mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205195 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Sabatier, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 10 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdit de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour, ou à tout le moins de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions :
- ces décisions sont entachées d'incompétence ;
Sur la décision lui refusant un titre de séjour :
- cette décision procède d'un examen incomplet de sa situation, notamment en ce que sa demande d'autorisation de travail, concomitante à sa demande de titre de séjour, n'apparaît pas avoir reçu de réponse ni avoir entraîné la saisine de la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS), entachant également en cela la décision d'un vice de procédure ;
- cette décision est entachée d'erreurs de fait quant à la période de son activité professionnelle et quant à la publication de l'offre d'emploi ;
- il n'a pas été procédé à l'examen de sa demande selon les critères apparaissant à l'article R. 5221-20 du code du travail ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au regard du pouvoir général de régularisation du préfet, dans la mesure où il satisfait aux critères posés par la circulaire du 28 novembre 2012 ; elle est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours :
- cette décision est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention précitée ;
Sur la décision déterminant le pays de destination :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité des décisions lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire national :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention précitée ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code précité.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,
- les conclusions de M. Borges-Pinto, rapporteur public,
- et les observations de Me Bescou, suppléant Me Sabatier, pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né le 20 avril 1989, demande l'annulation des décisions du 10 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdit de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de six mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article 3 du même accord : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention "salarié" () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Selon les termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " Pour exercer une activité professionnelle en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail () : 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse () ". Aux termes de l'article R. 5221-15 de ce code : " Lorsque l'étranger est déjà présent sur le territoire national, la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est adressée au préfet de son département de résidence ". Aux termes de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet () ".
4. Si M. B soutient avoir produit à l'appui de sa demande de titre de séjour une demande d'autorisation de travail remplie par son employeur, il n'en justifie pas par les éléments produits, pas plus que de la saisine antérieure revendiquée en 2019. Par ailleurs, il ne résulte d'aucun texte législatif ou réglementaire ni d'aucun principe général du droit que le préfet serait tenu de saisir la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités pour statuer sur une demande de titre de séjour en qualité de salarié alors qu'en application des articles L. 5221-2, R. 5221-1, R. 5221-3, R. 5221-11, R. 5221-15 et R. 5221-17 du code du travail, la demande d'autorisation de travail doit être adressée à l'administration par l'employeur lui-même, préalablement à toute demande de titre de séjour. Le moyen tiré d'un vice de procédure doit, par suite, être écarté ainsi que celui tiré de l'erreur de droit à ne pas avoir statué sur sa demande d'autorisation de travail.
5. Pour refuser de délivrer au requérant un titre de séjour en qualité de salarié, le préfet du Rhône a notamment relevé que l'intéressé ne produisait à l'appui de sa demande qu'une promesse d'embauche. Il est constant qu'un tel document ne saurait être assimilé au contrat de travail visé par l'autorité compétente mentionné à l'article 3 de l'accord précité. C'est ainsi sans erreur d'appréciation dans l'application de ces dispositions que le préfet du Rhône a pu refuser au requérant le titre de séjour sollicité sur ce fondement.
6. En deuxième lieu, dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 régit la délivrance de titres de séjour pour l'exercice d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un tel titre de séjour ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
7. En l'espèce, M. B établit être présent sur le territoire national depuis l'année 2009 et en situation régulière jusqu'à l'année 2015 à raison de son statut d'étudiant. S'il a alors fait l'objet d'un refus de renouvellement de son titre de séjour et d'une mesure d'éloignement, il a toutefois poursuivi ses études et obtenu des diplômes de grade master 1 puis master 2 au sein de l'école IDRAC. Il justifie également avoir travaillé, à temps partiel, pour la société DTS entre le 23 novembre 2013 et le 12 mai 2016 puis en stage de professionnalisation entre 2016 et 2018 au sein de la société Freecom. Cette société, qui a renouvelé en 2021 la promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée formulée à son égard en 2019, indique dans des courriers circonstanciés ne pas parvenir à pourvoir le poste d'assistant chef de projet évènementiel compte tenu des avantages qu'aurait l'embauche de M. B et justifie de telles assertions. Dans les circonstances particulières de l'espèce, et compte tenu notamment des perspectives très favorables d'intégration par le travail du requérant, relevées par ailleurs dans l'avis de la commission du titre de séjour émis le 17 mars 2022, c'est par une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation que le préfet du Rhône a pu refuser à M. B un titre de séjour.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, détermination du pays de destination et l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de six mois l'assortissant.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu, pour l'application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Rhône de délivrer un titre de séjour à M. B dans un délai qu'il convient de fixer à deux mois, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par le requérant.
Sur les frais du litige :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande M. B au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 10 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé un titre de séjour à M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de six mois sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Rhône de délivrer un titre de séjour à M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Sabatier et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
Le rapporteur,
M. Gilbertas
Le président,
H. Drouet
La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026