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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2204982

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2204982

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2204982
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantFRERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2022, M. F G, représenté par Me Frery, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir :

- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et à l'effacement de son signalement à fin de non-admission dans le SIS ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence de sa signataire ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions des articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas établi que l'avis du collège de l'OFII ait été émis dans des conditions régulières préalablement à son édiction ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet du Rhône s'est cru, à tort, en situation de compétence liée vis-à-vis de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit l'ensemble des conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que préfet du Rhône s'est cru, à tort, tenu d'édicter une mesure d'éloignement à son encontre alors qu'il présente une situation de particulière vulnérabilité ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du même code, compte tenu de sa situation médicale ;

- elle méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, ainsi que de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle et d'une erreur de droit, dès lors que préfet du Rhône, qui s'est cru, à tort, tenu d'édicter une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français à son encontre, n'a pas tenu compte des quatre critères énumérés par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces dernières dispositions.

Par une ordonnance du 5 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2022.

Un mémoire en défense produit par le préfet du Rhône a été enregistrée le 4 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Frery, représentant M. G.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant guinéen né le 9 novembre 1995, déclare être entré sur le territoire français le 21 juillet 2018. Alors que l'intéressé avait fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités italiennes, s'étant maintenu sur le territoire national, il a déposé, le 21 mars 2019, une demande de protection internationale qui sera rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 14 août 2020, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 23 mars 2021. M. G a également sollicité des services de la préfecture du Rhône, le 23 juillet 2021, la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 14 juin 2022, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS).

2. Le bureau d'aide juridictionnelle n'ayant pas statué sur la demande d'aide juridictionnelle dont M. G fait état dans sa requête, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus et d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dans cette instance.

3. Par un arrêté du 8 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 9 juin 2022, accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet du Rhône a donné délégation de signature à Mme E D, attachée principale, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme A C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer la totalité des actes établis par la direction dont elle dépend, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, la décision contestée vise les textes dont elle fait application, en particulier les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et expose, de manière non stéréotypée, les circonstances de faits propres à la situation personnelle et familiale de M. G, dont les éléments sur lesquels le préfet du Rhône s'est fondé pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. En tout état de cause, cette autorité n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant. Par suite, la décision attaquée, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permettent ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé, est suffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Enfin, selon l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

6. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est délivrée par le préfet au vu d'un avis émis par un collège de trois médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), après transmission à ce collège d'un rapport médical établi par un médecin de l'OFII ne siégeant pas au sein dudit collège. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

7. En l'espèce, il ressort des pièces produites en défense qu'au cours de l'instruction de la demande de titre de séjour de M. G en qualité d'étranger malade, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), composé de trois médecins, a rendu un avis le 15 octobre 2021 au vu d'un rapport médical rédigé par un autre médecin, le 30 septembre 2021, qui lui a été transmis le 1er octobre 2021. Enfin, ces quatre médecins ont été régulièrement désignés par la décision du directeur général de l'OFII en date du 7 juin 2021, modifiant celle du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, accessible tant au juge qu'aux parties sur le site internet de l'OFII. Le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'un vice de procédure doit, par suite, être écarté en toutes ses branches.

8. Par ailleurs, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône se serait cru lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII émis le 15 octobre 2021 et qu'il n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. G. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

9. Enfin, pour refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade à M. G, le préfet du Rhône s'est approprié le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII estimant que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le requérant entend contester cette analyse en soutenant qu'il remplit l'ensemble des conditions pour bénéficier de ce titre de séjour. Toutefois, s'il ressort des certificats médicaux des 31 juillet 2019 et 14 février 2022 produits par l'intéressé qu'il est atteint du virus de l'hépatite B, aucun des éléments versés au dossier n'est de nature à infirmer l'analyse du collège de médecins de l'OFII sur la circonstance que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sur leur fondement.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône se serait cru en situation de compétence liée pour obliger M. G à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors au demeurant que le requérant ne démontre pas se trouver dans une situation de particulière vulnérabilité. Le moyen tiré de l'erreur de droit est infondé et doit, par suite, être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que si l'état de santé de M. G nécessite une prise en charge médicale, l'intéressé ne démontre pas que le défaut de cette prise en charge pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Rhône s'est approprié le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII estimant qu'au vu des éléments du dossier de M. G et à la date de cet avis, son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers la Guinée, ce que le requérant ne conteste pas. Le moyen tiré de l'erreur de droit pourra, par suite, être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

