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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204881

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204881

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204881
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantARMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juin 2022, M. C E, représenté par Me Armand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mai 2022 par lequel le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon a interrompu le versement de son traitement à compter du 19 mai 2022 ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard :

- à titre principal, de le réintégrer dans ses fonctions ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée du 25 mai 2022 doit être regardée comme une mesure de suspension de ses fonctions prise sur le fondement des dispositions de l'article 30 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 désormais codifiées aux articles L. 531-1 et suivants du code de justice administrative ;

- elle est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée de rétroactivité illégale, dès lors qu'elle est datée du 25 mai 2022 et ne lui a été notifiée que le 8 juin suivant, alors que la suspension de ses fonctions et l'interruption du versement de sa rémunération prennent effet à compter du 19 mai 2022 ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 531-1 et suivants du code de justice administrative ; en effet :

• elle prononce la suspension de ses fonctions et l'interruption du versement de son traitement à compter du 19 mai 2022, sans limitation de durée, alors que ces dispositions prévoient que la période initiale de suspension de fonction de l'agent ne peut excéder un délai de quatre mois à l'issue duquel sa situation est réexaminée au vu des poursuites disciplinaires et / ou pénales dont il est susceptible de faire l'objet ;

• il était en droit de bénéficier du maintien de son traitement, de l'indemnité de résidence et du supplément familial de traitement pendant cette durée de quatre mois et l'administration ne pouvait légalement procéder à une retenue n'excédant pas la moitié de sa rémunération que si, à l'expiration de ladite durée, sa suspension devait être maintenue ;

- le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon ne démontre pas avoir cherché à l'affecter provisoirement dans un autre emploi compatible avec les obligations de son contrôle judiciaire ou à le détacher à titre provisoire dans un autre corps ou cadre d'emplois pour occuper un emploi compatible avec de telles obligations.

La requête a été communiquée au garde des sceaux, ministre de la justice, qui n'a pas produit de mémoire en défense avant la clôture de l'instruction malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 26 décembre 2022, en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Par un courrier du 26 septembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, d'une prévision d'enrôlement de l'affaire et d'une date prévisionnelle de clôture d'instruction à effet immédiat au plus tôt le 25 octobre 2023.

Par une lettre du 23 octobre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice a informé le tribunal qu'il ne produirait pas d'observations en défense dans le cadre de la présente instance.

La clôture de l'instruction est intervenue le 20 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 61-825 du 29 juillet 1961 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 62-765 du 8 juillet 1962 ;

- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes, ni représentées.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gueguen ;

- et les conclusions de M. Pineau, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Après avoir été mis en examen des chefs de " complicité de violence aggravée par trois circonstances suivies d'incapacité (de travail) n'excédant pas 8 jours ", de " non-assistance à personne en danger ", de " faux et usage de faux dans un document administratif par un(e) (personne) dépositaire de l'autorité publique " et de " dénonciation calomnieuse " pour des faits s'étant déroulés à Bourg-en-Bresse entre le 5 et le 6 mars 2022, M. E, surveillant de l'administration pénitentiaire affecté au sein du centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse, a été placé sous contrôle judiciaire par une ordonnance du juge d'instruction du tribunal judiciaire de Bourg-en-Bresse lui interdisant notamment l'exercice de " tout métier en lien direct avec les détenus incarcérés en établissement pénitentiaire ". Par une décision du 25 mai 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon a interrompu le versement de son traitement à compter du 19 mai 2022.

2. En premier lieu, en application de l'article 12 de l'arrêté du 26 avril 2022, régulièrement publié au journal officiel de la République française du 29 avril suivant, accessible tant au juge qu'aux parties, M. D B, directeur de l'administration pénitentiaire, a donné délégation de signature à M. A F, directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon, à l'effet de signer, au nom du garde des sceaux, ministre de la justice, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 712-1 du code général de la fonction publique, qui reprend les dispositions de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Le fonctionnaire a droit, après service fait, à une rémunération comprenant : / 1° Le traitement ; / 2° L'indemnité de résidence ; / 3° Le supplément familial de traitement ; / 4° Les primes et indemnités instituées par une disposition législative ou réglementaire. ". Selon les termes de l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique, qui reprend les deux premiers alinéas de l'article 30 de la même loi : " Le fonctionnaire, auteur d'une faute grave, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. ". S'il résulte de l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique que l'autorité investie du pouvoir disciplinaire peut prononcer la suspension d'un fonctionnaire, en cas de faute grave, " qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun ", et que le fonctionnaire suspendu conserve son traitement jusqu'à la décision prise à son égard, qui doit intervenir dans les quatre mois, ces dispositions ne font pas obligation à l'administration de prononcer la suspension qu'elles prévoient à la suite d'une faute grave et ne l'empêchent pas d'interrompre, indépendamment de toute action disciplinaire, le versement du traitement d'un fonctionnaire pour absence de service fait, notamment en raison de l'interdiction d'exercer ses fonctions résultant d'une mesure de contrôle judiciaire.

4. Pour interrompre le versement du traitement de M. E à compter du 19 mai 2022, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon s'est fondé sur le motif tiré de ce qu'en raison de son placement sous contrôle judiciaire à compter de la même date, l'intéressé était astreint à se soumettre à certaines obligations, au nombre desquelles figuraient l'interdiction d'exercer tout métier en lien direct avec les détenus incarcérés en établissement. En l'espèce, et contrairement à ce que soutient le requérant, après avoir relevé qu'il était dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions de surveillant pénitentiaire en raison de l'interdiction imposée par l'ordonnance du juge d'instruction du tribunal judiciaire de Bourg-en-Bresse en date du 19 mai 2022, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon s'est borné, comme il en avait la faculté, à interrompre le versement de son traitement pour absence de service fait, sans prendre à son égard de mesure de suspension sur le fondement des dispositions de l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des " articles L. 531-1 et suivants du code de justice administrative " est inopérant et ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, si M. E soutient que le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon ne démontre pas avoir cherché à l'affecter provisoirement dans un autre emploi compatible avec les obligations de son contrôle judiciaire ou à le détacher à titre provisoire dans un autre corps ou cadre d'emplois pour occuper un emploi compatible avec de telles obligations, il ne se prévaut d'aucune disposition législative ou réglementaire ni d'aucun principe général du droit imposant à l'administration ces formalités procédurales préalablement à l'interruption de la rémunération d'un agent public consécutivement à l'interdiction d'exercer ses fonctions du fait d'une mesure de contrôle judiciaire. Par suite, le moyen doit, en tout état de cause, être écarté.

6. En dernier lieu, en décidant d'interrompre le versement du traitement de M. E à compter du début de l'absence de service fait, soit le 19 mai 2022, le directeur interrégional des services pénitentiaire de Lyon n'a pas entaché sa décision d'une rétroactivité illégale. Par suite, le moyen est infondé et doit être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 15 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Bertolo, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

Le rapporteur,

C. Gueguen

La présidente,

A. Baux

La greffière,

S. Rolland

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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