vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204718 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 22 juin 2022, sous le n° 2204718, Mme B D, représentée par Me Sabatier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", valable un an, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme D soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation individuelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure à défaut pour le préfet de produire l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle peut bénéficier dans la délivrance d'un titre de séjour faisant obstacle à son éloignement et dès lors qu'elle est protégée contre l'éloignement en application des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
3°) s'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
4°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par une ordonnance du 23 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2022.
Un mémoire présenté par le préfet du Rhône a été enregistré le 4 août 2022.
II. Par une requête, enregistrée le 22 juin 2022, sous le n°2204719, M. E D, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", valable un an, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. D soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice du pouvoir de régularisation du préfet et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;
2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
3°) s'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
4°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par une ordonnance du 23 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2022.
Un mémoire présenté par le préfet du Rhône a été enregistré le 4 août 2022.
III. Par une requête, enregistrée le 22 juin 2022, sous le n°2204720, Mme A H épouse D, représentée par Me Sabatier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", valable un an, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme D soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice du pouvoir de régularisation du préfet et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;
2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
3°) s'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
4°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Par une ordonnance du 24 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2022.
Un mémoire présenté par le préfet du Rhône a été enregistré le 4 août 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- et les observations de Me Guillaume, substituant Me Sabatier, représentant Mme D et M. et Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées n° 2204718, n° 2204719 et n°2204720 présentées pour Mme D, M. D et Mme H épouse D présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme D, ressortissante algérienne née le 12 mai 1973, et ses parents, M. et Mme H épouse D, nés respectivement les 3 avril 1950 et 2 mai 1952, également de nationalité algérienne, sont entrés en France en février 2020 munis de visa de court séjour. En raison de la crise sanitaire, les intéressés ont bénéficié de la délivrance d'autorisation provisoire de séjour, valide du 25 mars au 7 juin 2021. Le 30 avril 2021, Mme D a sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé et M. et Mme D ont sollicité la délivrance de titres de séjour en qualité d'accompagnants de leur fille. Par des arrêtés en date du 25 mai 2022, le préfet du Rhône a refusé de les admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays de renvoi. Mme D, M. et Mme D demandent au tribunal de prononcer l'annulation de ces trois arrêtés.
3. Les décisions en litige ont été signées par Mme C G, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet du Rhône, en date du 5 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 8 avril 2022, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :
S'agissant de la demande de titre de séjour présentée par Mme D en qualité d'étranger malade :
4. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la demande de Mme D avant d'édicter la décision en litige. Si la requérante soutient que le préfet n'aurait pas examiné son droit au séjour eu regard des stipulations de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien susvisé, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait présenté une demande tendant à être admise au séjour sur un autre fondement que celui tiré de son état de santé et le préfet n'était dès lors pas tenu d'examiner le droit au séjour de l'intéressée sur un autre fondement que celui qu'elle avait sollicité. Enfin, s'il est loisible à la requérante de contester l'appréciation portée par l'autorité administrative lorsqu'elle a estimé qu'aucune circonstance particulière ne justifiait une mesure dérogatoire, cette divergence d'analyse ne saurait établir le défaut d'examen invoqué. Le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier doit ainsi être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ". Aux termes des dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à la date des décisions attaquées, dispositions applicables aux demandes de certificats de résidence formées par les ressortissants algériens invoquant leur état de santé, le préfet délivre le titre de séjour dispose : " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration./ L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé.() ". Selon les termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Enfin, aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".
6. D'une part, il ressort des pièces versées à l'instance que pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet du Rhône s'est prononcé après avoir consulté le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qui dans un avis rendu le 5 août 2021 a estimé que si l'état de santé de Mme D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Algérie et qu'elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Cet avis a été rendu au vu d'un rapport médical établi par un médecin qui n'a pas siégé au sein du collège de médecins, composé de trois autres médecins, ainsi qu'il ressort des pièces produites en défense. Le moyen tiré de ce que la décision portant refus de séjour serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière doit ainsi être écarté.
