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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205100

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205100

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205100
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 5 juillet 2022 sous le n° 2205100, Mme B D, ayant pour avocat la Selarl BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés (Me Bescou), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination d'une reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation, sous un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement et d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de demande d'asile avec droit au maintien sur le territoire français ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

II. Par une requête enregistrée le 5 juillet 2022 sous le n° 2205101, M. C D, ayant pour avocat la Selarl BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés (Me Bescou), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination d'une reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation, sous un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement et d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de demande d'asile avec droit au maintien sur le territoire français ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Les époux D soutiennent que :

- les arrêtés attaqués n'ont pas été pris par une autorité compétente pour ce faire ;

- a été méconnu leur droit d'être préalablement entendus qu'ils tiennent de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- les mesures d'éloignement ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le droit d'asile est également méconnu ;

- le préfet a commis encore une erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions leur impartissant un délai de 30 jours pour quitter le territoire français sont illégales en raison de l'illégalité desdites mesures d'éloignement ;

- les décisions fixant leur pays de destination, illégales en raison de l'illégalité de ces mêmes mesures d'éloignement, méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il existe des éléments sérieux de nature à justifier la suspension de l'exécution des mesures d'éloignement dont ils font l'objet.

Le préfet du Rhône a produit des pièces enregistrées le 5 septembre 2022.

Mme B D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative et la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience tenue le 9 septembre 2022, où le magistrat désigné a présenté ses rapports et entendu Me Guillaume substituant Me Bescou.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de cette audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2205100 et n° 2205101 présentées respectivement pour chacun des époux D présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. C D et Mme B D, nés respectivement en 1966 et 1969, de nationalité albanaise, sont entrés en France à l'été 2021. Leurs demandes d'asile ont été rejetées en avril 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Le préfet du Rhône a pris à leur encontre, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, deux arrêtés, en date du 15 juin 2022, les obligeant chacun à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant leur pays de destination d'une reconduite d'office. Par les présentes requêtes, ce couple de nationalité albanaise demande au tribunal l'annulation de ces arrêtés du 15 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, les arrêtés attaqués du 15 juin 2022 ont été signés par Mme F E, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, laquelle bénéficiait d'une délégation pour ce faire consentie par le préfet du Rhône le 8 juin 2022, publiée le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En l'espèce, les époux D, qui ont pu exposer leur situation personnelle auprès des services préfectoraux lors du dépôt de leurs demandes d'asile, se bornent à alléguer l'existence " d'éléments plus complets et plus circonstanciés " relatifs à leurs craintes en cas de retour en Albanie, sans se plaindre d'avoir été empêchés de présenter à ces services lesdits éléments avant la prise des décisions contestées. Doit dès lors être écarté le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, que garantit le droit de l'Union européenne.

5. En troisième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, les mesures d'éloignement en litige ne font pas obstacle à l'exercice du droit d'asile par les époux D, eux qui ont saisi la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 28 juin 2022.

6. En quatrième lieu, M. et Mme D, âgés respectivement de 56 ans et 52 ans à leur arrivée en France, n'y disposent d'aucune attache familiale autre que leurs quatre enfants majeurs, tous pourtant sous le coup de mêmes mesures d'éloignement. Par ailleurs, ils ne se prévalent pas d'une insertion sociale ou professionnelle qu'ils auraient acquise durant un séjour en France d'une dizaine de mois. Dans ces conditions, les mesures d'éloignement en litige n'ont pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale des requérants une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté. Ces mesures ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, seulement alléguée.

7. En cinquième lieu, les mesures d'éloignement en litige n'étant pas démontrées illégales, ne peut qu'être écarté le moyen tiré d'une telle illégalité articulé à l'encontre des décisions fixant un délai de départ volontaire de 30 jours et de celles fixant le pays de destination d'une reconduite.

8. En dernier lieu, il est stipulé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ".

9. Si les époux D, dont les demandes d'asile ont été rejetées les 14 et 29 avril 2022 par l'OFPRA, font état de " craintes effectives " en cas de retour en Albanie, en raison d'un risque foncier les opposant à leurs voisins, les éléments qu'ils produisent ne permettent pas de tenir pour établies la réalité et l'actualité de tels risques. Il s'ensuit que doit être écarté le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les époux D ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions qu'ils attaquent. Doivent par conséquent être rejetées les conclusions afférentes ainsi que les conclusions aux fins d'injonction qui les assortissent.

Sur les conclusions à fin de suspension :

11. Aux termes de l'article L.752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 752-11 de ce code dispose : " le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

12. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'étranger, faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui forme un recours contentieux contre celle-ci peut saisir le tribunal administratif de conclusions aux fins de suspension de cette mesure d'éloignement. Il est fait droit à la demande de suspension si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office.

13. Par décisions en date des 14 et 29 avril 2022, l'OFPRA a rejeté les demandes d'asile des époux D, examinées en procédure accélérée. Ainsi qu'il a été dit précédemment, les requérants ne démontrent pas être exposés à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Albanie. Aucun doute sérieux ne pèse sur le bien-fondé des décisions de l'OFPRA qui a écarté de tels risques. Par suite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution des mesures d'éloignement du 15 juin 2022 ne peuvent qu'être rejetées et, à la suite, celles tendant à la délivrance d'une attestation de demande d'asile.

Sur les frais de procès :

14. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, il ne saurait être mis à sa charge le versement des sommes réclamées par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête n° 2205100 présentée par Mme B D est rejetée.

Article 2 : La requête n° 2205101 présentée par M. C D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à M. C D, et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

B. A

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°s 2205100, 2205101

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