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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205190

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205190

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Paquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 20 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour, ou à tout le moins de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard passé ce délai, en le munissant dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur les décisions refusant la délivrance d'un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français :

- ces décisions sont insuffisamment motivées, révélant en cela un défaut d'examen ;

- il n'est pas justifié de la saisine et de l'émission d'un avis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le médecin rapporteur a siégé au sein du collège en cause, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 425-9 du même code ; elles sont également entachées d'erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

-ces décisions méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 435-1 du code précité ;

- il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement par application du 9° de l'article L. 611-3 de ce code ;

Sur la décision déterminant le pays de destination :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité des décisions lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français ;

- cette décision méconnaît les exigences de l'article 3 de la convention précitée.

Par ordonnance du 8 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 août 2022.

Des pièces ont été enregistré pour le préfet du Rhône le 12 septembre 2022, postérieurement à la clôture et n'ont pas été communiquées.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,

- et les observations de Me Paquet, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant iranien né le 13 mai 1984, demande l'annulation des décisions du 20 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions portant refus de titre de séjour et mesure d'éloignement attaquées visent les dispositions et stipulations dont elles font application et relèvent les éléments biographiques de l'intéressé pertinents pour cette application. Une telle motivation, suffisante, ne saurait dès lors révéler, pas plus que les autres pièces du dossier, le défaut d'examen dont le requérant soutient que ces décisions seraient entachées. En particulier, il n'apparaît pas que le préfet du Rhône aurait omis d'examiner les possibilités d'admission exceptionnelle au séjour à raison du travail ou de la vie privée et familiale, la qualification de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels relevant pour leur part du bienfondé des décisions en litige. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Selon l'article R. 425-11 du code précité : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical visé à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () ". Selon l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ".

4. D'une part, il ressort des pièces produites en défense que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qui ne comprenait pas le médecin rapporteur concerné, a émis un avis le 4 novembre 2021 indiquant que, si l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Les moyens de vices de procédure afférents doivent ainsi être écartés.

5. D'autre part, en se bornant à faire état des prises en charge médicales dont il a bénéficié antérieurement et à indiquer souffrir de lombalgies récurrentes, M. B ne remet pas sérieusement en cause l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII, et par le préfet à sa suite, s'agissant de l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité d'un défaut de prise en charge médicale. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code précité et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation des décisions en litige doivent ainsi être écartés.

6. En troisième lieu, aux termes de L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. Il ressort des pièces du dossier que, si M. B est présent sur le territoire national depuis près de huit ans à la date des décisions attaquées, il ne justifie d'aucun lien particulier avec la France à l'issue de cette période, son apprentissage de langue française, son état de santé, ainsi qu'il a été dit, et le contrat d'adaptation à la vie active dont il se prévaut ne pouvant à eux seuls caractériser de tels liens. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions en litige porteraient une atteinte disproportionnée aux liens forgés avec ce pays ni que sa situation justifiait d'une admission exceptionnelle au séjour, que ce soit au titre de sa vie privée et familiale ou du travail. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celle de l'article L. 435-1 précité doivent ainsi être écartés.

8. En dernier lieu et d'une part, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et mesure d'éloignement n'étant pas établie, le requérant n'est pas fondé à exciper de cette illégalité à l'encontre de la décision déterminant le pays de destination.

9. D'autre part, si M. B soutient être exposé, du fait de son appartenance à l'ethnie Kurde, à des risques de discrimination et de maltraitance de la part des autorités iraniennes en cas de retour, il n'établit par aucun élément versé la réalité de tels risques, lesquels ne sauraient seulement résulter de sa prise en charge médicale défaillante alors qu'il était enfant. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut dès lors qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions de sa requête aux fins d'injonctions sous astreinte et celles à fin de mise à la charge de l'Etat des frais exposés et non compris dans les dépens dans les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Paquet et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière

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