vendredi 16 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204940 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | DELBES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juin 2022, M. D A, représenté par Me Delbes, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant un an ;
3°) de faire injonction au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté a été pris par une personne incompétente ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français a été prise sans réel examen de sa situation personnelle ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision le privant de délai de départ volontaire a été prise sans réel examen de sa situation personnelle ;
- la décision le privant de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2022, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 9 septembre 2022.
La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Delbes, pour M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,
- les observations de M. A, assisté par Mme H, interprète en langue albanaise ; M. A a notamment évoqué les risques qu'il encourt en Albanie, dans un contexte de vendetta et eu égard au fait qu'il ne peut bénéficier d'une protection des autorités albanaises en raison de son appartenance à la communauté égyptienne ;
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né en 1991, est entré en France en 2018. Il a présenté une demande d'asile, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 31 octobre 2018 puis, le 28 janvier 2020 par la Cour nationale du droit d'asile. Il a fait l'objet le 13 février 2020 d'un arrêté du préfet de la Loire portant obligation de quitter le territoire français. Par arrêté du 28 juin 2022, le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant un an. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Le bureau d'aide juridictionnelle ayant fait droit, le 9 septembre 2022, à la demande d'aide juridictionnelle de M. A, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de la compétence de l'auteur de l'arrêté :
3. Par arrêté du 3 mai 2022 publié dans le recueil spécial des actes administratifs du même jour, le préfet de la Haute-Savoie a donné délégation à Mme C E, cheffe de bureau de l'asile et de l'éloignement à la préfecture de la Haute-Savoie, pour signer notamment les décisions de refus de titre de séjour, les obligations de quitter le territoire français, les arrêtés fixant le pays de destination, et les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement des membres du corps préfectoral, de M. F, directeur de la citoyenneté, et de M. G, absences non contestées ici. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français vise les textes dont elle fait application, et précise les éléments retenus par le préfet de la Haute-Savoie pour décider l'éloignement du requérant, tenant au rejet de sa demande d'asile, et à l'absence de circonstance particulière justifiant une mesure dérogatoire. Par suite, la décision en litige, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée, qui fait état d'éléments propres à la situation personnelle et familiale de M. A, que le préfet de la Haute-Savoie ne se serait pas livré à un examen complet de sa situation.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A résidait en France depuis près de quatre années à la date de la décision attaquée, avec son épouse et ses deux enfants, le premier, né en 2015, étant scolarisé en France depuis 2018 et le second y étant né le 27 juillet 2019. Il fait valoir qu'il a travaillé pendant plusieurs mois en 2021 et 2022, qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche en qualité de façadier, et produit différents témoignages attestant d'une bonne intégration en France. Toutefois, le séjour en France de l'intéressé, qui s'y est maintenu en dépit d'une mesure d'éloignement prise en 2020, est récent et son épouse ne séjourne pas régulièrement en France. Dans ces conditions, et alors que la scolarité de ses enfants peut se poursuivre en Albanie, la décision obligeant M. A à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Savoie ne se serait pas livré à un examen complet de la situation du requérant avant de décider de le priver de délai de départ volontaire.
9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet : ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; "
10. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est maintenu en France après la mesure d'éloignement prise à son encontre le 13 février 2020 et qu'il a déclaré ne pas vouloir retourner en Albanie en cas d'obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, au regard notamment de la non-exécution de la précédente mesure d'éloignement, et quand bien même l'intéressé a déclaré avoir l'intention de déposer une demande de titre de séjour afin de régulariser sa situation, le préfet de la Haute-Savoie a pu légalement, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, estimer qu'il existait un risque que M. A se soustraie à la mesure d'éloignement et décider de le priver de délai de départ volontaire.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination vise les dispositions applicables et précise que M. A, dont la demande d'asile a été rejetée, n'établit pas qu'il encourrait des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est par suite suffisamment motivée.
12. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
13. Si M. A soutient être exposé à des risques en cas de retour en Albanie, dans un contexte de vendetta, et qu'en raison de son appartenance à la communauté égyptienne, victime de discriminations, il ne peut bénéficier d'une protection effective des autorités albanaises, il ne produit aucun document probant à l'appui de ses allégations, par ailleurs peu précises. Par suite, son moyen doit être écarté.
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () " L'article L. 612-10 dudit code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
15. En premier lieu, la décision mentionne les dispositions applicables, indique qu'aucun délai de départ volontaire n'a été laissé à M. A et précise les éléments propres à la situation de l'intéressé qui ont justifié la durée de la mesure d'interdiction de retour en litige. Elle est ainsi suffisamment motivée.
16. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, qu'il n'a pas exécutée et que, si son épouse vit également en France avec ses enfants, elle y réside sans être titulaire d'une autorisation de séjour. Dans ces conditions, et quand bien même M. A vivait en France depuis près de quatre années et y était bien intégré, et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Haute-Savoie a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, décider de lui faire interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an.
17. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 28 juin 2022 du préfet de la Haute-Savoie est entaché d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles qu'il présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
Thierry B La greffière,
Anaïs Calmès
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026