vendredi 27 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205052 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SAIDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 22 juin et 13 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Saidi, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain :
- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard,
- à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
M. A soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
1°) s'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans sa situation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
2°) s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
3°) s'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré au greffe le 27 juillet 2022, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative au statut des réfugiés, faite à Genève le 28 juillet 1951 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- M. A était présent et n'a pas présenté d'observation.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant kosovar né le 5 février 2002, déclare être entré en France en juillet 2021 pour y solliciter l'asile. Sa demande a toutefois été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 2 décembre 2021. Suite à son mariage, le 26 mars 2022, avec une compatriote titulaire d'une carte de résident portant la mention " réfugié ", M. A a sollicité, le 12 avril 2022, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423- 23 et L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 8 juin 2022, la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, a assorti ce refus de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.
2. Les décisions attaquées, en date du 8 juin 2022, ont été signées par Mme E D, directrice de la citoyenneté et de l'intégration à la préfecture de l'Ain, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté de la préfète de l'Ain en date du 31 janvier 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs le jour suivant, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions en litige manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, M. A soutient que l'administration aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation et de celle de son épouse et fait état, d'une part, de ce que la préfète de l'Ain aurait fait abstraction du fait qu'ils sont de même nationalité et qu'il encourt des risques en cas de retour au Kosovo et, d'autre part, de ce que la communauté de vie avec son épouse ne pouvait être remise en cause du seul fait de sa domiciliation postale. Toutefois, si le requérant peut être regardé comme invoquant une erreur de droit en l'absence d'examen de sa situation personnelle et familiale, il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète y a relevé le statut de réfugiée de l'épouse du requérant mais également le fait que la demande d'asile de M. A avait, pour sa part, été rejetée par l'OFPRA et que le requérant n'avait fait état d'aucun élément nouveau, sérieux et avéré s'agissant des risques qu'il pourrait personnellement encourir en cas de retour au Kosovo. S'il est loisible au requérant de contester cette analyse, cette divergence d'appréciation ne saurait établir un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale. Par ailleurs, si le requérant peut être regardé comme invoquant une erreur d'appréciation lorsqu'il indique que la vie commune avec son épouse ne pouvait être remise en cause du fait de sa domiciliation postale, la préfète s'est bornée à relever que le requérant ne vivait pas au domicile de son épouse lors de l'introduction de sa demande de titre de séjour et qu'il ne démontrait pas avoir une communauté de vie effective avec cette dernière. Or en l'espèce, il ressort de l'acte de mariage du 26 mars 2022 que M. A et son épouse ne disposaient pas d'un domicile commun à cette date et qu'ils n'en justifient qu'à compter du 1er juin 2022 ainsi qu'il ressort du contrat de bail produit au débat. Dès lors, en relevant que M. A avait produit à l'appui de sa demande, soit le 12 avril 2022, une domiciliation postale auprès d'une association et non au domicile de son épouse et qu'il ne justifiait pas d'une communauté de vie effective avec son épouse, la préfète n'a commis aucune erreur d'appréciation. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
5. M. A fait état de l'impossibilité pour lui et son épouse, bénéficiaire du statut de réfugiée, de poursuivre leur vie commune au Kosovo et pour son épouse de lui rendre visite pendant le temps d'une éventuelle instruction de demande de visa. Toutefois, ainsi que l'a relevé la préfète de l'Ain, M. A est entré récemment en France alors qu'il a vécu l'essentiel de son existence dans son pays d'origine et son mariage avec une compatriote demeure extrêmement récent à la date de la décision en litige, celui-ci étant intervenu depuis moins de trois mois, et il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cette relation aurait une antériorité particulière dès lors que M. A et son épouse ne disposaient pas d'un domicile commun à la date de leur mariage. Outre le caractère très récent de cette relation, le couple n'a pas d'enfant et M. A ne fait état d'aucune intégration sociale et professionnelle particulière en France où l'intéressé, entré irrégulièrement, ne pouvait ignorer l'incertitude de son établissement familial immédiat. Par ailleurs, si le requérant soutient qu'il ne pourrait regagner son pays d'origine en raison du danger qu'il y encourrait, sa demande d'asile a cependant été rejetée par la décision susmentionnée de l'OFPRA et M. A ne produit aucun élément pour démontrer le caractère réel, actuel et personnel des menaces invoquées en cas de retour au Kosovo en se bornant à faire état de sa crainte d'être lié à la famille de sa compagne et de subir en conséquence des persécutions. Dans ces conditions, et notamment eu égard au caractère récent de sa présence en France et de son mariage, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté. Par les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la préfète de l'Ain aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle et familiale du requérant en refusant de l'admettre au séjour doit également être écarté.
6. En troisième lieu, M. A ne peut utilement invoquer, à l'encontre de la décision par laquelle la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en raison des risques encourus en cas de retour dans le pays d'origine dès lors que cette décision n'implique pas, par elle-même, un retour au Kosovo.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
8. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en l'absence de toute argumentation distincte dirigée spécifiquement contre la mesure d'éloignement, être écartés par les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés au point 5 s'agissant de la décision portant refus de séjour.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire et le pays de renvoi doit être écarté.
10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. M. A fait état de ce qu'il ne pourrait regagner le Kosovo en raison des risques qu'il y encourrait. Toutefois, il est constant que sa demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA le 2 décembre 2021 et si, dans la présence instance, M. A invoque désormais des risques qui résulteraient de son mariage avec une compatriote à qui la qualité de réfugiée a été reconnue en 2012 et des menaces dont il pourrait désormais faire l'objet en raison de ce mariage, il ne produit aucun élément pour établir le caractère réel, actuel et personnel des risques invoqués du fait de son récent changement de statut matrimonial. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que cette requête doit être rejetée, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 13 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Pineau, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.
Le rapporteur,
N. C
La présidente,
A. Baux
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026