mardi 5 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204976 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | MOREL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée sous le n°2203317 au greffe du tribunal administratif de Montpellier le 27 juin 2022 puis, après sa transmission au tribunal administratif de Lyon le 30 juin 2022, sous le n°2204976, et un mémoire produit le 4 juillet 2022, M. A D, représenté par Me Morel, demande au tribunal, dans le dernier état des conclusions :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté de la préfète de la Loire en date du 18 mai 2022 portant obligation de quitter sans délai le territoire français et interdiction de retour pendant une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de statuer sur son droit au séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de ce même jugement ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable, les décisions ne lui ayant pas été régulièrement notifiées pendant son incarcération en maison d'arrêt ;
S'agissant du moyen commun aux décisions en litige :
- elles ont été signées par une autorité incompétente ;
S'agissant des moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le 5° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant des moyens propres au refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle sera annulée du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier des circonstances ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant du moyen propre à la désignation du pays de destination :
- elle sera annulée du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
S'agissant des moyens propres à l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle sera annulée du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier des circonstances ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions des articles L.612-6 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 4 juillet 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est tardive ;
- subsidiairement, aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu la demande du 5 juillet 2022 par laquelle M. D demande son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 5 juillet 2022, Mme Monteiro, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Morel, avocate, pour M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ; elle indique se désister du moyen tiré du vice d'incompétence au regard des pièces produites en défense ;
- les observations de M. D, requérant, assisté de Mme C, interprète en langue arabe.
La préfète de la Loire n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant algérien né le 5 novembre 1991, conteste l'arrêté de la préfète de la Loire en date du 18 mai 2022 portant obligation de quitter sans délai le territoire français et interdiction de retour pendant une durée d'un an. Il a été assigné à résidence par cette même autorité le 30 juin 2022, à la suite de l'annulation de l'arrêté le plaçant en rétention administrative à Sète par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Montpellier.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L.614-7 à L.614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été condamné par le tribunal correctionnel de Saint-Etienne le 3 mai 2021 à une peine d'emprisonnement de deux mois pour des faits de violence sur sa conjointe puis le 11 février 2022 à une peine d'emprisonnement de quatre mois pour des faits de harcèlement sur cette même conjointe. Il a été incarcéré pendant six mois, à compter de cette dernière date, au centre pénitentiaire de Saint Etienne La Talaudière pour purger ces peines. Contrairement à ce qu'il soutient, ces faits sont bien constitutifs d'une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, la préfète de la Loire a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, obliger le requérant à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France en 2016 et a bénéficié d'une carte de résident valable du 3 décembre 2020 au 2 décembre 2021 en sa qualité de conjoint de ressortissant français. Il n'a cependant pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour et s'est maintenu depuis lors irrégulièrement sur le territoire français. Il ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière, faisant uniquement état d'une promesse d'embauche. S'il se prévaut de la présence régulière en France de ses deux sœurs et de son frère, au domicile duquel il a d'ailleurs été assigné, il n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où résident trois autres membres de sa fratrie et sa mère et où lui-même a vécu la majeure partie de son existence. Il est par ailleurs séparé de son épouse et aucun enfant n'est né de leur union. Dans ces circonstances, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et serait ainsi entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne les moyens propres au refus d'octroi d'un délai de départ volontaire:
8. En premier lieu, M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision contestée.
9. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée et ne révèle pas un défaut d'examen particulier de la situation du requérant.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L.612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ".
11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est fondé sur les 1° et 3° de l'article L.612-2 et sur le 5° de l'article L.612-3. Si la préfète de la Loire ne pouvait pas opposer à M. D le fait qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement dès lors qu'il a ensuite bénéficié d'une carte de résident, il résulte de l'instruction qu'elle aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le motif tiré de ce que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, laquelle est établie pour les motifs évoqués au point 5. Dans ces conditions, le requérant rentrait dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant à la préfète de la Loire de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne le moyen propre à la désignation du pays de destination :
12. M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision contestée.
En ce qui concerne les moyens propres à l'interdiction de retour :
13. En premier lieu, M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision contestée.
14. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée et ne révèle pas un défaut d'examen particulier de la situation du requérant.
15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
16. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
17. M. D s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre. Dès lors, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français Or, si le requérant se prévaut des membres de sa fratrie résidant en France, il ne justifie pas de liens suffisamment anciens et stables en France alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à ses 25 ans. S'il est entré régulièrement sur le territoire et a bénéficié d'une carte de résident pendant un an en tant que conjoint d'une ressortissante française, il est aujourd'hui en situation irrégulière et séparé de son épouse. Il a en outre été condamné à six mois d'emprisonnement pour des faits de violence et harcèlement sur sa conjointe. La préfète a donc pu, sans méconnaître les dispositions des articles L.612-6 et L.612-10 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français et fixer à un an sa durée.
18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité des conclusions à fin d'annulation, la requête de M. D doit être rejetée.
D E C I D E:
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète de la Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.
La magistrate désignée,
M. BLa greffière,
C. Driguzzi
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026