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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204970

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204970

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204970
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantLAUBRIET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2022, M. B A, alors retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125 aéroport Lyon - Saint-Exupéry), demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 29 juin 2022 par lesquelles la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination ;

2°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles n'ont pas été précédées d'un examen particulier de sa situation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il réside en France depuis 2018 ;

- elle méconnait les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- il méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et présente un caractère disproportionné.

Vu les pièces, enregistrées le 1er juillet 2022, produites par la préfète de la Loire.

Vu la demande du 4 juillet 2022 par laquelle M. A demande son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme C.

Vu la prestation de serment de Mme D, interprète en langue arabe.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 4 juillet 2022, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Laubriet, avocate, pour M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et soutient, en outre, qu'elle abandonne le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte. Elle soutient également que le comportement du requérant ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il est entré en France en février 2018, que l'ensemble de sa famille réside en France, qu'il est hébergé en France, qu'il effectue des travaux en qualité d'ouvrier agricole et qu'il rencontre des difficultés d'ordre psychiatriques ;

- les observations de M. A, requérant, assisté de Mme D, interprète ;

- les observations de Me Tomasi, avocat, pour la préfète de la Loire, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens de la requête ne sont pas fondés et soutient en outre que dans l'hypothèse où le tribunal estimerait que le comportement du requérant ne constitue pas une menace pour l'ordre public, la préfète sollicite une substitution de base légale de l'obligation de quitter le territoire français qui peut être fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au lieu du 5° du même article.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant que ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 22 septembre 1997, demande au tribunal d'annuler les décisions du 29 juin 2022 par lesquelles la préfète de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées et sont ainsi suffisamment motivées au regard des exigences qu'imposent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration susvisé. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, dès lors, être écarté comme manquant en fait.

4. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant l'édiction des décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. ' L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ".

6. Pour faire obligation à M. A de quitter le territoire français, la préfète a fondé sa décision sur les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que du fait de l'interpellation de M. A pour une tentative de vol avec violence, le comportement du requérant constituait une menace pour l'ordre public. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A résiderait régulièrement en France depuis plus de trois mois. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition par les services de police du 29 juin 2022, que M. A a reconnu avoir, le 28 juin 2022, tenté de dérober des vêtements, chaussures et accessoires dans un magasin et avoir bousculé le vigile en tentant de s'enfuir. Compte tenu de ces faits récents, la préfète n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit, ni méconnu les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en estimant que le comportement de M. A constituait une menace à l'ordre public et en lui faisant obligation de quitter le territoire français sur ce fondement.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A déclare être entré en France en 2018. Il fait valoir qu'il a été hospitalisé pour des troubles psychiatriques, qu'il réside avec son cousin, qu'il travaille comme ouvrier agricole et que sa famille réside régulièrement en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A se maintient irrégulièrement en France malgré une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 4 février 2021 par le préfet de l'Ardèche. Il ressort également des pièces du dossier que M. A est célibataire et sans charge de famille en France et ne justifie pas de l'intensité des liens familiaux dont il se prévaut. En outre, le requérant ne démontre aucune intégration particulière sur le territoire français alors qu'il est connu défavorablement des services de police pour des faits de tentative de vol. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt et un ans et où il n'est pas établi qu'il ne pourrait pas bénéficier, le cas échéant, de soins adaptés à son état de santé. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ( )".

10. Il ressort des motifs de la décision attaquée que pour refuser à M. A un délai de départ volontaire pour exécuter la mesure d'éloignement prise à son encontre, le préfet s'est fondé sur les dispositions précitées du 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du 5° de l'article L. 612-3 du même code. D'une part, ainsi qu'il a été dit précédemment au point 6, le comportement de M. A, eu égard aux faits récents commis, constitue une menace pour l'ordre public. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 4 février 2021 par le préfet de l'Ardèche. Les circonstances qu'il dispose d'un passeport en cours de validité et qu'il produise une attestation d'hébergement par un tiers présenté comme son cousin à Saint-Rambert-D'albon, alors qu'il a déclaré aux autorités de police être sans domicile fixe, ne constituent pas des circonstances particulières au sens des dispositions précitées. Par suite, le préfet, qui ne s'est pas fondé sur des faits matériellement inexacts, pouvait priver l'intéressé d'un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions précitées.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. Le 29 juin 2022, M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai. Par suite, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. M. A soutient qu'il réside en France depuis 2018, qu'il travaille comme ouvrier agricole, qu'il a été hospitalisé pour troubles psychiatriques et qu'il n'a plus d'attaches au Maroc dès lors que ses parents et ses frères résident en France. Alors que le requérant se maintient irrégulièrement en France malgré une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée, qu'il est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français, qu'il ne justifie pas de l'intensité des liens familiaux dont il se prévaut, et eu égard à la durée d'un an fixée par la préfète, la décision attaquée ne méconnaît pas les dispositions précitées et ne présente pas un caractère disproportionné.

13. Il résulte de tout de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par suite, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de la Loire.

Lu en audience publique le 4 juillet 2022.

La magistrate déléguée,

Mme Deniel,

première conseillèreLa greffière,

N. Oudji

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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