mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205186 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 juillet 2022, Mme B C, représentée par Me Sabatier, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 10 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a retiré un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui restituer son titre de séjour ou de lui délivrer, à titre subsidiaire, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à tout le moins de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
- ces décisions sont entachées d'incompétence ;
Sur la décision portant retrait d'un titre de séjour :
- cette décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ni n'a émis d'avis sur sa situation ;
- cette décision est insuffisamment motivée, notamment en droit, révélant en cela un examen incomplet de sa situation, en particulier au regard de l'opportunité d'abroger son titre de séjour plutôt que de le retirer ;
- le préfet ne pouvait légalement retirer le titre de séjour en cause dès lors que le délai de quatre mois mentionné à l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration était écoulé ;
- cette décision porte atteinte au principe de sécurité juridique ;
- le caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité n'est pas établi ;
- le retrait en cause est entaché d'une erreur de droit dans la mesure où celui-ci est également justifié par l'absence de preuve de contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant ;
- le calcul opéré par le préfet du Rhône s'agissant de la date de la conception de l'enfant est entaché d'erreur de fait, ainsi que les conclusions qui en ont été tirées ;
- l'invocation de la fraude constitue un détournement de pouvoir ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît également l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code précité et dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui retirant un titre de séjour
- cette décision méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code précité ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît également l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la décision fixant à 30 jours le délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui retirant un titre de séjour et de celle portant mesure d'éloignement ;
Sur la décision déterminant le pays de destination en cas de reconduite :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui retirant un titre de séjour et de celle portant mesure d'éloignement.
La procédure a été régulièrement communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas produit à l'instance.
Par ordonnance du 8 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 août 2022.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 9 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique
- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,
- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public,
- et les observations de Me Bescou, suppléant Me Sabatier, pour Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante comorienne née le 1er octobre 1975, demande l'annulation des décisions du 10 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a retiré, pour fraude, sa carte de résidente, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
2. Aux terme de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ". L'article L. 241-2 du même code dispose : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré ". Il appartient à l'administration d'établir la preuve de la fraude, tant s'agissant de l'existence des faits matériels l'ayant déterminée à délivrer l'acte que de l'intention du demandeur de la tromper.
3. Si un acte de droit privé opposable aux tiers est, en principe, opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ces compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas pour la mise en œuvre des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu L. 423-7 du même code, qui n'ont pas entendu écarter l'application des principes ci-dessus rappelés. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il dispose d'éléments précis et concordants de nature à établir que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte de séjour temporaire sollicitée par la personne se présentant comme père ou mère d'un enfant français ou de procéder, le cas échéant, à son retrait.
4. D'une part, pour procéder au retrait de la carte de résident de Mme C, le préfet du Rhône a relevé que l'intéressée ne justifiait pas de ce que le père du jeune A, de nationalité française, participait effectivement à l'éducation et à l'entretien de son enfant depuis sa naissance, qu'il ressortait des données médicales consignées dans le carnet de santé de l'enfant que la conception de celui-ci était intervenue avant l'entrée en France de la requérante, le 16 juillet 2010, et enfin que lors de l'instruction du dossier de régularisation du père comorien de ses deux enfants de même nationalité, entré en France en 2017, ayant contracté un pacte de solidarité avec elle et le couple ayant eu un nouvel enfant en 2018, il apparaissait que la filiation avec le jeune A ne pouvait être écartée. Toutefois l'absence de relations établies entre le jeune A et son père français, non plus que la recomposition familiale intervenue postérieurement à l'année 2017, ne sauraient être regardées comme suffisamment précises et concordantes pour établir que la reconnaissance de paternité a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention d'un titre de séjour. De même, si le préfet du Rhône relève que le carnet médical de l'enfant indique une naissance le 24 mars 2011 à trente-neuf semaines et deux jours d'aménorrhées, il ne saurait en résulter que la conception de l'enfant aurait eu lieu, de manière certaine, avant l'entrée en France de Mme C, eu égard au rapprochement entre la date de conception probable, aux alentours du 6 juillet 2010, et la date d'entrée en France de l'intéressée, dix jours plus tard. Dans ces conditions, le préfet du Rhône ne rapporte pas la preuve, ainsi qu'il lui incombe, que la filiation du jeune A, sur le fondement de laquelle Mme C s'est vu délivrer le titre de séjour délivré, serait entachée de fraude.
5. D'autre part, aux termes de l'article 321 du code civil : " Sauf lorsqu'elles sont enfermées par la loi dans un autre délai, les actions relatives à la filiation se prescrivent par dix ans à compter du jour où la personne a été privée de l'état qu'elle réclame, ou a commencé à jouir de l'état qui lui est contesté. A l'égard de l'enfant, ce délai est suspendu pendant sa minorité ".
6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions et des principes analysés au point 3 du présent jugement que, le jeune A étant âgé de plus de 11 ans à la date du retrait en litige et la contestation de filiation n'étant pas soulevée à son égard, la prescription prévue par les dispositions précitées faisait obstacle à l'invocation de la fraude quant à l'établissement de sa filiation et de la nationalité en résultant.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision lui retirant sa carte de résident ainsi que, par voie de conséquences, des décisions l'assortissant portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et détermination du pays de destination en cas de reconduite.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Rhône procède à la restitution de la carte de résident de Mme C. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Rhône d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une quelconque astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement à Me Sabatier, avocat de Mme C, d'une somme de 1 000 euros à ce titre, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du préfet du Rhône du 10 juin 2022 portant retrait de titre de séjour de Mme C, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et détermination du pays de destination en cas de reconduite sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Rhône de restituer à Mme C sa carte de résident dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Sabatier une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Sabatier et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
Le rapporteur,
M. Gilbertas
Le président,
H. Drouet
La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026