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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205219

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205219

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantRAHMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée sous le n°2205219 le 9 juillet 2022 à 12h26, et un mémoire, enregistré le 12 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Rahmani, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel le préfet de Haute-Loire a mis fin au délai de départ volontaire assortissant l'obligation de quitter le territoire dont il fait l'objet ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat à verser à son conseil la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle souffre d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il n'est pas justifié de la délégation de signature accordée au signataire de la décision ;

- sa présence sur le territoire national ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- la décision est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour ; cette dernière décision est illégale dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a examiné la demande de titre comme s'il s'agissait d'une première demande de titre en application de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étranger et du droit d'asile.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 juillet 2022, le préfet de Haute-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- l'intéressé est tardif pour contester l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été notifiée le 17 juin 2022 en application de l'article R. 776-2 du code de justice administrative de sorte que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision est irrecevable ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une ordonnance du 12 juillet 2022, le magistrat délégué désigné par le président du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a transmis au tribunal administratif de Lyon la requête de M. A enregistrée le 11 juillet à 15h27 sur le fondement de l'article R. 776-17 du code de justice administrative. Par cette requête, enregistrée sous le n°2205284, M. A, représenté par Me Linossier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2022 par lequel le préfet de Haute-Loire a refusé le

renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 12 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.

Il soutient que :

- le préfet aurait dû examiner la demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacroix, magistrate désignée ;

- les observations de Me Rahmani, représentant M. A, qui reprend les conclusions et moyens soulevés dans les écritures, déclare se désister du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées, demande l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français et de l'interdiction de retour sur le territoire français et soutient en outre :

- s'agissant de la décision mettant fin au délai de départ volontaire : la décision est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français du 13 juin 2022 ; les moyens tirés de l'exception d'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français sont recevables ; la note blanche produite pour justifier de la menace à l'ordre public que constituerait le comportement de M. A n'a pas été établie contradictoirement et contient de nombreuses erreurs ; M. A a par ailleurs respecté les conditions fixées par l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français : elle est illégale par exception d'illégalité du refus de délivrance du titre de séjour ; elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français : elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

- les observations de Me Morisson Cardinaud, représentant le préfet de Haute-Loire, qui conclut au rejet de la requête au motif que les moyens tirés de l'exception d'illégalité des décisions de refus de titre et d'éloignement sont irrecevables et que les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- en présence de M. A.

Les parties ont été informées au cours de l'audience, conformément aux articles R. 611-7 et R. 776-25 du code justice administrative, que la décision était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions présentées à l'encontre de la décision de refus de séjour ne relèvent pas de la compétence du magistrat désigné et doivent être réservées jusqu'en fin d'instance.

Une note en délibéré, enregistrée le 12 juillet 2022 à 14h37, a été présentée par le préfet de Haute-Loire dans l'instance n°2005284.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, de nationalité guinéenne, né le 18 décembre 2002, est entré en France le 10 décembre 2017 alors qu'il était mineur. A sa majorité, il a été muni d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 11 juin 2021 au 10 juin 2022. Il a sollicité son renouvellement le 21 avril 2022. Par un arrêté du 13 juin 2022, notifié le 17 juin 2022 à 16h02, le préfet de Haute-Loire a rejeté sa demande et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois. Par un arrêté du 5 juillet 2022, notifié le 7 juillet à 14h40, le préfet de Haute-Loire a mis fin au délai de départ volontaire assortissant l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Par un arrêté du 8 juillet 2022, M. A a été placé dans un centre de rétention administrative. Ce dernier, respectivement par les requêtes nos 2205219 et 2205284, demande l'annulation de ces deux premiers arrêtés. Il y a lieu de les joindre afin qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur l'étendue du litige :

3. Il résulte des dispositions précitées des articles L. 614-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-17 du code de justice administrative qu'il y a seulement lieu pour le magistrat désigné de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation des décisions du 13 juin 2022 portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire national et du 5 juillet 2022 mettant fin au délai de départ volontaire, les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour demeurant de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif. Par suite, ces dernières conclusions, ainsi que les conclusions accessoires y afférentes, doivent être réservées jusqu'en fin d'instance.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions :

4. D'une part, aux termes de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " I. - Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. () Lorsque le délai de recours mentionné aux alinéas précédents n'est pas expiré à la date à laquelle l'autorité compétente notifie à l'intéressé la décision de supprimer le délai de départ volontaire en application de l'article L. 612-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce délai de recours expire quarante-huit heures après cette notification. La décision de supprimer le délai de départ volontaire peut être contestée dans le même délai. () ". D'autre part, aux termes du II de l'article R. 776-5 de ce même code : " Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 et les délais de quinze jours mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-3 ne sont susceptibles d'aucune prorogation. / Lorsque le délai est de quarante-huit heures ou de quinze jours, le second alinéa de l'article R. 411-1 n'est pas applicable et l'expiration du délai n'interdit pas au requérant de soulever des moyens nouveaux, quelle que soit la cause juridique à laquelle ils se rattachent. / Le requérant qui, dans le délai de quarante-huit heures ou de quinze jours selon les cas, a demandé l'annulation de l'une des décisions qui lui ont été notifiées simultanément peut, jusqu'à la clôture de l'instruction, former des conclusions dirigées contre toute autre de ces décisions. ". Enfin, aux termes de l'article R. 776-26 : " L'instruction est close soit après que les parties ont formulé leurs observations orales, soit, si ces parties sont absentes ou ne sont pas représentées, après appel de leur affaire à l'audience. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu notifier le 17 juin 2022 une obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec un délai de départ de trente jours pour y satisfaire. Il disposait alors d'un délai de trente jours pour contester cette décision. Avant l'expiration de ce délai, par un arrêté du 5 juillet 2022, notifié le 7 juillet 2022 à 14h40, le préfet de Haute-Loire a mis fin au délai de départ volontaire. M. A a contesté cette dernière décision dans le délai requis de 48 heures à compter de sa notification. Si M. A n'a contesté les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français que le 11 juillet 2022, date d'enregistrement de son recours au greffe du tribunal administratif de Clermont-Ferrand, soit après l'expiration d'un délai de 48 heures suivant la notification de la décision mettant fin au délai de départ volontaire, M. A était toujours recevable à le faire dans le cadre du recours engagé contre la décision mettant fin au délai de départ, et ce jusqu'à la clôture de l'instruction, soit après que les parties ont formulé leurs observations orales à l'audience. Par suite, les conclusions présentées à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français sont recevables.

En ce qui concerne le moyen tiré l'exception d'illégalité du refus de délivrance du titre :

6. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, la décision portant refus de séjour contestée par M. A dans sa requête du 11 juillet 2022 n'étant pas devenue définitive, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision est, contrairement à ce que soutient le préfet en défense, recevable.

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ". Le juge de l'excès de pouvoir exerce un entier contrôle sur les motifs de refus de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Pour refuser le renouvellement de son titre de séjour délivré initialement le 11 juin 2021 sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-22, l'administration a relevé que M. A ne suit plus aucune formation, qu'il a échoué aux épreuves du certificat d'aptitude professionnelle en juin 2021 en obtenant des notes très faibles de sorte que le suivi de sa formation ne peut être qualifié de sérieux, que la structure qui l'accueillait alors qu'il était mineur, bien qu'émettant un avis positif sur son insertion, a relevé des comportements inadaptés, que l'insertion de l'intéressé dans la société française n'est pas suffisante, que s'il a déclaré que ses parents sont décédés, sa tante se trouve toujours en Guinée son pays d'origine et qu'il y a nécessairement conservé des attaches dès lors que des documents d'état civil guinéens lui ont été transmis alors qu'il était en France.

9. D'une part, la circonstance que M. A a déjà bénéficié d'un premier titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a aucune incidence sur l'examen par le préfet de la nouvelle demande de titre de séjour de M. A sur ce même fondement. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que sa demande a été déposée au-delà de l'année suivant son dix-huitième anniversaire de sorte que sa demande de titre sur ce fondement ne pouvait être que rejetée. L'erreur de droit invoquée doit dès lors être écartée.

10. D'autre part, lorsque l'administration est saisie d'une demande de titre de séjour sur le fondement d'une disposition particulière du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'est pas tenue, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'étranger peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition. En l'espèce, M. A n'établissant pas avoir sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet n'ayant pas examiné, de sa propre initiative, sa demande de titre au regard de ces autres fondements, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par les articles précités auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. M. A ne soutenant pas satisfaire aux conditions posées par les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la branche du moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écartée.

