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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204911

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204911

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204911
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantIDCHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 juin et 28 juillet 2022 ainsi que des pièces complémentaires enregistrées les 30 juin et 1er août 2022, M. A B, représenté par Me Idchar, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 3 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de renouveler son certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " étudiant " dans un délai de sept jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations du premier alinéa du titre III de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ainsi que les dispositions de la circulaire du 7 octobre 2008 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de son parcours ainsi que dans l'appréciation du caractère réel et sérieux de la poursuite de ses études sur le territoire français ;

s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La clôture de l'instruction a été fixée au 5 août 2022 à 16 heures 30 par une ordonnance du 6 juillet 2022.

Les pièces complémentaires produites par le préfet du Rhône le 26 août 2022 postérieurement à la clôture d'instruction n'ont pas été communiquées en application des dispositions de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.

Les pièces complémentaires produites pour M. B le 6 septembre 2022 postérieurement à la clôture n'ont pas été communiquées en application des dispositions de l'article R. 613-3 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Collmb, première conseillère,

- et les observations de Me Trabelsi, substituant Me Idchar, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 30 janvier 1988, est entré en France le 26 août 2015 sous couvert d'un passeport muni d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant " afin de poursuivre des études supérieures. Le 9 octobre 2015, il a obtenu la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " étudiant " qui sera régulièrement renouvelé. Le 2 décembre 2020, l'intéressé a sollicité le renouvellement de ce certificat de résidence. Par un arrêté du 3 juin 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouveler son certificat de résidence :

2. Aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien modifié : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention étudiant ou stagiaire () ". Lorsqu'elle est saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de résident, présentée en qualité d'étudiant, il appartient à l'autorité administrative de s'assurer, à partir de l'ensemble du dossier, de la réalité et du sérieux des études poursuivies par le demandeur.

3. Pour refuser le renouveler le certificat de résidence sollicité par M. B, le préfet du Rhône, après avoir rappelé le parcours universitaire en France de l'intéressé a relevé que ce dernier, qui a présenté une inscription en diplôme inter-universitaire (DIU) Formation des investigateurs aux essais cliniques des médicaments au titre de l'année 2020-2021 ainsi qu'une attestation rédigée le 9 juin 2021 par le responsable de cette formation indiquant qu'il poursuivait son DIU au titre de l'année 2021-2022 compte tenu de son ajournement l'année précédente, ne pouvait plus se voir reconnaître la qualité d'étudiant compte tenu du faible nombre d'heures que comporte sa formation. Le préfet a également relevé que la présence physique de M. B en France n'était pas requise pour suivre les cours de ce DIU dispensés à distance et que l'intéressé pouvait, en outre, effectuer le stage d'une durée de 240 heures, prévu dans le cadre de cette formation, sous couvert de visas de court séjour.

4. Il ressort des pièce du dossier qu'après avoir obtenu un doctorat en médecine à l'université d'Oran en 2013 et travaillé au sein d'un laboratoire de biologie médicale en qualité de médecin-manager, M. B est venu en France au mois d'août 2015 afin d'approfondir ses connaissances et développer ses compétences dans le cadre de son cursus médical. Il a ainsi validé un master en science biologie santé (biologie du cancer) à l'université de Montpellier au titre des années 2015 à 2017, un DIU " cytogénétique classique et moléculaire ", un DU " médecine régénératrice et biothérapie " à Montpellier en 2017-2018, un Master 1 " sciences et numérique pour la santé " à Montpellier en 2018-2019, un Master 2 " santé publique-pharmacologie, modélisation et méthodologie des essais cliniques " en 2019-2020 et un DIU " Formation des investigateurs aux essais cliniques " au titre de l'année universitaire 2020-2021 et, après avoir validé ce diplôme, il s'est inscrit, en 2021-2022, en DU " phamarcie clinique et oncologique " à l'université Claude Bernard. Il ressort des termes du contrat de formation professionnelle conclu entre le requérant et l'université Claude Bernard Lyon 1 que la partie théorique de cette formation, à laquelle il était inscrit au titre de l'année universitaire 2020-2021, d'une durée prévisionnelle de 93 heures, devait être organisée dans les locaux de la faculté de médecine de Lyon Est au 8 avenue Rockeller dans le 8ème arrondissement de Lyon et que l'organisation de certains enseignements, seulement, à distance, a été rendue nécessaire par la situation sanitaire liée à la crise du Covid-19. M. B verse également au débat une attestation de la directrice du Médipôle hôpital mutualiste indiquant qu'il a effectué le stage pratique prévu dans le cadre de son DIU au sein de l'unité de recherche clinique de cet établissement du 1er février au 31 juillet 2021, une attestation d'assiduité et de réussite établie le 6 juillet 2022 par le responsable du DIU " formation des investigateurs aux essais cliniques " de l'université Lyon 1 certifiant que le requérant a suivi et réussi les examens de cet enseignement au cours de l'année universitaire 2020-2021 et que " son stage a été validé et son mémoire d'études également " ainsi qu'une attestation établie le 6 juillet 2022 par le responsable pédagogique en oncologie médicale au CHU de Saint-Etienne et, dans le cadre du projet de fédération d'oncologie médicale, du CHU de Lyon dans les services correspondant d'oncologie médicale, assurant à ce titre l'encadrement du docteur B, mentionnant que ce dernier prépare " actuellement, en dehors des heures ouvrables dédiées à son activité clinique en oncologie, l'examen de validation des EVC. La validation de cette épreuve, moyennenant deux ans de formation complémentaires dans les hôpitaux français, doit lui permettre d'obtenir le statut de praticien de plein droit ". Ces documents, et notamment les attestations produites, les deux dernières étant certes établies postérieurement à la date de la décision en litige, permettent d'établir le caractère sérieux de ses études ainsi que la cohérence de son cursus avec son projet professionnel argumenté. Dans ces conditions, en refusant de renouveler le certificat de résidence du requérant, le préfet du Rhône a fait une inexacte application des stipulations du premier alinéa du titre III du protocole de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 3 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de renouveler son certificat de résidence ainsi que celle, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Rhône de délivrer a` M. B un certificat de résidence portant la mention " étudiant " dans un de´lai de deux mois a` compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du préfet du Rhône du 3 juin 2022 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au pre´fet du Rho^ne de de´livrer a` M. B un certificat de résidence portant la mention " étudiant " dans un de´lai de deux mois a` compter de la notification du pre´sent arre^t.

Article 3 : L'Etat versera a` M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la reque^te est rejete´.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié M. A B et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Collomb, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

C. Collomb

Le président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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