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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204706

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204706

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204706
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP MAURICE RIVA VACHERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juin et 5 décembre 2022, M. A E, représenté par la SCP Riva et Associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2022 par lequel le maire de Saint-Romain-de-Popey lui a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif pour la réalisation d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée A 748 dont il est propriétaire et a mentionné la possibilité d'opposer un sursis à statuer à une déclaration préalable ou une demande de permis en raison de la procédure en cours d'élaboration d'un plan local d'urbanisme ;

2°) d'enjoindre au maire de Saint-Romain-de-Popey de procéder au réexamen de sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Romain-de-Popey la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'erreur de droit, le caractère négatif du certificat d'urbanisme ne pouvant légalement se fonder sur un possible sursis à statuer sur une demande d'autorisation d'urbanisme ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme ;

- la mention du sursis à statuer est entachée d'erreur d'appréciation.

Par des mémoires, enregistrés les 3 août 2022 et 20 février 2023, la commune de Saint-Romain-de-Popey, représentée par SELARLU Jean-Marc Petit-Avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par ordonnance du 17 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 décembre 2023 à 16 h 30.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Flechet, rapporteure,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- les observations de Me Cadet, représentant M. E, requérant,

- et celles de Me Buffet, représentant la commune de Saint-Romain-de-Popey.

Considérant ce qui suit :

1. Le 13 janvier 2022, M. A D a déposé en mairie de Saint-Romain-de-Popey une demande de certificat d'urbanisme opérationnel pour la construction d'une maison d'habitation sur la parcelle située la plus à l'est des deux parcelles dont il est propriétaire sur le territoire communal, cadastrée A 748. Par décision du 7 mars 2022 dont il demande l'annulation, le maire de Saint-Romain-de-Popey a délivré un certificat d'urbanisme négatif et mentionné la possibilité d'opposer un sursis à statuer à une déclaration préalable ou une demande de permis de construire en raison de la procédure en cours d'élaboration d'un plan local d'urbanisme.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " () Le certificat d'urbanisme est délivré dans les formes, conditions et délais déterminés par décret en Conseil d'Etat par l'autorité compétente mentionnée au a et au b de l'article L. 422-1 du présent code. ". En vertu de l'article L. 422-1 de ce code : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, () Lorsque le transfert de compétence à la commune est intervenu, il est définitif. / () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". En application de l'article L. 2131-1 de ce code : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () Le maire certifie, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes. ".

3. Le certificat d'urbanisme en litige a été signé par M. C B, premier adjoint chargé notamment de l'urbanisme, en vertu d'une délégation de fonctions et de signature du maire de Saint-Romain-de-Popey, l'autorisant à signer la décision attaquée rendue sur une demande de certificat d'urbanisme. Cet arrêté de délégation a été affiché sur le panneau extérieur de la mairie du 11 juin au 11 août 2020 et transmis aux services de la préfecture le 18 juin 2020. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté du 7 mars 2022 ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / () Il en est de même lorsqu'un sursis à statuer serait opposable à une déclaration préalable ou à une demande de permis. Le certificat d'urbanisme précise alors expressément laquelle ou lesquelles des circonstances prévues aux deuxième à sixième alinéas de l'article L. 424-1 permettraient d'opposer le sursis à statuer. / () ". Ces dispositions ont pour effet de garantir à la personne à laquelle a été délivré un certificat d'urbanisme, quel que soit son contenu, un droit à voir sa demande d'autorisation d'urbanisme, déposée durant les dix-huit mois qui suivent, examinée au regard des dispositions d'urbanisme applicables à la date de ce certificat, à la seule exception de celles qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique. Parmi ces règles figure la possibilité, lorsqu'est remplie, à la date de délivrance du certificat, la condition mentionnée à l'article L. 153-11 du même code, d'opposer un sursis à statuer à une déclaration préalable ou à une demande d'autorisation concernant un projet qui serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan. L'article L. 153-11 du code de l'urbanisme dispose que : " () / L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ".

5. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, après avoir opposé l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme pour motiver le caractère négatif du certificat d'urbanisme sur le fondement des règles alors applicables du règlement national d'urbanisme, le maire a indiqué la possibilité d'un sursis à statuer sur une demande d'autorisation d'urbanisme, au motif que le projet d'urbanisation des auteurs du futur document local d'urbanisme s'oriente vers la maîtrise du développement géographique et la limitation de la consommation des espaces naturels et agricoles, notamment en renforçant l'enveloppe urbaine existante et en réduisant les possibilités d'urbanisation sur les franges urbaines dans les hameaux. Le maire a également précisé que cet objectif se traduit par une limitation de l'ouverture à l'urbanisation de nouvelles zones sur les espaces naturels et agricoles, tels que le secteur dans lequel se situe le terrain qui fait l'objet de la demande de certificat d'urbanisme, et une optimisation du foncier encore disponible au sein de l'enveloppe du bourg et en périphérie immédiate. Dès lors, le maire a seulement mentionné la possibilité d'un sursis à statuer sur une demande d'autorisation d'urbanisme en raison de la procédure en cours d'élaboration d'un plan local d'urbanisme, conformément aux dispositions précitées. Par suite, contrairement à ce que soutient le requérant, la mention de cette possibilité de sursis ne constitue pas le motif du caractère négatif du certificat d'urbanisme, lequel est fondé sur les dispositions du règlement national d'urbanisme applicables à la date de la décision attaquée en l'absence de document local d'urbanisme couvrant le territoire de Saint-Romain-de-Popey. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le terrain concerné par le certificat d'urbanisme en litige, dont il est constant qu'il est non bâti et à l'état naturel, se situe à plusieurs centaines de mètres au nord du bourg. S'il est situé à proximité d'un îlot d'urbanisation à l'ouest, il en est séparé par une parcelle non construite et est bordé au nord, au sud et à l'est par des terrains qui étaient non bâtis à la date de la décision attaquée. A l'exception de ce secteur construit à l'ouest, le terrain d'assiette est essentiellement entouré de vastes espaces à l'état naturel ou cultivés, parsemés de quelques constructions dispersées au nord et à l'est. Si les constructions existantes à l'ouest présentent un nombre et une densité suffisants pour constituer une partie urbanisée, le terrain en cause ne la jouxte pas. Le requérant ne peut par ailleurs utilement se prévaloir des deux maisons implantées immédiatement au nord de son terrain, qui n'étaient pas encore édifiées à la date de la décision attaquée. Par suite, le maire n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que le terrain objet de la demande de certificat d'urbanisme se situait à l'extérieur de la partie actuellement urbanisée de la commune. Le moyen tiré de ce que le maire aurait méconnu l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme doit ainsi être écarté.

8. En dernier lieu, comme le souligne la commune, le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) du futur plan local d'urbanisme comporte une orientation tendant à freiner la consommation des espaces agricoles et naturels en luttant contre l'étalement urbain, notamment en limitant les possibilités de construction sur les franges urbaines dans les hameaux et en confortant le centre-bourg. Le PADD préconise ainsi un développement de l'urbanisation en dents creuses ou sous forme de greffes localisées au plus proche des bourgs. Si le requérant soutient que son terrain ne relève pas des secteurs envisagés par les auteurs du futur document pour les coupures d'urbanisation à maintenir, il ressort des pièces du dossier qu'il se situe hors de l'enveloppe urbaine existante identifiée par le PADD. Par ailleurs, si le terrain en litige est localisé à proximité de la gare ferroviaire, en limite du " pôle gare ", ce pôle a été ciblé par les auteurs du futur plan seulement au titre des enjeux de déplacements, afin d'organiser les liaisons entre le centre-bourg, le " pôle gare " et les deux zones d'activité situées plus au nord du territoire, sans avoir été identifié au titre du développement de l'urbanisation. Par suite, le requérant n'établit pas que le maire de Saint-Romain-de-Popey aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en ajoutant la mention d'un possible sursis à statuer sur le certificat d'urbanisme attaqué.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

10. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de M. E, partie perdante, le versement à la commune de Saint-Romain-de-Popey d'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Ces mêmes dispositions font en revanche obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par le requérant sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : M. E versera à la commune de Saint-Romain-de-Popey la somme de 1000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et à la commune de Saint-Romain-de-Popey.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

M. Flechet

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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