vendredi 23 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205011 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022 sous le n° 2205011, Mme C D, ayant pour avocat la Selarl BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés (Me Sabatier), demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 20 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination d'une reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation, sous un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement et d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de demande d'asile avec droit au maintien sur le territoire français ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
II. Par une requête enregistrée le 4 juillet 2022 sous le n° 2205012, M. A D, ayant pour avocat la Selarl BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés (Me Sabatier), demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 20 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination d'une reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation, sous un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement et d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de demande d'asile avec droit au maintien sur le territoire français ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Les époux D soutiennent que :
- les arrêtés attaqués n'ont pas été pris par une autorité compétente pour ce faire ;
- a été méconnu leur droit d'être préalablement entendus qu'ils tiennent de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- les mesures d'éloignement ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le droit d'asile est également méconnu ;
- le préfet a commis encore une erreur manifeste d'appréciation ;
- les décisions leur impartissant un délai de 30 jours pour quitter le territoire français sont illégales en raison de l'illégalité desdites mesures ;
- les décisions fixant leur pays de destination, illégales en raison de l'illégalité de ces mêmes mesures, méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il existe des éléments sérieux de nature à justifier la suspension de l'exécution des mesures d'éloignement dont ils font l'objet.
Le préfet du Rhône a produit des pièces enregistrées le 6 septembre 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative et la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Vu la prestation de serment de Mme H, interprète en langue albanaise.
La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience tenue le 9 septembre 2022, où le magistrat désigné a présenté ses rapports et entendu :
- Me Guillaume substituant Me Sabatier, qui reprend les conclusions et moyens de la requête sauf à abandonner les conclusions tendant à la suspension de l'exécution des mesures d'éloignement ;
- M. et Mme D, assistés de Mme H, interprète en langue albanaise, qui indiquent solliciter une protection essentiellement pour leurs enfants.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de cette audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées n° 2205011 et n° 2205012 présentées respectivement pour chacun des époux D présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. A D et Mme C D, nés respectivement en 1992 et 1991, de nationalité albanaise, déclarent être entrés en France en janvier 2022. Leurs demandes d'asile ont été rejetées le 23 mai 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis le 31 août 2022 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Dès avant, par deux arrêtés pris le 20 juin 2022 sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Rhône les oblige chacun à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe leur pays de destination d'une reconduite d'office. Par les présentes requêtes, les époux D demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés du 20 juin 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, les arrêtés attaqués du 20 juin 2022 ont été signées par Mme G F, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, laquelle bénéficiait d'une délégation pour ce faire consentie par le préfet du Rhône le 8 juin 2022, publiée le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En l'espèce, les époux D, qui ont pu exposer leur situation personnelle auprès des services préfectoraux lors du dépôt de leurs demandes d'asile, se bornent à alléguer l'existence " d'éléments plus complets et plus circonstanciés " relatifs à leurs craintes en cas de retour en Albanie, sans se plaindre d'avoir été empêchés de présenter aux services préfectoraux lesdits éléments avant la prise des décisions contestées. Doit dès lors être écarté le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, que garantit le droit de l'Union européenne.
5. En troisième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, ces mesures ne font pas obstacle à l'exercice du droit d'asile par les époux D, eux qui avaient saisi la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 6 juillet 2022.
6. En quatrième lieu, M. et Mme D étaient âgés respectivement de 29 ans et 30 ans lorsqu'ils sont entrés en France accompagnés de leurs trois enfants mineurs. Ils s'y prévalent de la présence d'une tante maternelle de M. D, qui aurait obtenu le statut de réfugié avant d'épouser un ressortissant français, mais leurs attaches familiales se trouvent essentiellement en Albanie où ils ont vécu l'un et l'autre de nombreuses années. Par ailleurs, ils ne se prévalent pas d'une insertion sociale ou professionnelle qu'ils auraient acquise durant un séjour en France de cinq mois. Dans ces conditions, les mesures d'éloignement en litige n'ont pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale des requérants une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté. Ces mesures ne sont pas davantage entachées de l'erreur manifeste d'appréciation, seulement alléguée.
7. En cinquième lieu, les mesures d'éloignement en litige n'étant pas démontrées illégales, ne peut qu'être écarté le moyen tiré d'une telle illégalité articulé à l'encontre des décisions fixant un délai de départ volontaire de 30 jours et de celles fixant le pays de destination d'une reconduite.
8. En dernier lieu, il est stipulé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ".
9. Les époux D allèguent des craintes en cas de retour en Albanie, où ils seraient exposés, ainsi qu'une de leurs filles, à des menaces de la part d'un compatriote condamné en France et en Italie pour des faits de proxénétisme, notamment pour avoir enlevé la tante maternelle du requérant, alors âgée de 15 ans, et l'avoir contrainte à se prostituer. Toutefois les requérants ne produisent aucun élément précis et circonstancié de nature à établir qu'ils seraient effectivement et personnellement exposés, ou leurs enfants, à des traitements prohibés par les stipulations précitées en cas de renvoi vers leur pays d'origine, alors que leurs demandes d'asile sont désormais définitivement rejetées. Doit par suite être écarté le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de renvoi des requérants méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les époux D ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions qu'ils attaquent.
Sur l'injonction :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation des requêtes, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fins d'injonction sous astreinte présentées par les requérants ne peuvent en conséquence qu'être rejetées.
Sur les frais de procès :
12. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, il ne saurait être mis à sa charge le versement des sommes réclamées par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête n° 2205011 présentée par Mme C E épouse D est rejetée.
Article 2 : La requête n° 2205012 présentée par M. A D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E épouse D, à M. A D, et au préfet du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
B. B
La greffière,
C. Réveillé
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
N°s 2205011, 220501
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026