jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204926 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LEFEVRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 juin 2022, M. A D, représenté par Me Lefevre, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 16 mars 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui faire bénéficier d'une offre de prise en charge et de lui attribuer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de la date d'enregistrement de sa demande ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou de mettre cette même somme à son profit en cas de refus d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente en l'absence de justification d'une délégation de signature ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'information préalable ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est cru en situation de compétence liée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il a déposé sa demande d'asile seulement deux mois après le délai de 90 jours.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions dirigées contre la décision du 16 mars 2022 sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une lettre du 27 juin 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 18 juillet 2023 sans information préalable.
Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 4 septembre 2023.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant congolais né le 23 décembre 1999, est entré en France le 15 octobre 2021 selon ses déclarations. Il a sollicité l'asile le 16 mars 2022. Sa demande d'asile a été enregistrée en procédure accélérée. Le même jour, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 21 juin 2023. Par la présente requête, le requérant demande l'annulation de la décision du 16 mars 2022 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur le cadre juridique du litige :
2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () 4o Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3o de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; / () ". Enfin, aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ".
3. L'institution, par les dispositions précitées, d'un recours administratif préalable obligatoire, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Il en résulte que les vices propres de la décision initiale ne sauraient être utilement invoqués à l'appui d'un recours contestant la décision rejetant ce recours. Cette substitution ne fait toutefois pas obstacle à ce que soient invoqués à son encontre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables à la décision initiale qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à cette décision, sont susceptibles d'affecter la régularité de la décision soumise au juge. Par ailleurs, lorsque la décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire est implicite et que le requérant n'en a pas sollicité la communication des motifs en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, elle doit être regardée comme fondée sur les mêmes motifs que la décision initiale
Sur l'étendue du litige :
4. Par une décision du 16 mars 2022, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'attribuer à M. D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. L'intéressé a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il a adressé par courriel du 22 mars 2022 à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lequel ne conteste pas en avoir été destinataire. Le silence de l'office sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet, qui s'est ainsi substituée à la décision du 23 mars 2022. A cette décision implicite, s'est ensuite substituée la décision du 17 novembre 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a expressément rejeté ledit recours préalable. Il suit de là que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, dirigées contre la décision du 16 mars 2022, doivent être regardées comme dirigées contre cette décision expresse de rejet, qui s'y est substituée. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir soulevée en défense, tirée de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 16 mars 2022, doit être écartée.
Sur les conclusions du requérant :
5. En premier lieu, les moyens tirés de l'incompétence du signataire et de l'insuffisance de motivation de la décision du 16 mars 2022, qui se rapportent aux vices propres de la décision initiale, sont par suite inopérants. En tout état de cause, la décision du 17 novembre 2022 a été signée par M. B E, directeur général adjoint de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lequel a reçu délégation du directeur général de l'office par acte du 10 novembre 2020, à l'effet de signer tous les actes ou décisions dans le cadre des textes en vigueur. Par ailleurs, cette décision vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fait application. Elle mentionne également, avec suffisamment de précisions, les circonstances de fait sur lesquelles l'office s'est fondé. Elle comporte donc les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et de l'insuffisance de motivation doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision du 17 novembre 2022, ni des pièces du dossier, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration se serait estimé tenu de refuser les conditions matérielles d'accueil au seul motif d'un dépôt tardif de la demande d'asile du requérant, sans tenir compte de sa situation. Dès lors, les moyens tirés d'un défaut d'examen et d'une erreur de droit doivent être écartés.
7. En troisième lieu, le requérant est l'auteur d'une demande d'admission au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, présentée concomitamment à sa demande d'asile le 16 mars 2022. Le moyen tiré de l'absence d'une information préalable précédant le refus des conditions matérielles d'accueil est dès lors inopérant, une telle procédure administrative n'ayant vocation à s'appliquer qu'en cas de retrait ou de suspension de conditions matérielles déjà attribuées.
8. En dernier lieu, dans le cas où elle envisage de refuser les conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité compétente de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'apprécier la situation particulière du demandeur au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il devait déférer pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil.
9. Pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondé sur le fait que, sans motif légitime, l'intéressé a présenté sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France, soit au-delà du délai auquel renvoient les dispositions précitées du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant soutient qu'il s'est d'abord préoccupé de la sécurité de sa famille restée dans son pays d'origine et qu'il s'est déplacé à Lyon sur les conseils d'un compatriote, toutefois, d'une part, aucun élément du dossier ne permet de corroborer ses allégations, d'autre part, ces seules circonstances ne constituent pas un motif légitime faisant obstacle à ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration puisse lui opposer la tardiveté du dépôt de sa demande d'asile, deux mois après le délai de 90 jours. Par suite, et compte tenu de l'absence de tout élément particulier de vulnérabilité mentionné dans la fiche d'évaluation du 16 mars 2022, le moyen tiré d'une erreur d'appréciation doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé d'attribuer à M. D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent également être rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera adressée à Me Lefevre.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,
Mme Marie Chapard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.
La rapporteure,
F.-M.. CLe président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
A. Baviera
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026