mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205093 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | ROYON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2022, Mme A D épouse C, représentée par Me Royon, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions 30 mars 2022 par lesquelles la préfète de la Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, " salarié " ou " travailleur temporaire " dans un délai de deux mois et de lui remettre, dans l'attente, sous huit jours, un récépissé avec autorisation de travail sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et, dans l'attente d'une nouvelle décision préfectorale, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans un délai de huit jours et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les décisions contestées sont entachées d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- les décisions portant refus de titre de séjour et fixant le pays de destination sont insuffisamment motivées ;
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour prévue par les dispositions des L. 432-13 à L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle justifie de plus de dix ans de présence sur le territoire national ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des liberts fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination encourent l'annulation par exception d'illégalité du refus de séjour sur lequel elles se fondent.
Des pièces ont été versées par la préfète de la Loire le 27 juillet 2022.
La clôture de l'instruction a été fixée au 5 août 2022 par une ordonnance du 6 juillet 2022.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante russe, née le 25 mars 1980, déclare être entrée en France le 1er septembre 2009. Elle a fait l'objet, le 20 octobre 2009, d'une décision de transfert aux autorités polonaises responsables de sa demande d'asile qu'elle n'a pas exécutée. Le 30 avril 2010, elle a sollicité l'asile mais sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), en date du 22 octobre 2010, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 13 décembre 2011. Le 11 mai 2015, elle a fait l'objet d'un arrêté préfectoral lui refusant la délivrance d'un titre de séjour dans le cadre de sa demande de réexamen de sa demande d'asile et portant obligation de quitter le territoire français. Le 27 mars 2015, Mme C a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par des décisions du 30 mars 2022, dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de la Loire a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.
Sur les conclusions en annulation :
2. En premier lieu, les décisions attaquées, en date du 30 mars 2022, ont été signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire en date du 4 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le même jour, accesssible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions en litige, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.
3. En second lieu, les décisions par lesquelles la préfète de la Loire a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme C et fixé le pays de destination mentionnent la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment ses article L. 423-23 et L. 435-1. Elles précisent également les circonstances relatives à la situation personnelle et familiale de la requérante et soulignent que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les décisions contestées comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfont ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration et à celles de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette motivation suffisante, tant en fait qu'en droit, a permis à la requérante de discuter utilement tant de la décision refusant de l'admettre au séjour que de celle fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Le moyen tiré du défaut de motivation qui manque en fait sera donc écarté.
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance (). 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Selon les termes de l'article L. 435-1 du même code : " (). Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14.() ".
5. Il ressort des pièces versées au débat par la préfète de Loire que, par un courrier daté du 9 juin 2021, cette dernière a informé Mme C qu'elle envisageait de prononcer à son encontre un refus de séjour mais que résidant en France depuis plus de dix ans, son dossier allait être soumis pour avis à la commission du titre de séjour du département de la Loire conformément aux dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle avait la possibilité d'être entendue par cette commission, lors de sa réunion prévue le 24 juin 2021 à 15 heures 30 en préfecture, pour faire valoir toutes les raisons pour lesquelles elle a sollicité l'octroi d'un titre de séjour et qu'elle pouvait, le cas échéant, être assistée d'un conseil ou de toute personne de son choix. Cette convocation a été adressée à la requérante par voie de lettre recommandée avec accusé de réception mais le pli a été retourné à la préfecture revêtu des mentions " défaut d'accès ou d'adresse " et " destinataire inconnu à cette adresse ". La préfète de la Loire a également produit l'avis défavorable à la proposition de l'administration rendu par la commission du titre de séjour lors de sa séance du 24 juin 2021. Mme C n'a ainsi été privée d'aucune garantie et il s'ensuit que le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour du département de la Loire préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".
7. Mme C fait état, d'une part, de ce que sa vie privée et familiale est désormais installée sur le territoire français dès lors qu'elle y réside depuis plus de treize ans avec son époux et leurs quatre enfants mineurs, nés respectivement les 24 septembre 2005, 16 avril 2009, 17 août 2010 et 22 décembre 2014, le deux derniers étants nés en France, et qu'ils sont scolarisés depuis plusieurs années. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante et son époux, qui est également de nationalité russe, se sont maintenus irrégulièrement sur le territoire national en dépit des décisions de transfert aux autorités polonaises dont ils ont fait l'objet le 20 octobre 2009, du rejet de leurs demandes d'asile et d'un arrêté du préfet de la Loire leur refusant, le 11 mai 2015, la délivrance de titres de séjour dans le cadre de leur demande de réexamen de leur demande d'asile et les obligeant à quitter le territoire français. M. C, qui a été condamné le 23 février 2021 par la cour d'assise du Rhône pour des faits de " violence avec usage ou menace d'une arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner et violence agravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excèdant pas huit jours et violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité " et qui a été admis au bénéfice de la détention à domicile sous surveillance électronique depuis le 20 décembre 2021, fait l'objet d'un arrêté d'expulsion en date du 4 février 2022. La cellule familiale pourra ainsi se reconstituer en Russie où la requérante a passé l'essentiel de son existence et où elle ne soutient ni même n'allègue être dépouruve d'attaches familiales, culturelles et sociales. D'autre part, Mme C se prévaut se son insertion sociale en France compte tenu de son apprentissage de la langue, de son activité associative bénévole au sein du Secours catholique et des formations réalisées par son époux qui a également travaillé lorsqu'il était placé en détention. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme C ne justifie d'aucune qualification ni expérience professionnelle particulière ni perspective d'embauche et ces éléments ainsi que les trois attestations qu'elle produit ne permettant pas davantage de démontrer qu'elle aurait noué des liens amicaux personnels et amicaux particuliers en France où elle ne justifie d'aucune insertion socio-professionnelle particulièrement notable et ancrée. Enfin, si la requérante fait état des pathologies dont elle souffre et d'un dossier de demande MDPH en cours d'instruction, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par suite, eu égard aux conditions de son séjour en France, Mme C n'est pas fondée à soutenir que les décisions attaquées auraient porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pourra ainsi être écarté.
8. En outre, en l'absence d'argumentation spécifique, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise la préfète de la Loire quant à l'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la vie privée et familiale de Mme C pourra être écarté par les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être exposés au point 7.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. Mme C fait état de sa vie privée et familiale, de ce que deux de ses enfants sont nés en France et que les deux aînés sont entrés en France avant l'âge de treize ans et pourront formaliser une déclaration de nationalité française et de ce que leur scolarisation se déroule sans encombre ainsi que de leur assiduité et de leur bon comportement. Toutefois, la requérante ne justifie pas de ce que la scolarisation de ses enfants ne pourrait être poursuivie dans leur pays d'origine. Ainsi, alors que les décisions en cause n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer l'intéressée de ses quatre enfants mineurs et que la cellule familiale pourra se reconstituer en Russie, la préfète de la Loire a pu refuser un titre de séjour à leur mère et l'obliger à quitter le territoire français sans méconnaître les stipulations l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
11. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel se fondent les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination qu'elle conteste.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées.
Sur les conclusions en injonction et en astreinte :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation de la requête, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent par conséquent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D épouse C et à la préfète de la Loire.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Collomb, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
La rapporteure,
C. B
Le président,
J. Segado
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026