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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204923

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204923

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204923
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantLAUBRIET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 30 juin 2022 et le 4 juillet 2022, M. A C demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 29 juin 2022 par lesquelles le préfet de l'Ardèche lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, ensemble l'arrêté du préfet de l'Ardèche du même jour l'assignant à résidence ;

2°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que les décisions attaquées portent atteinte au respect à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur de son enfant dès lors qu'il réside en France depuis le 15 novembre 2012, qu'il est marié depuis 2005 et qu'il père d'une petite fille née en France le 12 janvier 2016 et scolarisée à Tournon-sur-Rhône.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le préfet de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu la demande du 4 juillet 2022 par laquelle M. C demande son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par le L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme B.

Vu la prestation de serment de Mme D, interprète en langue géorgienne.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir, au cours de l'audience publique du 4 juillet 2022, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Laubriet, avocate, pour M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et soutient, en outre, que M. C réside en France depuis dix ans, qu'il dispose d'une promesse d'embauche, qu'il est père d'une enfant née et scolarisée en France qui rencontre des difficultés importantes d'apprentissage ayant justifié la mise en place d'un suivi et qui nécessite la présence de ses deux parents à ses côtés. Elle soutient également que l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans est disproportionnée compte tenu de la situation familiale du requérant ;

- les observations de M. C, requérant, assisté de Mme D, interprète ;

Le préfet de l'Ardèche, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant géorgien né le 9 décembre 1974, demande au tribunal d'annuler les décisions du 29 juin 2022 par lesquelles le préfet de l'Ardèche lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, ensemble l'arrêté du préfet de l'Ardèche du même jour l'assignant à résidence.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français sans délai :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " ;

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement sur le territoire français à la date déclarée du 15 novembre 2012 accompagné de son épouse. A la suite du rejet définitif de sa demande d'asile par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 9 septembre 2013, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile les 23 décembre 2014, il a sollicité le 24 décembre 2014 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 mars 2015, le préfet de l'Ardèche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination, décisions à l'encontre desquelles il a introduit un recours rejeté par deux jugements du tribunal administratif de Lyon des 19 novembre 2015 et 26 janvier 2016. Le réexamen de sa demande d'asile a été rejeté par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 23 avril 2015, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 9 juin 2015. Interpellé dans le cadre d'une procédure pour usage et détention illicite de stupéfiants, M. C a fait l'objet d'un arrêté du 6 avril 2016 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé la Géorgie comme pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, décisions contre lesquelles il a introduit un recours rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nancy du 29 novembre 2016. Par un arrêté du 18 avril 2018, le préfet de l'Ardèche lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination vers lequel il sera reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux années. Il ressort des pièces du dossier que M. C s'est maintenu en France malgré ces trois précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre. Par ailleurs, il ne justifie d'aucune insertion sociale particulière dans la société française, alors qu'il a été interpellé en 2016 dans le cadre d'une procédure pour usage illicite et détention de stupéfiants, puis en 2022 pour avoir consommer des stupéfiants devant l'école maternelle de sa fille. En outre, M. C ne justifie pas avoir des liens personnels ou familiaux intenses, anciens et stables en France, autres qu'avec son épouse, de la même nationalité, qui est également en situation irrégulière sur le territoire français. Enfin, si l'intéressé fait valoir que sa fille née et scolarisée en France en école maternelle rencontre des difficultés importantes d'apprentissage et bénéficie d'un suivi spécifique, il n'apporte aucun élément tendant à démontrer qu'un tel suivi ne serait pas possible dans son pays d'origine. Alors qu'il n'est pas établi qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-huit ans, et nonobstant ses efforts d'intégration professionnelle, les pièces versées au dossier sont insuffisantes pour démontrer que l'intéressé aurait établi le centre de ses intérêts personnels et familiaux sur le territoire français. Dans ces conditions, les décisions d'obligation de quitter le territoire français sans délai n'ont pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Les décisions en litige n'ont donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. M. C soutient que sa fille, âgée de six ans et scolarisée en école maternelle, rencontre des difficultés importantes d'apprentissage et bénéficie d'un suivi. Toutefois, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'une scolarisation et d'un suivi adaptés à ses difficultés dans son pays d'origine. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existe un obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine, pays dont son épouse a la même nationalité. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

8. Le 29 juin 2022, M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Par suite, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Les circonstances dont il fait état, en soutenant notamment qu'il réside en France depuis 2012 avec son épouse et leur fille âgée de six ans souffrant de troubles de l'apprentissage, ne peuvent être regardées en l'espèce comme des circonstances humanitaires qui auraient pu justifier que l'autorité administrative ne prononçât pas d'interdiction de retour sur le territoire français. Alors que le requérant se maintient irrégulièrement en France malgré plusieurs mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées, que son épouse, de même nationalité est également en situation irrégulière, qu'il ne justifie d'aucune insertion sociale, ni professionnelle particulière et qu'il n'est pas démontré que sa fille ne pourrait pas bénéficier d'un suivi adapté dans son pays d'origine, et eu égard à la durée de deux ans fixée par le préfet, la décision attaquée ne méconnaît pas les dispositions précitées et ne présente pas un caractère disproportionné.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

9. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; ()".

10. Alors que le requérant, qui déclare occuper un logement à Tournon-sur-Rhône, est assigné à résidence à son domicile, avec une obligation de se présenter les lundis, mercredis et vendredis à 9 heures à la brigade de gendarmerie de Tournon-sur-Rhône, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure d'assignation aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

11. Il résulte de tout de ce qui précède que M. C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Ardèche

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2022.

La magistrate déléguée,

Mme Deniel,

première conseillèreLa greffière,

N. Oudji

La République mande et ordonne au préfet de l'Ardèche en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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