vendredi 23 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2204977 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | PAQUET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er juillet 2022, Mme A C, représentée par Me Paquet, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 22 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné un pays de renvoi ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui remettre, dans un délai de huit jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ; subsidiairement, d'enjoindre au préfet du Rhône de réexaminer sa situation et de lui remettre, dans le même délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Paquet si la demande d'admission à l'aide juridictionnelle était accordée.
Mme C soutient que :
- les décisions révèlent que le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît également l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle révèle que le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir de régularisation au regard des circonstances exceptionnelles qui caractérisent sa situation ; par ailleurs, elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Des pièces ont été enregistrées par le préfet du Rhône le 7 septembre 2022.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 8 juillet 2022.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 9 septembre 2022, Mme de Lacoste Lareymondie, magistrate désignée, a présenté son rapport.
Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante nigériane née en 1996, est entrée en France le 3 octobre 2019 selon ses déclarations, et y a déposé une demande d'asile enregistrée le 22 octobre 2019. Cette demande ayant été rejetée, en dernier lieu par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 24 mai 2022, le préfet du Rhône, par les décisions contestées du 22 juin 2022, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a désigné le pays à destination duquel elle peut être éloignée d'office.
Sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Le bureau d'aide juridictionnelle ayant fait droit, le 8 juillet 2022, à la demande d'aide juridictionnelle de Mme C, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte :
3. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des pièces du dossier, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de la requérante. A ce titre, si Mme C évoque, dans le cadre du présent litige, son état de santé, elle n'établit pas en avoir informé le préfet du Rhône.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () / Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 431-2 du même code : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. ".
5. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que Mme C aurait déposé, conjointement à sa demande d'asile, une demande de titre de séjour. Dès lors, s'il n'est pas sérieusement contesté, et résulte par ailleurs des pièces jointes à la requête, que la requérante s'est livrée à la prostitution lors de son entrée sur le continent européen, sans pour autant établir qu'elle aurait été victime d'un réseau de traite d'êtres humains, et si elle bénéficie désormais d'une prise en charge adaptée sur le territoire français par une association spécialisée, elle ne peut utilement s'en prévaloir pour soutenir que le préfet aurait entaché la mesure d'éloignement litigieuse d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation pour des motifs humanitaires.
6. En troisième lieu, selon l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
7. Il résulte du certificat médical du Dr B, praticien hospitalier du service de néphrologie de l'hôpital Edouard Herriot de Lyon, que Mme C est atteinte d'une insuffisance rénale nécessitant un suivi régulier et un traitement médicamenteux. Il ressort par ailleurs explicitement de ce certificat que l'absence de prise en charge expose l'intéressée à un risque de dégradation sévère de son état, susceptible d'engager son pronostic vital. Cependant, il n'est ni démontré, ni même soutenu, qu'une telle prise en charge serait impossible au Nigéria. Le moyen tiré de la violation de l'article L. 611-3 précité doit donc être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Il est constant que Mme C, qui est entrée en France en 2019 après avoir vécu l'essentiel de son existence au Nigéria, ne dispose d'aucune attache familiale sur le territoire français. Si elle bénéficie d'une prise en charge adaptée par une association spécialisée dans l'accompagnement des victimes de la prostitution, cette circonstance est insuffisante à établir qu'elle aurait fixé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Il s'en suit qu'elle n'est pas fondée à soutenir que la mesure d'éloignement prise à son encontre porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne précitée.
9. En dernier lieu, si Mme C soutient qu'elle est exposée à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Nigéria, elle n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations, alors qu'au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée. Dès lors, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Rhône aurait méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées, de même que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'admission provisoire de Mme C à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.
La magistrate désignée,
E. de Lacoste Lareymondie
La greffière,
C. Réveillé
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026