mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205156 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juillet 2022, Mme E B épouse C, représentée par Me Bescou (SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés), demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2022 par lequel la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'une année portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;
en ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- sa demande, qui a été complétée le 24 mars 2022, n'a pas fait l'objet d'un examen complet ;
- l'intérêt supérieur de ses enfants, notamment celui souffrant d'une grave pathologie, n'a pas été pris en considération ;
- elle a été rendue à l'issue d'une procédure irrégulière :
. en l'absence d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII),
. en l'absence d'un avis préalable du collège des médecins de l'OFII,
. en l'absence de démonstration que l'avis a été rendu par trois médecins habilités par le directeur de l'OFII,
. en l'absence de démonstration que le médecin ayant établi le rapport médical n'a pas participé à l'avis du collège de médecins ;
- en considérant que le traitement nécessaire à son état de santé est disponible en Albanie, alors qu'elle a bénéficié de titre de séjour pour raisons de santé jusqu'en 2021, que son état de santé n'a pas évolué favorablement et que la disponibilité des soins en Albanie ne s'est pas améliorée, la préfète a entaché sa décision d'une erreur de fait ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
en ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Des pièces ont été produites le 10 août 2022 par la préfète de la Loire.
Par une ordonnance du 7 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 août 2022.
Mme B épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les observations de Me Bescou, représentant Mme B épouse C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B épouse C, née le 28 mars 1987, de nationalité albanaise, déclare être entrée sur le territoire français le 26 septembre 2014. Sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par la suite, Mme B épouse C a bénéficié d'un titre de séjour pour raisons de santé, valable jusqu'au 21 septembre 2021. Le 22 juin 2021, Mme B épouse C a sollicité le renouvellement du titre de séjour dont elle disposait, pour raisons de santé. Par un arrêté du 9 juin 2022 dont la requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète de la Loire a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte :
2. Par un arrêté de la préfète de la Loire en date du 5 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du lendemain, accessible tant au juge qu'aux parties, la préfète de la Loire a donné délégation à M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, pour signer tous actes, arrêtés, décisions, documents et correspondances administratives relevant des attributions de l'État dans le département, au nombre desquelles figure la police des étrangers, à l'exception d'actes au sein desquels ne figurent pas les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté contesté manque en fait et doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, le 22 juin 2021, Mme B épouse C a sollicité, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le renouvellement du titre de séjour qui lui avait été délivré pour raisons de santé, valable jusqu'en septembre 2021, et qu'elle s'est vu remettre un récépissé correspondant à cette demande. En cours d'instruction de sa demande, le conseil de Mme B épouse C a adressé à la préfète de la Loire un courrier daté du 18 mars 2022, reçu en préfecture le 24 mars 2022, complétant sa demande afin de solliciter la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort des termes de l'arrêté du 9 juin 2022, qui se borne à examiner la demande de renouvellement d'un titre de séjour pour raisons de santé, que la préfète de la Loire, si elle a examiné si la décision de refus de séjour ne portait pas une atteinte excessive à la vie privée et familiale de l'intéressée, n'a pas procédé à l'examen de la demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. " et aux termes du premier alinéa de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. " Ainsi, à la date de la décision attaquée, le délai d'instruction de la demande complémentaire de Mme B épouse C n'était pas expiré, et aucune décision de refus n'était née sur cette demande. Dans ces conditions, la préfète de la Loire n'a pas entaché sa décision de refus de renouvellement du titre de séjour de Mme B épouse C de défaut d'examen.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la préfète de la Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier et attentif de la situation de Mme B épouse C avant de prendre sa décision de refus de renouvellement de son titre de séjour. La décision contestée, qui n'avait pas pour objet d'examiner le droit au séjour des enfants de A B épouse C mais seulement le droit au renouvellement du titre de séjour de cette dernière, n'était pas tenue de se prononcer explicitement sur l'intérêt supérieur des enfants de la requérante, nés en 2006, 2010 et 2015, dont la préfète n'a pas omis de mentionner l'existence et la présence en France.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). ". L'article R. 425-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Selon les termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office () transmet son rapport médical au collège de médecins. (). ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège de médecins à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. / () / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office. ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport () ".
