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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204709

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204709

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204709
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juin 2022, M. A C B, représenté par la SCP Robin-Vernet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 mars 2022 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui fixer un rendez-vous aux fins de dépôt de sa demande de titre de séjour et la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui fixer un rendez-vous pour procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour et de le munir dans cette attente d'un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il n'a pas été informé des délais dans lesquels, en tant que demandeur d'asile, il devait déposer sa demande de titre de séjour ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Richard-Rendolet, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant colombien né en 1983, M. C B a sollicité des services de la préfecture du Rhône, le 15 mars 2022, un rendez-vous en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. C B demande l'annulation de la décision du 30 mars 2022 portant refus de lui fixer un tel rendez-vous ainsi que de la décision implicite de rejet née le 23 août 2022 du silence conservé par le préfet du Rhône sur son recours gracieux.

2. Il est constant que les demandes de titre de séjour en qualité de conjoint de Français sont au nombre de celles dont les services de l'État ont prévu le dépôt en préfecture lors d'un rendez-vous devant lui-même être sollicité en ligne par les intéressés sur la plateforme numérique dénommée " demarches-simplifiees.fr ". Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation de l'étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande dans un délai raisonnable. Par suite, en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative ne peut légalement refuser de fixer un rendez-vous à un étranger ayant demandé à se présenter en préfecture pour y déposer une demande de titre de séjour.

3. Pour refuser de recevoir M. C B en préfecture pour le dépôt de sa demande de titre de séjour, le préfet du Rhône s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé n'avait pas déposé sa demande dans le délai de deux mois, applicable aux étrangers ayant déposé une demande d'asile. Toutefois, il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que seul le caractère abusif ou dilatoire de cette demande de rendez-vous pouvait permettre à l'autorité préfectorale de la rejeter. Il ressort des pièces du dossier que le 20 décembre 2021, postérieurement à l'introduction de sa demande d'asile, l'intéressé avait contracté mariage avec une ressortissante française et que sa situation avait donc évolué au regard du droit au séjour. Dans ces conditions, M. C B est fondé à soutenir pour ce motif que la décision du 30 mars 2022 et le rejet de son recours gracieux sont entachés d'illégalité et doivent être annulés.

4. Eu égard à ses motifs et sous réserve d'un changement de circonstances qui y ferait obstacle, l'exécution du présent jugement implique que la préfète du Rhône convoque M. C B à un rendez-vous en préfecture en vue du dépôt et, le cas échéant, de l'enregistrement de sa demande de titre de séjour. Il y a lieu de lui adresser une injonction en ce sens et, dans les circonstances de l'espèce, de lui impartir un délai d'un mois pour s'y conformer. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte qui est demandée.

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision du 30 mars 2022 du préfet du Rhône portant refus de rendez-vous et la décision implicite de rejet du recours gracieux née le 23 août 2022 sont annulées.

Article 2 : Sous la réserve mentionnée au point 4, il est enjoint à la préfète du Rhône de convoquer M. C B en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 (mille) euros à M. C B sur le fondement de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

Le rapporteur,

F-X. Richard-RendoletLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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