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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205222

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205222

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205222
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantDUFAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2022, la SASU Formations Professionnelles Foréziennes, représentée par sa présidente et par Me Dufaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 juin 2022 par laquelle le directeur des politiques sociales de la Caisse des dépôts et consignations a prononcé son déréférencement de la plateforme dématérialisée " mon compte formation " pour une durée de neuf mois ;

2°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la Caisse des dépôts et consignations n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la Caisse des dépôts et consignations a méconnu le principe du contradictoire ;

- il n'est pas justifié que la commission ad hoc compétente se soit effectivement réunie avant l'adoption de la décision attaquée ;

- la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de ce que des dispositions qui n'étaient pas encore en vigueur lui ont été appliquées ;

- la sanction en litige est disproportionnée par rapport aux manquements qui lui sont reprochés et est entachée d'une erreur d'appréciation de la qualité des formations dispensées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2022, la Caisse des dépôts et consignations, représentée par Adden avocats (Me Nahmias), conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société Formations Professionnelles Foréziennes en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Formations Professionnelles Foréziennes ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance n° 2207256 du 14 octobre 2022, par laquelle le juge des référés a suspendu l'exécution de la décision attaquée.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boulay, première conseillère,

- les conclusions de M. Habchi, rapporteur public,

- et les observations de Me Dufaud, représentant la société requérante, et celles de Me Monfront, substituant Me Nahmias, représentant la Caisse des dépôts et consignations.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Formations Professionnelles Foréziennes, organisme de formation professionnelle dont l'activité est déclarée en application de l'article L. 6351-1 du code du travail, qui dispense, par l'intermédiaire de la plateforme " mon compte formation ", notamment des actions de formation d'aide à la création et à la reprise d'entreprises, dites formations ACRE, demande l'annulation de la décision du 29 juin 2022 par laquelle le directeur des politiques sociales de la Caisse des dépôts et consignations (CDC) a prononcé la suspension pour une durée de neuf mois de son référencement sur cette plateforme dématérialisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 2° Infligent une sanction ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. Il résulte de l'instruction que la décision contestée, intitulée " lettre de clôture de la période contradictoire portant décision définitive " se borne à indiquer que la sanction de déréférencement en litige est fondée sur la non-conformité des actions de formation ACRE dispensées par la requérante, sans identifier ces non-conformités, et que la société n'a pas produit les éléments justifiant du respect de ces critères, qui tiennent à la viabilité économique du projet du stagiaire et à sa capacité à l'accompagner dans son projet, à la réalité du suivi pédagogique mis en œuvre et au contenu de la formation ACRE, laquelle doit garantir l'apprentissage de compétences entrepreneuriales, à l'exception des gestes métiers. Un telle formulation, qui présente un caractère stéréotypé et ne permet pas d'identifier précisément le motif de fait fondant la décision et les manquements retenus à l'encontre de la société, n'a pas mis la société Formations Professionnelles Foréziennes à même de comprendre les considérations de fait fondant la sanction attaquée. Dès lors, elle est fondée à soutenir que la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant. ". Aux termes de l'article R. 6333-6 du code du travail : " Lorsque la Caisse des dépôts et consignations constate un manquement de l'un des prestataires mentionnés à l'article L. 6351-1 aux engagements qu'il a souscrits, elle peut, selon la nature du manquement, lui prononcer un avertissement, refuser le paiement des prestations, demander le remboursement des sommes qu'elle lui a indûment versées et suspendre temporairement son référencement sur le service dématérialisé mentionné à l'article L. 6323-9. Ces mesures, proportionnées aux manquements constatés, sont prises après application d'une procédure contradictoire et selon des modalités que les conditions générales d'utilisation du service dématérialisé précisent. ". Enfin, aux termes de l'article 13.1.1 des conditions générales d'utilisation de la plateforme " mon compte formation " applicable aux relations entre la CDC et les organismes de formation : " En présence de tout différend entre la CDC d'une part et les OF ou Titulaires de compte d'autre part, les Parties conviennent d'appliquer la présente procédure aux fins de tenter de trouver un accord amiable. La CDC adresse par tout moyen physique ou dématérialisé permettant d'en garantir la date de réception, à la partie en manquement, une lettre d'observations. / A réception de la lettre d'observations, le Titulaire du compte ou l'Organisme de formation concerné dispose d'une période d'échange sur les constats et observations adressés. Cette période est dite " Période Contradictoire / Durant cette Période Contradictoire, le Titulaire du compte ou l'Organisme de formation peut dans un délai précisé par la CDC dans un délai précisé par la CDC dans la lettre d'observation qui ne peut être inférieur à 8 (huit) jours calendaires, formuler ses observations écrites, apporter les précisions nécessaires, faire part d'un éventuel désaccord, ou bien fournir tout document utile. () Au terme de la Période Contradictoire, la CDC notifie la décision par tout moyen physique ou dématérialisé permettant d'en garantir la date de réception. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que la décision attaquée, qui présente le caractère d'une sanction administrative, doit être précédée d'une procédure contradictoire, laquelle vise à informer l'intéressé avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et de la sanction encourue.

6. Il résulte de l'instruction que, préalablement à l'adoption de la décision du 29 juin 2022, la Caisse des dépôts et consignations a adressé, le 6 mai 2022, un courriel intitulé " notification d'ouverture de la procédure contradictoire prévue à l'article 13 des conditions générales d'utilisation de mon compte formation " à la société requérante pour l'informer que les formations ACRE qu'elle dispensait ne remplissaient pas les conditions prévues par le code du travail et l'inviter à formuler des observations et à faire connaître à la Caisse des dépôts et consignations les diligences prises pour remédier à la non-conformité constatée, dans un délai de trois semaines. Toutefois, d'une part, ce courriel ne mentionne pas précisément les griefs susceptibles d'être retenus à l'encontre de la société requérante et, notamment, ne précise pas quelles sont les conditions que ses formations ne respectent pas. D'autre part, ce courriel, qui précise qu'une mesure de déréférencement est envisagée, invite à nouveau la société à produire des justificatifs, alors que la procédure contradictoire doit être mise en œuvre par la Caisse des dépôts et consignations lorsqu'elle dispose des éléments lui permettant de fonder une sanction et qu'elle a précisément identifié des manquements imputables à l'organisme de formation. Dans ces conditions, la société Formations Professionnelles Foréziennes est fondée à soutenir qu'elle n'a pas été mise en mesure d'apporter ses observations sur la sanction attaquée et que celle-ci a été adoptée au terme d'une procédure irrégulière. Un tel manquement a été de nature à la priver d'une garantie. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire est fondé.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société Formations Professionnelles Foréziennes est fondée à demander l'annulation de la décision du 29 juin 2022 par laquelle la Caisse des dépôts et des consignations a prononcé son déréférencement de la plateforme dématérialisée " mon compte formation " pour une durée de neuf mois.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations la somme que la société Formations Professionnelles Foréziennes demande au titre des frais liés au litige. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font par ailleurs obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la Caisse des dépôts et consignations soit mise à la charge de la société Formations professionnelles Foréziennes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la Caisse des dépôts et consignations du 29 juin 2022 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la Caisse des dépôts et consignations présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Formations Professionnelles Foréziennes et à la Caisse des dépôts et consignations.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Soubié, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La rapporteure,

P. Boulay

La présidente,

V. Vaccaro-Planchet La greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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