15. M. G soutient qu'il a transféré le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français depuis quatre années et qu'il y est socialement et professionnellement intégré. Toutefois, l'intéressé, qui demeure célibataire et sans charge de famille, n'est entré que récemment sur le territoire français et n'y justifie pas de liens privés et familiaux suffisamment anciens, intenses et stables, l'attestation d'hébergement datée du 24 juin 2022 ainsi que de nombreux témoignages faisant état de son engagement associatif depuis l'année 2018 s'avérant insuffisants à cet égard. Par ailleurs, si le requérant verse au dossier un livret de suivi de stage en menuiserie et second œuvre au sein de l' " Association lyonnaise nouvelle d'écoute et d'accompagnement " (ALYNEA) non daté, ainsi qu'une promesse d'embauche en qualité d'apprenti poissonnier en alternance au sein de la société Auchan et une demande d'autorisation de travail respectivement datées des 17 juin et 12 juillet 2022, ces éléments ne sont pas davantage de nature à démontrer une intégration sociale ou professionnelle particulière. Enfin, en se bornant à faire état du décès de son père et de son frère, ainsi que de la circonstance que sa sœur résiderait au Sénégal, le requérant n'établit pas être dépourvu de toute attache en Guinée, où il a vécu l'essentiel de son existence et où réside, selon les termes non contestés de la décision attaquée, son enfant mineure. Dès lors, et outre le fait que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité ainsi que cela a été précédemment exposé au point 9, M. G ne peut être regardé, en l'état des pièces du dossier, comme étant en situation d'isolement dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, compte tenu de la durée et des conditions de séjour de l'intéressé, et en dépit de ses efforts d'intégration sociale, le préfet du Rhône n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

16. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

18. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. G préalablement à l'édiction de cette décision. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté.

19. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

20. M. G soutient qu'il sera exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Guinée. Toutefois, d'une part, il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 13 que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale, l'intéressé ne démontre pas que le défaut de cette prise en charge peut avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni que cet état de santé ne peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. D'autre part, si le requérant fait état des persécutions qu'il aurait subies en Guinée en raison de sa confession catholique et de son refus de se convertir à l'islam, il n'apporte pas le moindre commencement de preuve de nature à démontrer la réalité, la gravité et l'actualité des risques auxquels il serait, selon lui, personnellement exposé en cas de retour dans ce pays, alors au demeurant que sa demande de protection internationale a été rejetée tant par l'OFPRA, le 14 août 2020, que par la CNDA, le 23 mars 2021. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois :

21. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, ainsi que de la décision fixant le pays de destination, le moyen tiré de ce que la décision contestée devrait être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

22. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et selon les termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

23. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

24. En l'espèce, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. G préalablement à l'édiction de la décision d'interdiction de retour en litige ou qu'il se serait cru, à tort, en situation de compétence liée pour prononcer une telle interdiction. Au contraire, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que pour l'édicter, cette autorité a préalablement examiné la situation du requérant au regard des quatre critères énumérés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a retenu que l'intéressé était entré récemment en France, qu'il ne justifiait pas d'une vie privée et familiale ancienne, stable et intense sur le territoire français, qu'il n'était pas démuni de liens personnels et familiaux en Guinée et qu'il ne s'était pas conformé à l'arrêté préfectoral portant remise aux autorités italiennes pris à son encontre le 27 novembre 2018. Le moyen tiré de l'erreur de droit pourra, par suite, être écarté.

25. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, ainsi que cela a été dit précédemment, que M. G est entré récemment en France où il ne justifie pas de l'ancienneté, de la stabilité et de l'intensité de ses liens privés et familiaux. En outre, le préfet du Rhône s'est limité à édicter une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de six mois, alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à deux ans. Enfin, si le requérant n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, dès lors que l'arrêté préfectoral portant réadmission aux autorités italiennes qui avait été pris à son encontre le 27 novembre 2018 ne peut être regardé comme une telle mesure au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il résulte en tout état de cause de l'instruction que le préfet du Rhône aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur sa durée de présence sur le territoire français ainsi que sur la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. Dans ces conditions, et alors même que la présence de M. G sur le territoire national ne représente pas une menace pour l'ordre public, circonstance que l'autorité administrative n'a au demeurant pas retenue, le préfet du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

26. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. G doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : M. G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. G est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F G et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

M. Pineau, premier conseiller,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

Le rapporteur,

C. B

La présidente,

A. Baux

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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