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment des pièces transmises par la préfète de la Loire, qu'à la suite du dépôt de la demande de titre de séjour présentée par Mme B épouse C, un rapport médical a été établi le 9 décembre 2021. Ce rapport a été transmis au collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le jour même. Conformément aux dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un avis a été émis le 14 janvier 2022 par ce collège, composé de trois autres médecins que celui ayant rédigé le rapport médical. Le nom de chacun de ces médecins figure sur la liste annexée à la décision du 17 janvier 2017 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration telle que modifiée par une décision du 7 juin 2021, publiée sur le site internet de l'OFII, accessible tant au juge qu'aux parties. Selon cet avis, l'état de santé de Mme B épouse C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, l'intéressée pourra effectivement y bénéficier d'un traitement approprié, et y voyager sans risque. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 susvisé : " () / Les possibilités de prise en charge dans ce pays des pathologies graves sont évaluées, comme pour toute maladie, individuellement, en s'appuyant sur une combinaison de sources d'informations sanitaires. / L'offre de soins s'apprécie notamment au regard de l'existence de structures, d'équipements, de médicaments et de dispositifs médicaux, ainsi que de personnels compétents nécessaires pour assurer une prise en charge appropriée de l'affection en cause. / L'appréciation des caractéristiques du système de santé doit permettre de déterminer la possibilité ou non d'accéder effectivement à l'offre de soins et donc au traitement approprié. / Afin de contribuer à l'harmonisation des pratiques suivies au plan national, des outils d'aide à l'émission des avis et des références documentaires présentés en annexe II et III sont mis à disposition des médecins de l'office ". Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
8. Pour contester l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont la préfète de la Loire s'est approprié le sens, Mme B épouse C se borne à soutenir que ni son état de santé ni la disponibilité des soins en Albanie n'ont évolué favorablement, et qu'elle a par suite droit au renouvellement de son titre de séjour pour raisons de santé. Ce faisant, elle n'établit l'existence d'aucune erreur de fait dont serait entachée la décision contestée, qui se borne à considérer que les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas remplies.
9. Pour contester l'appréciation portée sur son état de santé et sur la disponibilité des soins dans son pays d'origine, Mme B épouse C indique qu'elle est atteinte de trois pathologies graves, en précisant que le traitement de la troisième pathologie n'est pas stabilisé. Si la requérante produit un certificat médical du 2 juin 2022 indiquant que le traitement de sa troisième pathologie prescrit en première intention n'a eu aucune efficacité et a été remplacé par un autre traitement et que son rhumatisme est " très actif ", elle n'apporte aucun élément susceptible de remettre en cause l'appréciation de la disponibilité en Albanie des soins et traitements nécessaires à son état de santé. Dans ces conditions, en l'absence de toute pièce justificative susceptible de remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII et la préfète sur la disponibilité des soins dans le pays d'origine, Mme B épouse C n'est pas fondée à soutenir que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.
10. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été vu au point 3, la demande de Mme B épouse C sur laquelle la préfète de la Loire s'est prononcée par sa décision du 9 juin 2022 est une demande de renouvellement de son titre de séjour, sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquelles la préfète de la Loire ne s'est pas prononcée, et alors que le délai d'instruction du complément de demande reçu le 24 mars 2022 n'était pas expiré, ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la décision du 9 juin 2022 contestée. Le moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
11. En sixième lieu, Mme B épouse C invoque l'ancienneté de son séjour en France, la présence en France de son époux et de ses trois enfants mineurs, qui sont scolarisés et dont l'un est né en France et souffre de graves problèmes de santé, et de son intégration sociale et professionnelle malgré ses problèmes de santé. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B épouse C, qui a d'abord vu sa demande d'asile rejetée, n'a été autorisée à séjourner en France qu'en raison de son état de santé, sans bénéficier d'un droit à demeurer sur le territoire national de manière pérenne. Même si elle produit plusieurs attestations de proches témoignant de ses efforts d'intégration et de sa bonne conduite, elle ne se prévaut d'aucune autre attache familiale en France que celle de son époux et ses trois enfants mineurs, qui sont comme elle de nationalité albanaise, et qui ne disposaient d'aucun droit au séjour en France à la date de la décision attaquée. En outre, elle a conservé des liens familiaux dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. En ce qui concerne son état de santé, elle n'établit pas qu'elle ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Albanie, pays vers lequel il n'est pas démontré qu'elle ne pourrait pas voyager sans risque. En ce qui concerne l'état de santé de son fils né en 2015, il ressort du certificat médical produit par la requérante qu'il nécessite un " suivi spécialisé au long cours " dont il n'est pas soutenu qu'il ne serait pas disponible en Albanie. Dans ces circonstances, et alors même que Mme B épouse C travaille et est engagée au sein d'associations caritatives, la décision de refus de séjour ne porte pas à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.
12. En septième lieu, la décision de refus de séjour opposée à Mme B épouse C n'a ni pour objet ni pour effet de la séparer de ses enfants mineurs. La cellule familiale pourra se reconstituer et la scolarisation de ses enfants se poursuivre hors de France. La circonstance que l'un des enfants soit atteint d'une pathologie grave nécessitant un suivi médical spécialisé n'est pas suffisante, en l'absence de preuve de l'indisponibilité de ce suivi dans le pays d'origine de sa mère, pour considérer que la décision de refus de séjour porterait atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
13. En huitième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Ainsi qu'il a été vu au point 3, la demande de Mme B épouse C sur laquelle la préfète de la Loire s'est prononcée par sa décision du 9 juin 2022 est une demande de renouvellement de son titre de séjour, sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'a pas été examiné par la préfète et alors que le délai d'instruction du complément de demande reçu le 24 mars 2022 n'était pas expiré, doit être écarté comme inopérant.
14. En neuvième lieu, les circonstances dont fait état Mme B épouse C, tirées de l'ancienneté de sa présence en France, du fait qu'elle y a séjourné régulièrement jusqu'en 2021, de ce qu'elle justifie d'une insertion sociale et professionnelle toute particulière, ne sont pas suffisantes, en l'absence d'une intégration particulièrement forte en France, pour constituer des circonstances particulières de nature à entacher la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
15. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ".
16. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".
18. Dans la mesure où la requérante ne développe aucun autre argument relatif à son état de santé que ceux précédemment évoqués et ne produit aucune pièce relative à la disponibilité des soins en Albanie, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté par les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9.
19. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, même en tenant compte des conséquences spécifiques de cette mesure, doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 11 et 12, Mme B épouse C ne faisant valoir aucune circonstance particulière distincte à l'encontre de la décision d'éloignement.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
20. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.
21. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " Aux termes de l'article L. 721-3 de ce code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. " Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "
22. Si Mme B épouse C affirme que son état de santé ne pourra pas être effectivement pris en charge en Albanie, elle n'assortit cette affirmation d'aucune pièce justificative susceptible de remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont la préfète de la Loire s'est approprié le sens. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
23. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / () ".
24. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme B épouse C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.
25. En second lieu, les circonstances invoquées par Mme B épouse C, tirées du traitement médical nécessaire à son état de santé et du suivi médical de l'état de santé de son fils, ne sont pas suffisantes pour constituer des circonstances exceptionnelles justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieure à trente jours lui soit accordé. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit donc être écarté.
26. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B épouse C doit être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction, d'astreinte et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B épouse C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F épouse C, à la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés et à la préfète de la Loire.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
La rapporteure,
G. DLe président,
H. Drouet
La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne à la préfète de la Loire, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026