12. En dernier lieu, il ne résulte pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. A. Cette branche du moyen doit également être écartée.

13. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus du titre de séjour doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

14. M. A fait valoir qu'il est entré en France le 10 décembre 2017 alors qu'il était âgé de 15 ans, qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à la suite d'un placement par le juge des enfants, qu'il a été scolarisé au collège Jules Vallès du Puy-en-Velay pendant les années scolaires 2017-1018 et 2018-2019 où il a démontré sa volonté et son sérieux, qu'il a ensuite intégré l'institut de formation professionnelle de Bains en CAP cuisine, qu'il a travaillé auprès de plusieurs employeurs, qu'il a signé un " contrat d'engagement jeune " le 22 avril 2022 et suivi les cours d'intégration républicaine. Toutefois, il est constant qu'il a échoué aux épreuves du certificat d'aptitude professionnelle cuisine en juin 2021 en obtenant des notes très faibles et qu'à la date de la décision attaquée, M. A ne suit plus aucune formation. S'il produit une confirmation d'inscription à la session du certificat d'aptitude professionnelle de juin 2022, il ne donne aucune information quant aux suites données à cette inscription. Bien qu'ayant travaillé sous contrat à durée indéterminée pendant plus d'une année dans le restaurant où il était apprenti, il a démissionné de ses fonctions le 27 mars 2022. S'il soutient que cette rupture est en lien avec des conditions de travail difficiles voir illégales, il ne justifie avoir travaillé depuis que quelques jours. Par ailleurs, M. A s'est marié le 30 septembre 2021 avec une ressortissante malienne qu'il aurait rencontrée lors de son parcours migratoire, dans le district de Bamako au Mali, pays où il s'est rendu lors d'un voyage de plusieurs mois entre la fin de l'année 2021 et le début de l'année 2022. Il ne produit aucun élément sur les liens affectifs et amicaux qu'il aurait pu tisser en France durant ses cinq années de présence. Dans ces conditions, en dépit de son arrivée en France en 2017 en tant que mineur, la mesure d'éloignement attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie familiale de M. A. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. /Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. /Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

17. Au regard de sa durée de présence sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France tel qu'il a été rappelé plus haut, et alors qu'il s'agit d'une première mesure d'éloignement et que son comportement n'a pas été regardé, à la date de l'édiction de cette décision, comme constituant une menace à l'ordre public, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-8 précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en interdisant à M. A le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doivent être rejetées.

Sur la décision mettant fin au délai de départ volontaire :

19. Aux termes de l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il () s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8 (). ". Aux termes de l'article L. 721-7 : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ". Enfin, aux termes de de l'article L. 612-5 : " L'autorité administrative peut mettre fin au délai de départ volontaire accordé en application de l'article L. 612-1 si un motif de refus de ce délai apparaît postérieurement à la notification de la décision relative à ce délai.".

20. Pour mettre fin au délai de départ volontaire initialement accordé à M. A pour quitter le territoire français, le préfet a considéré, d'une part, que M. A ne justifiait pas des diligences accomplies auprès de l'administration pour la préparation de son départ, d'autre part, que son comportement est constitutif d'une menace à l'ordre public.

21. En premier lieu, il ressort de la feuille d'émargement produite par le préfet de Haute-Loire que M. A s'est présenté à toutes les convocations pour justifier des diligences dans la préparation de son départ. Si le préfet indique que ce dernier a refusé d'indiquer précisément les préparatifs auxquels il se livrait, il ne peut, ce faisant, être regardé comme s'étant soustrait aux obligations de présentation prévues à l'article L. 721-7 précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

