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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205140

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205140

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205140
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL VALORIA SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 5 juillet 2022 et le 7 décembre 2023, M. C B, représenté par la Selarl Bismuth Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2022 par lequel le président de la Métropole de Lyon l'a maintenu en disponibilité d'office à compter du 8 février 2022 ;

2°) d'enjoindre à la Métropole de Lyon de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie et de reconstituer sa situation administrative et financière ;

3°) de condamner la Métropole de Lyon à lui verser une somme de 8 207, 10 euros en réparation du préjudice moral et financier qu'il a subi à raison de son exclusion des astreintes de déneigement ;

4°) de mettre à la charge de la Métropole de Lyon la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son placement en disponibilité d'office est irrégulier, faute pour la Métropole de Lyon de lui avoir proposé une affectation sur un nouveau poste ;

- son état de santé est imputable à son activité professionnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2023, la Métropole de Lyon, représentée par la Selarl Carnot avocats, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu la décision attaquée et les pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration ;

- le décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 relatif au reclassement des fonctionnaires territoriaux reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Feron,

- les conclusions de Mme de Mecquenem, rapporteure publique,

- et les observations de Me Nicolet pour M. B, ainsi que celles de Me Litzler pour la Métropole de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. Agent de maîtrise territorial principal employé par la Métropole de Lyon, M. B a été placé en congé de maladie ordinaire en raison d'un état dépressif pour la période courant du 17 novembre 2020 au 17 novembre 2021 puis, par un arrêté du 24 novembre 2021, en disponibilité d'office du fait de l'épuisement de ses droits à congés de maladie. M. B conteste l'arrêté du président du conseil de la Métropole de Lyon du 10 mai 2022 portant prolongation de son placement en disponibilité d'office dans l'attente d'une nouvelle affectation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 514-4 du code général de la fonction publique : " La disponibilité d'un fonctionnaire est prononcée soit à la demande de l'intéressé, soit d'office au terme des congés pour raisons de santé prévus au chapitre II du titre II du livre VIII ". Aux termes de l'article L. 826-1 du même code : " Lorsqu'un fonctionnaire est reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état de santé, son poste de travail fait l'objet d'une adaptation, lorsque cela est possible ". Aux termes de l'article L. 826-2 de ce code : " Le fonctionnaire reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions a droit à une période de préparation au reclassement, avec maintien du traitement, pendant une durée maximale d'un an. Cette période est assimilée à une période de service effectif. Par dérogation, le fonctionnaire à l'égard duquel une procédure tendant à reconnaître son inaptitude à l'exercice de ses fonctions a été engagée, a droit à la période de préparation au reclassement mentionnée au premier alinéa ". Aux termes de l'article L. 826-3 de ce code : " Le fonctionnaire reconnu inapte à l'exercice de ses fonctions par suite de l'altération de son état de santé dont le poste de travail ne peut être adapté, peut être reclassé dans un emploi d'un autre corps ou cadre d'emplois en priorité dans son administration d'origine ou, à défaut, dans toute administration ou établissement public mentionnés à l'article L. 2, s'il a été déclaré en mesure de remplir les fonctions correspondantes ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, saisis de la situation de M. B, le Dr A, expert psychiatre, comme le médecin du travail ont, aux mois de janvier et de février 2021, envisagé la reprise d'activité du requérant au bénéfice d'un temps partiel thérapeutique et que, lors de sa séance du 1er juillet 2021, le comité médical départemental a également préconisé que, n'étant pas définitivement inapte à toutes les fonctions de son grade, M. B reprenne une activité au bénéfice d'un changement d'affectation selon des modalités à définir avec le médecin de prévention. Alors que, le 9 août 2021 et tout en demandant la réunion du comité médical supérieur, M. B a exprimé son souhait d'être reclassé ou réintégré sur son poste à l'échéance du 4 octobre 2021, il ne ressort pas des pièces du dossier que la Métropole de Lyon a effectué les diligences requises en vue d'une reprise d'activité du requérant sur un poste adapté ou en reclassement avant que la décision en litige ne le maintienne en position de disponibilité d'office. Dans ces conditions et alors que la perspective de la réunion du comité médical supérieur prévue le 8 février 2022 dont elle fait état ne saurait à elle seule justifier le défaut d'initiative de la Métropole de Lyon, M. B est fondé à soutenir que la métropole a méconnu ses obligations et que la décision du 10 mai 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

4. Si M. B demande l'indemnisation du préjudice d'ordre moral et financier qu'il allègue avoir subi du fait de son exclusion des astreintes liées au déneigement, il n'apporte toutefois aucun élément venant justifier de la réalité de l'exclusion alléguée, ni d'ailleurs de la présentation d'une demande de nature à lier le contentieux. Par suite, les conclusions visées ci-dessus doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Alors qu'il est constant que M. B a repris une activité et compte tenu de l'objet de la décision en litige ainsi que des motifs du présent jugement, l'exécution de celui-ci implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la situation du requérant en vue de sa régularisation. Il y a lieu d'adresser une injonction en ce sens à la Métropole de Lyon et, dans les circonstances de l'espèce, de lui impartir un délai de deux mois pour s'y conformer.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la Métropole de Lyon le versement à M. B de la somme de 1 400 euros au titre des frais d'instance.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du président du conseil de la Métropole de Lyon du 10 mai 2022 portant prolongation du placement de M. B en disponibilité d'office est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la Métropole de Lyon de procéder au réexamen de la situation de M. B en vue de sa régularisation dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La Métropole de Lyon versera la somme de 1 400 euros à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la Métropole de Lyon.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère.

La rapporteure,

C. Feron

Le président,

A. GilleRendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

Le greffier,

Y. Mesnard

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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