vendredi 1 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204830 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | HMAIDA |
Vu la procédure suivante :
F une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 27 juin 2022 et 30 juin 2022, M. D alias C B, représenté F Me Hmaida, demande au tribunal : :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2022 F lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros F jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été convoqué devant la commission du titre de séjour dans les conditions prévues aux articles L. 432-15 et R. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour la préfète de la Loire d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, la préfète de la Loire ayant déduit l'irrégularité du séjour de sa compagne de la seule absence de titre de séjour, alors que celle-ci est citoyenne de l'Union européenne ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour la préfète de la Loire d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, la préfète de la Loire ayant déduit l'irrégularité du séjour de sa compagne de la seule absence de titre de séjour, alors que celle-ci est citoynne de l'Union européenne ;
- elle méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
En ce qui concerne la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant deux ans :
- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen l'empêchera de se rendre sur le territoire des Etats membres.
Des pièces ont été produites en défense F la préfète de la Loire les 28 juin 2022 et 1er juillet 2022.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués F l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gros, conseillère.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières F les personnes (code frontières Schengen) ;
- la décision (UE) 2018/934 du Conseil du 25 juin 2018 concernant la mise en application en République de Bulgarie et en Roumanie des dispositions restantes de l'acquis de Schengen relatives au système d'information Schengen ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 1er juillet 2022, Mme A a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Hmaida, représentant M. B, qui reprend les termes de ses écritures présentées pour le compte de l'intéressé et souligne que l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre entraînera son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, l'empêchant de se rendre en Roumanie, alors que sa compagne et ses enfants mineurs sont ressortissants de cet Etat,
- et les observations de M. B, assisté de Mme E, interprète en langue serbe, qui se prévaut de sa durée de séjour en France, de la présence de ses enfants et de leur scolarisation.
La préfète de la Loire n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D alias C B, ressortissant serbe né le 25 août 1983, est entré irrégulièrement en France le 25 décembre 2007. Le 21 avril 2017, il a présenté une demande de titre de séjour. F un arrêté du 23 juin 2022, notifié à M. B en détention, la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Le requérant demande au tribunal d'en prononcer l'annulation.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée F la juridiction compétente ou son président. ( ) ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur l'étendue du litige :
4. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / () ". L'article L. 614-6 de ce code, applicable aux mesures d'éloignement non assorties d'un délai de départ volontaire, prévoit qu'il est statué sur le recours " selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5 ". Il ressort de l'article L. 614-4 du même code, relatif aux décisions portant obligation de quitter le territoire français prises en application des dispositions des 3° et 5° de l'article L. 611-1, que le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine.
5. F ailleurs, aux termes de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux étrangers détenus : " Les dispositions des articles L. 614-4 à L. 614-6 sont applicables à l'étranger détenu. / Toutefois, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant que le juge statue, l'autorité administrative en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. Il est alors statué sur le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français selon la procédure prévue aux articles L. 614-9 à L. 614-11 et dans un délai de huit jours à compter de l'information du tribunal F l'autorité administrative ".
6. Il résulte de ce qui précède qu'en raison de la date de libération prévisionnelle de M. B fixée au 2 juillet 2022, il y a lieu pour la magistrate désignée, statuant selon la procédure des articles L. 614-9 à L. 614-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de se prononcer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions du 23 juin 2022 F lesquelles la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans. En revanche, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du même jour lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, ainsi que les conclusions accessoires, demeurent de la compétence de la formation collégiale du tribunal, à laquelle elles doivent, ainsi, être renvoyées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision obligeant M. B à quitter le territoire français :
S'agissant de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis F l'autorité administrative : / () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. () ". Aux termes de l'article L. 432-15 de ce code : " L'étranger est convoqué F écrit au moins quinze jours avant la date de la réunion de la commission qui doit avoir lieu dans les trois mois qui suivent sa saisine ; il peut être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et être entendu avec l'assistance d'un interprète. / Il peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle dans les conditions prévues F la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, cette faculté étant mentionnée dans la convocation. () ". Aux termes de l'article R. 432-11 du même code : " L'étranger est convoqué devant la commission du titre de séjour dans les délais prévus au premier alinéa de l'article L. 432-15 F une lettre qui précise la date, l'heure et le lieu de réunion de la commission et qui mentionne les droits résultant pour l'intéressé des dispositions du même alinéa. () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été convoqué devant la commission du titre de séjour F une lettre du 26 février 2021, mentionnant que la réunion se tiendrait le 15 mars 2021 à 14h30 à la préfecture du Rhône, dans la salle Jean Moulin, et informant l'intéressé de ses droits en vertu de l'article L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lettre qui lui a été notifiée le 27 février 2021, soit quinze jours avant la date de la réunion de la commission. F suite, le vice de procédure invoqué F le requérant doit être écarté.
9. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision attaquée, que la préfète de la Loire a procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour.
10. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, la préfète de la Loire n'a pas déduit l'irrégularité du séjour en France de la ressortissante roumaine qu'il présente comme sa compagne de la seule circonstance qu'elle n'était pas titulaire d'un titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit commise F l'autorité administrative sur ce point doit être écarté.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue F la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France le 25 septembre 2007, s'y est maintenu en dépit des mesures d'éloignement édictées à son encontre en 2009, 2011, 2015 et 2016. Entre 2010 et 2021, il a fait l'objet de multiples condamnations pénales, consistant, pour plusieurs d'entre elles, en des peines de prison respectivement d'un an et six mois pour des faits de vol avec violence ayant entraîné une incapacité n'excédant pas huit jours aggravé F une autre circonstance commis le 18 août 2017, de six mois pour évasion alors qu'il était placé sous bracelet électronique le 17 février 2021 et de six mois pour refus d'obtempérer à une sommation d'arrêter son véhicule dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et délit de fuite après un accident le même jour, qu'il purgeait toujours, pour la dernière, au centre pénitentiaire de Saint-Etienne-la-Talaudière à la date de la décision attaquée. S'il indique être en couple avec une ressortissante roumaine avec laquelle il a eu 5 enfants, âgés de 3 à 12 ans, il se borne, pour attester des liens les unissant, à invoquer les mentions de sa fiche pénale et à produire la liste des permis de visite en détention ainsi que l'historique des parloirs. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est d'ailleurs pas sérieusement allégué, que celle-ci remplirait l'une des conditions fixées F l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois. La circonstance que les intéressés soient de nationalité différente ne fait pas, F elle-même obstacle, à la reconstitution de la cellule familiale hors du territoire français. Dans ces conditions, en dépit de la présence régulière de sa mère en France, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour qui lui a été opposé porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnaîtrait, ainsi, les dispositions et stipulations précitées.
13. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant susvisée : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un refus de séjour, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
14. A supposer que M. B puisse être regardé comme contribuant à l'éducation et à l'entretien de ses enfants, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'implique pas la séparation de ces derniers d'avec l'un de leurs parents, ainsi qu'il a été dit plus haut. Il ne ressort, en outre, pas des pièces du dossier qu'ils ne pourraient être scolarisés hors de France. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour méconnaîtrait les stipulations précitées.
15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
S'agissant des autres moyens :
16. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
17. En premier lieu, d'une part, la décision refusant à M. B la délivrance d'un titre de séjour vise les articles L. 421-1, L. 421-3, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les raisons pour lesquelles l'intéressé ne peut obtenir un titre de séjour sur ces fondements. Dès lors, en ce qu'elle est prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1, la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français, qui vise ces dispositions, l'est également. D'autre part, cette décision vise les dispositions du 5° du même article et énumère les différentes condamnations pénales prononcées à l'encontre de M. B F le tribunal correctionnel de Saint-Etienne, en précisant la nature et la date des faits, la date du jugement et la peine infligée. Elle est, ainsi, également suffisamment motivée en ce qu'elle est prise sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
18. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des termes de la décision attaquée, que la préfète de la Loire a procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de l'obliger à quitter le territoire français.
19. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 12, la préfète de la Loire a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que le comportement de M. B constituait une menace pour l'ordre public et l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français est également fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 611-1, qui visent le cas où le préfet a pris une décision de refus de titre de séjour, décision dont l'illégalité n'est, ainsi qu'il a été dit plus haut, pas démontrée en l'espèce.
20. En quatrième lieu, les moyens tirés de l'erreur de droit qu'aurait commise la préfète de la Loire en déduisant l'irrégularité du séjour de celle que le requérant présente comme sa compagne de la seule absence de titre de séjour ainsi que de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10, 12 et 14 ci-dessus.
En ce qui concerne la décision refusant à M. B un délai de départ volontaire :
21. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " F dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision de refus de délai de départ volontaire.
23. En second lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 12, la préfète de la Loire a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que le comportement de M. B constituait une menace pour l'ordre public et refuser de lui accorder un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
24. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.
En ce qui concerne la décision interdisant à M. B de revenir sur le territoire français pendant deux ans :
25. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".
26. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui interdisant de revenir sur le territoire français pendant deux ans.
27. En deuxième lieu, M. B a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé. Il entre ainsi dans le cas prévu à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour lesquels le préfet doit assortir son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire. Il n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la préfète de la Loire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions.
28. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 12 et 14 ci-dessus.
29. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. () ".
30. M. B soutient que son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen (SIS), résultant de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, l'empêchera de pénétrer sur le territoire des Etats membres, et notamment en Roumanie, pays dont est ressortissante celle qu'il présente comme sa compagne et la mère de ses enfants. Toutefois, il résulte des dispositions du règlement du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 visé ci-dessus, et en particulier du c) du paragraphe 5 de son article 6, que, F dérogation au d) du paragraphe 1 du même article, le signalement d'un ressortissant d'un pays tiers dans le SIS n'interdit pas à un État membre de l'autoriser à entrer sur son territoire pour des motifs humanitaires ou d'intérêt national, ou en raison d'obligations internationales. Le moyen doit, F suite, être écarté.
31. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 juin 2022 F lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
32. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées F M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. F suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
33. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du remboursement F l'autre partie de ses frais d'instance. F suite, les conclusions présentées à ce titre F M. B doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision du 23 juin 2022 F laquelle la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que les conclusions accessoires à cette demande d'annulation sont renvoyées devant une formation collégiale.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D alias C B et à la préfète de la Loire.
Lu en audience publique le 1er juillet 2022.
La magistrate désignée,
R. A
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026