique que " l'inscription à un DU/DIU au titre de la Formation Professionnelle n'octroie pas le statut d'étudiant ", la qualité d'étudiante ne pouvait raisonnablement lui être reconnue, de sorte qu'elle ne remplissait pas les conditions prévues au premier alinéa du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par suite, les décisions attaquées, qui comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permettent ainsi à l'intéressée d'en contester utilement le bien-fondé, sont suffisamment motivées au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et des articles L. 613-1 et L. 721-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de Mme E. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :
5. En premier lieu, Mme E soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur de fait, dès lors que contrairement à ce qu'a retenu le préfet du Rhône, sa formation comporte, outre la période des examens et un temps de formation en distanciel, un temps de formation en présentiel, comprenant, sauf dérogation, quatre demi-journées de cours organisées sur le site de l'Unité de formation et de recherche (UFR) de médecine Bichat situé au 16, rue Henri Huchard dans le 18ème arrondissement de Paris. Toutefois, il ressort des termes mêmes de la décision contestée que pour considérer que la qualité d'étudiante ne pouvait lui être reconnue et ainsi lui refuser le renouvellement de son certificat de résidence portant la mention " étudiant ", le préfet du Rhône s'est notamment fondé sur le nombre d'heures que comportait sa formation, et non sur les modalités de son suivi. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait manque en fait et pourra dès lors être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". / Les ressortissants algériens titulaires d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant ", sous réserve de leur inscription dans un établissement ouvrant droit au régime de sécurité sociale des étudiants, peuvent être autorisés à travailler dans la limite d'un mi-temps annuel pour la branche ou la profession concernée. L'autorisation est délivrée sous forme d'autorisation provisoire de travail sur présentation d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail () ".
7. Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un certificat de résidence présentée en qualité d'étudiant par un ressortissant algérien, de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études, en en appréciant la réalité, le sérieux et la progression.
8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'après avoir obtenu dans son pays d'origine, le 4 juillet 2018, un master en sciences de la nature et de la vie spécialité " Nutrition diététique humaine ", Mme E s'est inscrite en deuxième année de master de sciences, technologies, santé mention " Nutrition et sciences des aliments ", parcours type " Nutrition-Santé " au sein de l'Université de Dijon pour l'année universitaire 2019-2020 qu'elle n'a pas validée. Après s'être réinscrite au sein du même master pour l'année universitaire 2020-2021 et avoir obtenu son diplôme avec la mention " Passable " le 21 octobre 2021, l'intéressée s'est inscrite au sein du diplôme universitaire (DU) " Diététique et nutrition clinique et thérapeutique " de l'Université de Paris pour l'année universitaire 2021-2022 comprenant cent heures de formation et a conclu un contrat de formation professionnelle continue du 18 novembre 2021 au 2 juin 2022. Pour refuser de renouveler le certificat de résidence de Mme E, le préfet du Rhône s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée ne pouvait être regardée comme poursuivant effectivement des études, dès lors, d'une part, que sa formation au sein du DU " Diététique et nutrition clinique et thérapeutique " comportait seulement cent heures de cours sur l'année, équivalent à sept demi-journées de cours en visio-conférence ainsi que douze heures de cours préenregistrés, et d'autre part, que le contrat de formation professionnelle qu'elle a fourni indique que " l'inscription à un DU/DIU au titre de la Formation Professionnelle n'octroie pas le statut d'étudiant ". Or, si Mme E, qui ne conteste pas le nombre d'heures de sa formation, soutient qu'elle s'adresse bien aux étudiants ne pouvant s'inscrire au diplôme d'études spécialisées complémentaires (DESC) de nutrition et que compte tenu des quatre demi-journées en présentiel qu'elle comporte, réparties sur les mois de décembre 2021 et février et avril 2022, elle impliquait, sauf dérogation permettant de la suivre intégralement en distanciel, sa présence sur le territoire français, il résulte en tout état de cause de l'instruction que le préfet du Rhône aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur le très faible volume horaire de cette formation. Ainsi, il y a lieu de considérer, qu'en l'espèce, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des stipulations précitées du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
9. En dernier lieu, dès lors que Mme E n'a sollicité que le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante et que le préfet du Rhône ne s'est pas prononcé sur son droit au séjour à un autre titre, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme E doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le rapporteur,
C. C
La présidente,
A. Baux
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026