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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204943

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204943

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204943
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantGALICHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juin 2022, M. B A, représenté par Me Galichet, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 28 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Loire, territorialement compétente, de réexaminer sa situation en matière de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de condamner l'Etat aux dépens ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros TTC au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou à titre subsidiaire, le versement d'une somme de 1 500 euros TTC à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions contestées méconnaissent l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- la décision portant interdiction de retour pour une durée de dix-huit mois est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet du Rhône a présenté des pièces qui ont été enregistrées le 30 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné Mme Reniez, conseillère, pour statuer en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Le rapport de Mme Reniez, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais, conteste les décisions du 28 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. Les décisions attaquées en date du 28 juin 2022 ont été signées par Mme D C, attachée, adjointe à la cheffe de bureau de l'éloignement à la préfecture du Rhône, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet du Rhône du 29 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 4 avril 2022, d'une délégation pour signer de tels actes. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées manque ainsi en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ".

5. La décision portant obligation de quitter le territoire français est fondée sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A ne peut par suite utilement soutenir que le préfet du Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur la menace à l'ordre public pour prendre à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; / () ".

7. Si M. A fait valoir qu'il a deux enfants nés en 2015 et en 2017 de nationalité française, il ne démontre pas, par les pièces qu'il produit et alors qu'il est séparé de leur mère, contribuer effectivement à l'entretien et l'éducation de ses enfants depuis au moins deux ans. Dès lors, le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. A fait valoir qu'il est présent sur le territoire français depuis 2015, qu'il a deux enfants d'une précédente union et est en couple avec une ressortissante camerounaise présente de manière régulière en France. Toutefois, le requérant ne produit aucun élément de nature à établir qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et l'éducation de ses enfants mineurs. S'il a conclu en 2019 un pacte civil de solidarité avec une ressortissante camerounaise, il a été condamné la même année pour violences exercées à l'encontre de sa compagne à une peine de douze mois d'emprisonnement dont quatre avec sursis et il n'apporte pas d'éléments établissant la stabilité de leur relation à la date des décisions contestées. Si le requérant se prévaut également de la présence de sa sœur sur le territoire français, il ne ressort pas des pièces du dossier que sa présence auprès de cette dernière serait indispensable. Par ailleurs, le requérant ne justifie pas d'une insertion particulière sur le territoire français. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, pour édicter la décision de refus de délai de départ volontaire, le préfet du Rhône, qui s'est fondé sur les dispositions des 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, a retenu, d'une part, que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, d'autre part, que M. A s'était soustrait à deux précédentes mesures d'éloignement et ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes.

11. Pour contester cette décision, le requérant fait valoir que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public. Toutefois, il est constant qu'il a été placé en garde à vue pour des faits d'utilisation frauduleuse de document d'identité et défaut de carte professionnelle et qu'il a été condamné en 2019 à douze mois d'emprisonnement dont quatre mois avec sursis pour des faits de violence envers sa compagne. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en retenant que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 9, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

14. M. A, qui a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle aucun délai de départ volontaire n'a été accordé, ne justifie d'aucune circonstance humanitaire. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, M. A n'établit pas, par les pièces qu'il produit, voir ses enfants et contribuer à leur entretien et leur éducation. Il n'établit pas non plus la stabilité de sa relation avec sa compagne ni leur communauté de vie à la date de la décision attaquée et il ne justifie pas d'une insertion particulière sur le territoire français. Il a par ailleurs été placé en garde à vue pour des faits d'utilisation frauduleuse de document d'identité et défaut de carte professionnelle et a été condamné en 2019 à une peine d'emprisonnement de douze mois dont quatre mois avec sursis pour des faits de violence envers sa compagne. Le préfet a ainsi pu retenir que son comportement constituait une menace pour l'ordre public. En outre, il a déjà fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à dix-huit mois.

15. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 9, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant doivent être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Dès lors que la présente instance n'a pas occasionné de dépens, les conclusions de M. A tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de l'Etat ne peuvent qu'être rejetées.

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. A sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Rhône et à la préfète de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

La magistrate désignée,

E. Reniez

La greffière,

A. Calmès

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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