7. D'autre part, lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
8. Pour refuser d'admettre Mme B D au séjour en qualité d'étranger malade, le préfet du Rhône s'est approprié le sens de l'avis rendu le 5 août 2021 par le collège de médecins de l'OFII. La requérante entend contester cette analyse en soutenant d'une part, que son état de santé nécessite un suivi régulier qui serait impossible à suivre en Algérie, le système de santé algérien ayant démontré son échec à prendre en charge sa maladie chronique, une épilepsie associée à un retard mental important, et d'autre part, de ce qu'elle ne pourrait voyager sans risque, notamment en raison des suites de sa contamination, en mars 2020, par le Covid-19 qui a aggravé son impotence fonctionnelle et nécessité une hospitalisation en vue de réaliser une rééducation. Il ressort de l'expertise médicale réalisée en Algérie en août 2006 et versée à l'instance que Mme D est atteinte d'épilepsie depuis l'âge de onze mois, que sa pathologie a entravé sa scolarité, perturbé son développement mental et conduit à ce qu'elle soit à la charge de ses parents en raison d'un besoin permanent d'assistance. Les pièces médicales produites soulignent également que l'impotence fonctionnelle de Mme D a été aggravée par le Covid-19, contracté en mars 2020 qui a engendré une probable myopathie Covid avec hospitalisation en centre de rééducation. Toutefois, pour contester l'analyse du collège de médecins de l'OFII, la requérante se borne à renvoyer à la publication en ligne d'un rapport de l'Organisation mondiale de la santé, publié en 2019, intitulé " Agir contre l'épilepsie, un impératif de santé publique ", relevant que dans les pays à faibles revenus, ce qui serait le cas de l'Algérie, les personnes épileptiques ne reçoivent pas le traitement dont elles ont besoin ce qui augmente le risque de décès prématuré. En outre, il ressort des pièces médicales relatives à la prise en charge de Mme D en France, notamment du certificat établi par un médecin généraliste le 6 avril 2021, que la requérante reçoit comme seul traitement médicamenteux du Tegretol. Or, aucun document officiel ne fait état de l'indisponibilité de ce médicament en Algérie alors qu'il ressort de l'expertise médicale précitée que ce médicament constituait déjà le traitement prescrit à Mme D en 2006. Par ailleurs, si le certificat du médecin généraliste indique, après avoir rappelé que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge en soins de suite et de rééducation, que " son état ne lui permet pas de voyage jusqu'en Algérie et que son pays d'origine ne permettra pas une prise en charge adaptée à son handicap ", cette affirmation, en l'absence de précisions sur de réelles contre-indications médicales au voyage, ne saurait infirmer l'analyse du collège de médecins de l'OFII. Enfin, si la requérante fait état d'une hospitalisation à compter du 13 juin 2020 et pour une durée minimale de trois semaines, sans toutefois préciser l'objet de cette hospitalisation, cet élément est postérieur à la date de la décision en litige et demeure dès lors sans incidence sur sa légalité. Il résulte ainsi de l'ensemble de ces éléments que c'est sans méconnaître les stipulations de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien susvisé que le préfet du Rhône a pu refuser d'admettre Mme D au séjour en qualité d'étranger malade.
9. En troisième lieu, Mme D soutient que la décision attaquée aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien susvisé. Toutefois, dès lors que la requérante n'avait sollicité son admission au droit au séjour qu'en qualité d'étranger malade et que le préfet du Rhône ne s'est pas prononcé sur son droit au séjour à un autre titre que son état de santé, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations est inopérant et doit ainsi être écarté.
10. En dernier lieu, eu égard aux éléments exposés au point précédent s'agissant de la possibilité pour Mme D d'être suivie en Algérie où elle était soignée depuis de nombreuses années, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation en refusant de lui délivrer, à titre exceptionnel, un certificat de résidence algérien. Enfin dès lors que la décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme D de ses deux parents qui l'accompagnent dans son parcours, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de Mme D en refusant de l'admettre au séjour.