22. En second lieu, aucune disposition législative ni aucun principe ne s'oppose à ce que les faits relatés par les " notes blanches " produites par le préfet, qui ont été versées au débat contradictoire et ne sont pas sérieusement contestées par le requérant, soient susceptibles d'être pris en considération par le juge administratif. En l'espèce, le préfet de Haute-Loire a considéré que le comportement de M. A constituait une menace à l'ordre public au regard des éléments contenus dans une " note blanche " versée au débat contradictoire de laquelle il ressort que l'intéressé aurait, selon son employeur de l'époque, subitement changer son comportement à la suite de son voyage au Mali du 12 novembre 2021 au 27 janvier 2022 en refusant d'exécuter certaines tâches telles que la manipulation de viande de porc ou non hallal, en particulier au cours de la période du Ramadan de l'année 2022, aurait demandé à être libéré chaque vendredi à 13h50 pour lui permettre de pratiquer la grande prière, serait devenu " susceptible " en " manifestant dès lors une sorte de " wokisme " visant à interdire tout ce qui pourrait porter atteinte à la " race noire " ". Il aurait également porter de telles revendications quant à ses conditions de travail lors de son inscription en agence d'intérim en mars 2022. Egalement, au cours d'un atelier portant sur le thème de l'indignation organisé dans le cadre de son " contrat engagement jeune " en mai 2022, il aurait exercé une " pression prosélyte sur les co-stagiaires en rappelant en certaines circonstances des fondamentaux religieux, revendiquant la polygamie ou abordant en détail certains détails géopolitiques ou historiques (critique des accords de Sykes-Picot, problématique de l'intervention du GIGN en 1979) ". Il aurait au cours de cet atelier utilisés les termes de " mécréants/jouffars ", " en prophétisant la promesse d'un changement à venir pour la communauté musulmane mondiale ". La note conclut en précisant que " de nombreux éléments semblent confirmer la religiosité exacerbée de l'intéressé et mettent en lumière une certaine hostilité exprimée envers les Européens, et plus particulièrement les Britanniques et les Français, signataires des accords Sykes-Picot " et que " le risque que l'intéressé tente de se soustraire à une mesure d'éloignement est bien réel, et d'autant plus inquiétant au vu de ses convictions religieuses affichées ". Toutefois, M. A conteste sérieusement ces éléments. Il fait valoir que son départ du restaurant dans lequel il travaillait s'est fait dans un climat conflictuel à la suite de demandes de sa part quant au respect par son employeur des réglementations en vigueur et qu'il n'était plus en relation de travail avec ce dernier au cours de la période du Ramadan 2022 qui s'est déroulée du 2 avril au 2 mai 2022 dès lors qu'il a démissionné de ses fonctions le 27 mars 2022, ce qui ressort effectivement de l'attestation de son employeur destinée à Pôle emploi produite. Il relève également avoir travaillé par la suite dans un abattoir à La Talaudière, ce qui tendrait à démentir les assertions contenues dans la note quant à ses revendications professionnelles en lien avec sa confession musulmane. Il dément par ailleurs les événements tels que relatés dans la note quant à son attitude et aux propos tenus lors de l'atelier de mai 2022 en expliquant avoir répondu, dans le cadre du travail mené sur l'indignation, à une demande d'explication sur les principes fondamentaux de l'islam, thème choisi par un autre stagiaire. Il précise que le terme de " jouffar " qu'il aurait prononcé à cette occasion n'existe pas dans la langue arabe. Dans ces conditions, le préfet de Haute-Loire n'établit pas, en produisant cette seule pièce, que le comportement de M. A constitue une menace suffisamment grave, réelle et actuelle à l'ordre public.

23. Par suite, il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que la décision du 5 juillet 2022 par laquelle le préfet de Haute-Loire a mis fin au délai de départ volontaire initialement accordé à M. A pour quitter le territoire français doit être annulée.

Sur les conclusions au titre des frais d'instance :

24. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel le préfet de Haute-Loire a mis fin au délai de départ volontaire assortissant l'obligation de quitter le territoire dont M. A fait l'objet est annulé.

Article 3 : Les conclusions présentées à fin d'annulation des décisions du 13 juin 2022 par lesquelles le préfet de Haute-Loire a obligé M. A à quitter le territoire français et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an sont rejetées.

Article 4 : Les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 5 : Les conclusions présentées à fin d'annulation de la décision du 13 juin 2022 par laquelle le préfet de Haute-Loire a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, ainsi que les conclusions accessoires y afférentes, sont réservées jusqu'en fin d'instance.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Haute-Loire.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 12 juillet 2022.

La magistrate désignée

A. BLa greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au préfet de Haute-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

2, 2205284

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