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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204942

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204942

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204942
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 7ème chambre
Avocat requérantSELARL ROBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 juin et 22 août 2022, Mme B A, représentée par Me Perret, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 9 février 2022, par laquelle la CNRACL a refusé de lui accorder le bénéfice de la majoration pour tierce personne, ensemble la décision du 5 avril 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la CNRACL, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui accorder la majoration pour tierce personne à compter du 1er septembre 2021, majorée de l'intérêt au taux légal ;

3°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de la Caisse des et consignation dépôts au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle a besoin d'un accompagnement pour tous les actes de la vie quotidienne.

Par un mémoire en défense, enregistré 13 janvier 2023, la Caisse des dépôts et consignations conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que le médecin expert qui a vu Mme A a constaté que l'aide dont elle avait besoin était ponctuelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Par une ordonnance en date du 2 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 mars 2023.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Wolf, présidente honoraire, pour statuer sur les litiges mentionnés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Wolf, présidente honoraire,

- et les conclusions de M. Pineau, rapporteur public,

- et les observations Me Perret, avocat de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, née le 27 janvier 1966, ancien agent des services hospitaliers, a été admise à faire valoir ses droits à la retraite anticipée pour invalidité à compter du 1er juillet 2006. Le 1er septembre 2021, elle a adressé à la CNRACL une demande afin que sa pension d'invalidité soit complétée de la majoration pour tierce personne. Elle conteste la décision du 9 février 2022, par laquelle la CNRACL a refusé de lui accorder le bénéfice de la majoration pour tierce personne, ensemble la décision du 5 avril 2022 rejetant son recours gracieux.

2. Aux termes de l'article 30 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " Le fonctionnaire qui se trouve dans l'impossibilité définitive et absolue de continuer ses fonctions par suite de maladie, blessure ou infirmité grave dûment établie peut être admis à la retraite soit d'office, soit sur demande. () ". Aux termes de l'article 34 du même décret : " Si le fonctionnaire est dans l'obligation d'avoir recours d'une manière constante à l'assistance d'une tierce personne pour accomplir les actes ordinaires de la vie, il a droit à une majoration spéciale dont le montant est égal à la valeur de l'indice majoré 227 au 1er janvier 2004 revalorisé dans les conditions prévues à l'article L. 341-6 du code de la sécurité sociale. La majoration spéciale est accordée sur demande à tout titulaire d'une pension d'invalidité qui justifie remplir les conditions fixées ci-dessus. La majoration spéciale est accordée pour une période de cinq ans. A l'expiration de cette période, les droits des retraités font l'objet d'un nouvel examen et la majoration est soit accordée à titre définitif s'il est reconnu que le titulaire continue de remplir les conditions pour en bénéficier, soit, dans le cas contraire, supprimée. Postérieurement, elle peut être à tout moment rétablie suivant la même procédure à compter de la date de la demande du retraité si celui-ci justifie être de nouveau en droit d'y prétendre. Cette majoration n'est pas cumulable à concurrence de son montant avec toute autre prestation ayant le même objet ".

3. Si ces dispositions ne peuvent être interprétées comme exigeant que l'aide d'un tiers soit nécessaire à l'accomplissement de la totalité des actes nécessaires à la vie, elle impose toutefois que l'aide d'une tierce personne soit indispensable pour l'accomplissement d'actes nombreux se répartissant tout au long de la journée, ou pour faire face, soit à des manifestations imprévisibles des infirmités dont le pensionné est atteint, soit à des soins dont l'accomplissement ne peut être subordonné à un horaire préétabli, et dont l'absence mettrait en danger l'intégrité physique ou la vie de l'intéressé.

4. Le médecin chargé par la commission de réforme de se prononcer sur le besoin pour Mme A d'assistance par une tierce personne a, après avoir rencontré Mme A à son domicile, mentionné dans son rapport, le 7 décembre 2021, que Mme A vivait seule, mais avec un entourage proche, recevait des soins infirmiers, recourait à une aide-ménagère 4 heures par mois. Il a indiqué que Mme A pouvait se lever, se coucher, s'asseoir sur une chaise et se lever seule, aller seule aux toilettes à son domicile, faire sa toilette seule, mais partiellement, se vêtir et dévêtir seule, boire et manger seule, mais pas se couper ses aliments, marcher seule, avec ou sans canne et utiliser seule les transports en commun. Il a conclu qu'elle avait besoin de l'assistance d'une tierce personne de façon ponctuelle à certains moments de la journée ou pour faire face à des complications passagères. Dans sa séance du 14 janvier 2022, la commission de réforme a émis un avis favorable quant à l'assistance d'une tierce personne, mais pour faire face à des complications passagères et une aide ponctuelle à certains moments de la journée. Au vu de ces éléments la CNRACL a estimé que l'état de santé de Mme A ne justifiait pas l'assistance d'une tierce personne.

5. Mme A produit des documents médicaux décrivant sa cécité datant de 2003, qui doivent être écartés compte tenu de leur ancienneté et, en tout état de cause, en l'absence de tout élément relatif à sa vie quotidienne. L'attestation établie en 2022 par le médecin traitant se borne à affirmer que Mme A ne peut, sans aide, accomplir les actes de la vie quotidienne, mais n'apporte pas davantage de précision. Le certificat médical établi pas l'ophtalmologiste, qu'elle a consulté le 16 août 2022, n'apporte pas non plus d'éléments quant à l'accomplissement par Mme A des actes de la vie quotidienne. Mme A produit également le formulaire rempli le 20 avril 2021 pour la MDPH. Mais le document présente des contradictions car l'ophtalmologiste, qui l'a rempli, indique que Mme A n'a pas besoin de l'aide d'une tierce personne pour reconnaître des visages à mois d'un mètre et pour les gestes de la vie quotidienne (ex : préparation et prise des repas) et l'utilisation du téléphone et des appareils de communication, alors qu'il coche le besoin d'une tierce personne pour ces actes. Il mentionne sans contradiction que Mme A se déplace à l'intérieur et à l'extérieur de son domicile sans aide.

6. Le certificat du médecin traitant du 9 mars 2023, signale des " éléments nouveaux " et conclut au réexamen de la situation de Mme A, qui présente un syndrome et un amaigrissement lié à une dénutrition. Il est sans incidence sur le droit à majoration pour tierce personne tant à la date du 1er septembre 2021 qu'à la date de la décision attaquée.

7. Dans ces conditions, Mme A n'établit ni que le 1er septembre 2021, date de sa demande, ni à la date de la décision contestée, l'aide d'une tierce personne lui était indispensable pour l'accomplissement d'actes nombreux se répartissant tout au long de la journée, ou pour faire face, soit à des manifestations imprévisibles des infirmités dont elle est atteinte, soit à des soins dont l'accomplissement ne peut être subordonné à un horaire préétabli, et dont l'absence mettrait en danger son intégrité physique ou sa vie.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme A relatives à la majoration pour tierce personne doivent être rejetées.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la Caisse des dépôts et consignations, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, à verser à Mme A.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la Caisse des dépôts et consignations.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

La magistrate désignée,

A. WolfLe greffier,

J-P. Duret

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier

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