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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204935

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204935

vendredi 1 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juin 2022 et 26 octobre 2023, Mme A B, représentée par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 20 octobre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, le préfet du Rhône n'ayant pas répondu à sa demande de communication des motifs dans le délai prévu par l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le 5°) de l'article 6 de l'accord-franco algérien.

La requête a été communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 26 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 10 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Chapard.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née le 25 mai 1975, entrée en France le 21 août 2016, a déposé en préfecture du Rhône le 16 novembre 2021 une demande de titre de séjour. La préfète du Rhône a refusé de lui délivrer ce titre par une décision expresse du 20 octobre 2023, survenue en cours d'instance, qui a nécessairement eu pour effet de rapporter la décision implicite de refus initialement opposée à la requérante. Mme B demande l'annulation de cette décision du 20 octobre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. C D, chef du bureau des affaires générales et du contentieux, lequel dispose d'une délégation de compétence résultant d'un arrêté du 13 octobre 2023 de la préfète du Rhône, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence manque en fait.

3. En deuxième lieu, le moyen tiré d'un défaut de communication des motifs de la décision implicite de refus de titre attaquée est devenu inopérant en raison de l'intervention, en cours d'instance, d'une décision expresse de refus de titre de séjour.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, âgée de 48 ans, résidait en France depuis un peu plus de 7 années à la date de la décision attaquée. Elle a ainsi passé l'essentiel de sa vie dans son pays d'origine. Si elle réside sur le territoire national avec son époux et leurs trois enfants, tous sont de nationalité algérienne, la reconstitution de leur cellule familiale en Algérie étant dès lors possible. Il n'est en outre pas contesté que son conjoint se trouve en situation irrégulière sur le territoire national, après avoir fait lui-même l'objet d'un refus de titre de séjour le 24 février 2020. De plus, si Mme B se prévaut d'une intégration professionnelle par l'exercice d'une activité en contrat à durée indéterminée en tant qu'assistante administrative puis agent de nettoyage, elle ne justifie d'une telle activité que pour les années 2019 et 2020 et depuis le mois de septembre 2022. Enfin, elle ne démontre pas être dépourvue de liens familiaux ou sociaux en Algérie. Dans ces conditions, la requérante, qui ne justifie pas d'une vie privée et familiale intense, ancienne et stable en dehors de sa propre cellule familiale sur le territoire national, n'est pas fondée à soutenir que la préfète a méconnu les stipulations de l'article 6-5) de l'accord franco-algérien, ou celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / 2. Les Etats parties s'engagent à assurer à l'enfant la protection et les soins nécessaires à son bien-être, compte tenu des droits et des devoirs de ses parents, de ses tuteurs ou des autres personnes légalement responsables de lui, et ils prennent à cette fin toutes les mesures législatives et administratives appropriées. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est mère de trois enfants de nationalité algérienne. Deux des enfants de la requérante sont nés en Algérie, l'un en 2006 et l'autre en 2008, où ils ont vécu jusqu'en 2016. Bien qu'actuellement scolarisés en France, ils pourront poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Si la fille cadette du couple est née en France, son jeune âge - moins de six ans - lui permet raisonnablement d'envisager une intégration dans le pays d'origine de ses parents et d'y poursuivre, elle aussi, sa scolarité. Le refus de titre attaqué n'a ainsi pas pour effet de séparer ces enfants de leur mère. Dans ces conditions, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse méconnaît les stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

8. Il résulte de ce qui précède, que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 octobre 2023.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement à la requérante d'une somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Jean-Pascal Chenevey, président,

- Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère,

- Mme Marie Chapard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2023.

La rapporteure,

M. Chapard

Le président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

A. Baviera

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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