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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204756

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204756

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204756
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête, enregistrée sous le n° 2204756 le 17 juin 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 30 août 2022, M. E, représenté par Me Saidi, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du préfet du Rhône du 10 juin 2022 portant obligation de quitter le territoire français et refus de maintien sur le territoire ;

3°) d'annuler la décision du préfet du Rhône du 10 juin 2022 fixant le pays de destination ;

4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de maintien sur le territoire et obligation de quitter le territoire français est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination sera annulée comme reposant sur une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Rhône a présenté des pièces qui ont été enregistrées le 30 août 2022.

II- Par une requête, enregistrée sous le n° 2204757 le 17 juin 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 30 août 2022, Mme C A, représentée par Me Saidi, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du préfet du Rhône du 10 juin 2022 portant obligation de quitter le territoire français et refus de maintien sur le territoire ;

3°) d'annuler la décision du préfet du Rhône du 10 juin 2022 fixant le pays de destination ;

4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français et de refus de maintien sur le territoire français est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît le droit d'être entendu ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination sera annulée comme reposant sur une décision portant obligation de quitter le territoire français illégale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Rhône a présenté des pièces qui ont été enregistrées le 30 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Reniez, conseillère, pour statuer en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Le rapport de Mme Reniez, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissants albanais, doit être regardé comme contestant les décisions du 10 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône, après avoir indiqué qu'il n'avait plus le droit de se maintenir sur le territoire français, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Mme A, sa compagne, ressortissante albanaise, doit être regardée comme contestant les décisions du 10 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône, après avoir indiqué qu'elle n'avait plus le droit de se maintenir sur le territoire français, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Leurs requêtes présentent des questions communes à juger. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B et Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions par lesquelles le préfet du Rhône a obligé M. B et Mme A à quitter le territoire français, après leur avoir indiqué qu'ils n'avaient plus le droit de se maintenir sur ce territoire :

3. En premier lieu, les décisions litigieuses, prises à l'encontre de M. B et Mme A, comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit par suite être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes même des décisions contestées que le préfet a procédé à l'examen de la situation particulière des intéressés. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'un examen particulier ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

6. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision le plaçant en rétention dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

7. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français non prise concomitamment au refus de délivrance d'un titre de séjour, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

8. Une violation des droits de la défense, en particulier du droit d'être entendu, n'entraîne l'annulation de la décision prise au terme de la procédure administrative en cause que si, en l'absence de cette irrégularité, cette procédure pouvait aboutir à un résultat différent.

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B et Mme A auraient été, à un moment de la procédure, informés de ce qu'ils étaient susceptibles de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ou mis à même de présenter des observations. Toutefois, d'une part, les requérants ne peuvent utilement invoquer leurs craintes en cas de retour dans leur pays d'origine qu'à l'encontre de leurs conclusions dirigées contre les décisions fixant le pays de destination, d'autre part, il ne ressort pas des pièces des dossiers que les requérants, qui se bornent à faire valoir qu'ils n'ont pas été entendu sur leur situation actuelle, disposaient d'éléments pertinents qu'ils auraient pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise les mesures d'éloignement et qui, s'ils avaient été communiqués à temps, auraient été de nature à faire obstacle aux décisions par lesquelles le préfet du Rhône, après avoir indiqué leur absence de droit au maintien sur le territoire français, les a obligés à quitter ce territoire. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre des décisions contestées, celles-ci n'ayant pas pour objet de fixer le pays à destination duquel les requérants pourront être éloignés.

11. En dernier lieu, les requérants ne peuvent utilement soutenir que les décisions par lesquelles le préfet du Rhône, après avoir indiqué qu'ils n'avaient plus le droit de se maintenir sur le territoire français, les a obligés à quitter le territoire sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de leurs craintes pour leur intégrité physique en cas de retour en Albanie, ces décisions n'ayant pas pour objet de fixer le pays à destination duquel les requérants pourront être éloignés.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte des motifs qui précèdent que M. B et Mme A ne sont pas fondés à invoquer, par voie d'exception à l'encontre des décisions fixant le pays de renvoi, l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

13. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

14. M. B et Mme A soutiennent être menacés par un procureur pour lequel M. B a travaillé. Toutefois, les requérants dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et qui n'étaient pas présents lors de l'audience, n'apportent pas, dans la présente instance, de précisions suffisantes de nature à établir notamment la relation de travail de M. B avec le procureur qu'il mentionne et l'inaction des autorités policières et judiciaires. Les éléments qu'ils produisent ne suffisent pas à établir qu'ils seraient effectivement exposés actuellement à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B et de Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B et Mme A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 3 : Les conclusions de la requête de M. B sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Les conclusions de la requête de Mme A sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E, à Mme C A et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

La magistrate désignée,

E. Reniez

La greffière,

A. Calmès

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

Nos 2204756,2204757

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