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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205148

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205148

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205148
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 6 juillet 2022 sous le numéro 2205148, Mme F, représentée par Me Vray, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire :

- de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

- à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent accompagnant un enfant mineur malade, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Vray, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées ;

- la préfète a entaché ces décisions d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation et notamment de la scolarisation de ses enfants ;

- en l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'OFII, la décision de refus de séjour doit être considérée comme rendue à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Des pièces ont été produites le 10 août 2022 par la préfète de la Loire.

Par une ordonnance du 6 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 août 2022.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.

II. Par une requête enregistrée le 6 juillet 2022 sous le numéro 2205149, M. A C, représenté par Me Vray, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire :

- de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

- à titre principal, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité de parent accompagnant un enfant mineur malade, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à Me Vray, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées ;

- la préfète a entaché ces décisions d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation et notamment de la scolarisation de ses enfants ;

- en l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'OFII, la décision de refus de séjour doit être considérée comme rendue à l'issue d'une procédure irrégulière ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Des pièces ont été produites le 10 août 2022 par la préfète de la Loire.

Par une ordonnance du 6 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 août 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées présentées par M. C et Mme E, membres d'une même famille, posent des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme E et M. C, nés le 16 mai 1989 et le 11 janvier 1980, de nationalité arménienne, déclarent être entrés sur le territoire français le 24 mai 2019 pour y solliciter l'asile. Leurs demandes d'asile ont été rejetées tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 14 juin 2021 que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 15 novembre 2021. Le 25 mai 2021, Mme E et M. C ont sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parents accompagnant un enfant mineur malade. Par des arrêtés du 7 avril 2022, la préfète de la Loire a refusé de leur délivrer cette autorisation provisoire de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai. Par leurs requêtes, Mme E et M. C demandent l'annulation des arrêtés du 7 avril 2022, chacun en ce qui les concerne.

3. En premier lieu, les arrêtés du 7 avril 2022 par lesquels la préfète de la Loire a rejeté les demandes de titre de séjour présentées par Mme E et M. C et les a obligés à quitter le territoire français, qui mentionnent les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, en particulier l'article L. 425-10 et l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui indiquent les motifs du refus de séjour opposé aux intéressés, leur permettant d'en discuter utilement, et qui fait référence de manière précise et circonstanciée à la situation personnelle des requérants, comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la lecture des décisions attaquées ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de la Loire, qui a relevé la présence en France des deux enfants mineurs des requérants et qui n'était pas tenue de mentionner explicitement leur scolarisation, au demeurant évidente étant donné leur âge, n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de la situation personnelle de Mme E et de M. C au regard des informations portées à sa connaissance avant de prendre à leur encontre une obligation de quitter le territoire français. Dès lors, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ne sont entachées d'aucune erreur de droit.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / (). ". L'article L. 425-10 dispose : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / () / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ".

6. D'une part, la préfète de la Loire a produit en défense l'avis rendu le 8 décembre 2021 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur l'état de santé de l'enfant des requérants, né en 2011, aux termes duquel l'état de santé de cet enfant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et peut lui permettre de voyager sans risque vers le pays d'origine. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de production de l'avis du collège des médecins de l'OFII doit être écarté.

7. D'autre part, pour contester l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII sur l'état de santé de leur enfant, dont la préfète de la Loire s'est approprié le sens, Mme E et M. C produisent un compte-rendu de bilan psychologique réalisé en février 2020 par la psychologue scolaire, qui note un déficit du développement cognitif ainsi que des certificats médicaux d'un neuro-pédiatre, rédigés les 10 juin 2020 et 25 juin 2021, qui rappellent qu'un examen d'imagerie par résonance magnétique (IRM) avait mis en évidence une anomalie de la substance blanche, en faveur d'une leucodystrophie démyélinisante, mais qui sur le plan clinique notent seulement quelques difficultés dans la motricité fine et un examen neurologique stable sans spasticité réelle notée. Ces éléments ne sont pas suffisants pour remettre en cause l'appréciation portée sur l'état de santé de l'enfant des requérants, qui ne sont dès lors pas fondés à soutenir que les décisions de refus de séjour méconnaissent les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, Mme E et M. C font état de ce qu'ils ont établi leur vie privée et familiale en France, où ils vivent depuis plusieurs années avec leurs deux enfants mineurs scolarisés. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme E et M. C, qui ont vu leur demande d'asile rejetée, n'ont jamais été titulaires d'un titre de séjour en France. Ils y séjournent depuis le mois de mai 2019 selon leurs déclarations, soit depuis moins de trois ans à la date de la décision attaquée. Ils n'allèguent ni ne justifient d'aucune attache autre qu'eux-mêmes et leurs enfants mineurs en France, alors qu'ils ne contestent pas avoir conservé des liens familiaux dans leur pays d'origine, où ils ont vécu jusqu'à l'âge de trente et trente-neuf ans et où résident encore une sœur de Mme E et les parents et les sœurs de M. C. Dans ces conditions, la préfète de la Loire n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme E et M. C une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par les décisions attaquées. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En cinquième lieu, les décisions de refus de séjour opposées à Mme E et à M. C n'ont ni pour objet ni pour effet de les séparer de leurs enfants mineurs, nés en Arménie en mai 2011 et en mars 2013. La scolarisation de ces enfants, dont la langue natale est l'arménien, pourra se poursuivre hors de France sans porter atteinte à leur intérêt supérieur. La gravité de l'état de santé de l'ainé ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de Mme E et les conclusions de la requête de M. C, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2205148 et n° 2205149 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F, à M. A C, à Me Vray et à la préfète de la Loire.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

La rapporteure,

G. BLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

Nos 2205148, 2205149

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