S'agissant des demandes de titre de séjour présentées par M. et Mme D en qualité d'accompagnants de leur fille :
11. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précitées ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
12. M. et Mme D font état de la présence en France de leurs trois filles, titulaires de certificat de résidence de dix ans, qu'ils ont rejoint avec leur fille aînée dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale indispensable en raison de l'état de dépendance dont elle souffre. Toutefois, si trois des filles des requérants résident régulièrement en France, ces derniers ont vécu séparés d'elles durant de nombreuses années et ont passé l'essentiel de leur existence en Algérie où ils disposent nécessairement de leurs attaches culturelles et sociales alors que leur présence en France demeure encore récente. Par ailleurs, ainsi qu'il a été exposé précédemment, l'état de santé de leur fille aînée ne requiert pas des soins qui ne pourraient être obtenus qu'en France et nécessiterait en conséquence son maintien sur le territoire. Dès lors, les décisions attaquées n'ont pas pour conséquence de séparer M. et Mme D de leur fille aînée alors, en outre, que M. et Mme D conservent la possibilité de maintenir avec leurs filles vivant en France des liens équivalents à ceux préexistants à leur arrivée sur le territoire, notamment par l'obtention de visas de court séjour. Dans ces conditions, M. et Mme D ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées auraient porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien susvisé. Pour les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions portant refus de séjour sur la situation des requérants doit être écarté. Pour les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation spécifique, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle et familiale de M. et Mme D.
13. En dernier lieu, eu égard à la situation personnelle et familiale de M. et Mme D et compte tenu du fait que leur fille aînée peut être soignée en Algérie où la cellule familiale peut se reconstituer, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Rhône a pu refuser de les admettre au séjour au titre de son pouvoir de régularisation.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant des moyens de la requête de Mme B D :
14. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
16. Mme D soutient qu'elle serait protégée contre l'éloignement en raison de sa qualité d'étranger malade. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé au point 7, la requérante n'établit pas qu'elle ne pourrait pas être médicalement prise en charge en Algérie, pays où elle était suivie avant son arrivée en France. Par suite c'est sans commettre d'erreur de droit ni méconnaitre les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet du Rhône a pu lui faire obligation de quitter le territoire français. Enfin, dès lors que la décision attaquée n'a pas pour conséquence de priver l'intéressé de la possibilité d'être soignée ailleurs qu'en France, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des conséquences graves que cette décision entrainerait pour l'intéressé ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
17. En troisième lieu, Mme D fait état de ce qu'elle réside en France auprès de ses parents et de ses trois sœurs qui sont intégrées sur le territoire national, et de ce que son état de santé nécessiterait qu'elle se maintienne sur le territoire français pour y recevoir des soins indispensables. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé au point 7, Mme D peut bénéficier des soins appropriés en Algérie et aucun obstacle ne s'oppose ainsi à ce qu'elle poursuive sa vie privée et familiale dans son pays d'origine que ses parents ont également vocation à regagner et où elle ne se trouvera pas en situation d'isolement. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Enfin, pour les mêmes motifs et en l'absence d'argumentation particulière, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme D en lui faisant obligation de quitter le territoire français.
S'agissant des moyens des requêtes de M. et Mme D :
18. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
19. En deuxième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, en l'absence de toute argumentation distincte dirigée spécifiquement contre les mesures d'éloignement, doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 12.
En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire :
S'agissant des moyens de la requête de Mme D :
20. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.
21. En second lieu, Mme D fait état d'une hospitalisation dont il serait impossible de prédire les suites. Toutefois, dès lors que cette allégation n'est assortie d'aucune précision notamment quant à la date de l'intervention, le préfet ne saurait être regardé comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en accordant à la requérante un délai de départ volontaire de quatre-vingt-dix jours, soit un délai supérieur au délai de droit commun.
S'agissant des moyens de la requête de M. et Mme D :
22. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre des décisions fixant le délai de départ volontaire à quatre-vingt-dix doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
S'agissant des moyens de la requête de Mme D :
23. En premier lieu, l'absence d'illégalité des décisions portant refus titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.
24. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
25. Mme D soutient qu'un retour en Algérie aurait pour conséquence de l'exposer à des traitements inhumains et dégradants en l'absence de prise en charge médicale appropriée. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé précédemment, la requérante peut être suivie et soignée en Algérie où il n'est pas démontré que le médicament qui lui est prescrit n'y serait pas disponible, alors que Mme D recevait ce traitement dans son pays d'origine préalablement à son arrivée sur le territoire français, ainsi qu'il ressort des pièces médicales du dossier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
S'agissant des moyens des requêtes de M. et Mme D :
26. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre des décisions fixant le pays de renvoi doit être écarté.
27. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de ces trois requêtes en ce comprises leurs conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2204718 de Mme D, n°2204719 de M. D et n°2204720 de Mme H épouse D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, M. E D, Mme A H épouse D et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le rapporteur,
N. F
La présidente,
A. Baux
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
N°s 2204718-2204719-2204720
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026