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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205237

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205237

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205237
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2022 sous le n° 2205237, Mme B C, ayant pour avocat Me Saidi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 27 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination d'une reconduite d'office ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une attestation de demande d'asile, à défaut de procéder au réexamen de sa situation, sous un mois, sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Mme C soutient que :

- la mesure d'éloignement est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- a été méconnu son droit d'être préalablement entendu posé par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et par l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la mesure d'éloignement méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant son pays de destination, illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement, méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Rhône a produit des pièces enregistrées le 6 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative et la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant éloignement des étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience tenue le 9 septembre 2022. Le magistrat désigné y a présenté son rapport et a clos l'instruction à l'issue de l'audience. Les parties n'étaient pas présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, née en 1992, de nationalité albanaise, entrée en France en novembre 2021, a vu sa demande d'asile rejetée le 31 janvier 2022 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis le 29 août 2022 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le 27 juin 2022, le préfet du Rhône, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligeait à quitter le territoire français, lui impartissait un délai de 30 jours pour y déférer et fixait son pays de destination d'une reconduite d'office. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler ces décisions du 27 juin 2022.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme C, il y a lieu d'admettre l'intéressée au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur la légalité des décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige du 27 juin 2022 comporte les considérations de droit et de fait qui fondent la mesure d'éloignement critiquée, par suite motivée. Il ne ressort pas de cette motivation ni des pièces du dossier que le préfet du Rhône n'aurait pas, avant la prise de ladite mesure, procédé à un examen complet de la situation de la requérante, laquelle, en l'absence d'une quelconque demande de sa part, se prévaut inutilement de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En l'espèce, Mme C, qui a pu exposer sa situation personnelle auprès des services préfectoraux lors du dépôt de sa demande d'asile, déplore de ne pas avoir été entendue par le préfet du Rhône " sur ses craintes et sa situation actuelle ", sans se plaindre aucunement d'avoir été empêchée de présenter à ces services tel ou tel élément nouveau et pertinent susceptible de contrarier la prise de la mesure d'éloignement qu'elle attaque. Doit dès lors être écarté le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, que garantit le droit de l'Union européenne, la requérante invoquant par ailleurs inutilement la procédure contradictoire prévue par l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la mesure d'éloignement, laquelle n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel la requérante serait éloignée. De même ne peut qu'être écarté le moyen d'erreur manifeste d'appréciation articulé à l'encontre de la mesure d'éloignement, moyen ne reposant que sur une allégation, par la requérante, de craintes pour son intégrité physique en cas de retour en Albanie.

6. En quatrième lieu, la mesure d'éloignement n'ayant pas, compte tenu de ce qui précède, été démontrée illégale, doit être écarté le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette mesure.

7. En dernier lieu, il est stipulé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ".

8. La requérante, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, puis, après l'arrêté contesté, par la Cour nationale du droit d'asile, soutient être exposée à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Albanie, où elle aurait subi des sévices de la part de son ex-compagnon, lequel l'aurait violentée et contrainte à se prostituer, où elle n'aurait pas bénéficié de la protection des autorités. Toutefois, à l'appui, elle se borne à faire état de divers rapports portant notamment sur les violences domestiques en Albanie, sans produire de pièce de nature à établir qu'elle serait personnellement et actuellement exposée, en cas de retour dans son pays d'origine, à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite ne peut qu'être écarté le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle attaque. Sa requête est, par suite, vouée au rejet, en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire[0].

Article 2 : La requête n° 2205237 présentée par Mme B C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

B. A

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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