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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205241

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205241

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205241
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 8 juillet 2022 sous le n° 2205241, M. D C, représenté par Me Paquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 29 avril 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à tout le moins de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard passé ce délai, en le munissant dans l'intervalle d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été édictées à l'issue d'un examen incomplet de sa situation ;

- il n'est pas justifié de la saisine et de l'émission d'un avis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le médecin rapporteur a siégé au sein du collège en cause, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ces décisions méconnaissent les dispositions de l'article L. 425-9 du même code et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la mesure d'éloignement a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du même code ;

- la décision déterminant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 août 2022.

Le préfet du Rhône a produit des pièces le 30 août 2022 qui ont été communiquées.

II. Par une requête enregistrée le 8 juillet 2022 sous le n° 2205243, Mme B A épouse C, représentée par Me Paquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 29 avril 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à tout le moins de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard passé ce délai, en la munissant dans l'intervalle d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées ont été édictées à l'issue d'un examen incomplet de sa situation ;

- ces décisions méconnaissent les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où sa situation est dépendante de celle de son époux ;

- elles méconnaissent son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elles méconnaissent pour les mêmes raisons celles de l'article L. 423-23 du même code ;

- la décision déterminant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 août 2022.

Le préfet du Rhône a produit des pièces le 30 août 2022 qui ont été communiquées.

M. et Mme C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,

- et les observations de Me Paquet, pour M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C et Mme B A épouse C, ressortissants albanais nés respectivement le 26 février 1962 et le 16 mai 1972, demandent par les requêtes visées, sur lesquelles il convient de statuer par un seul jugement, l'annulation des décisions du 29 avril 2022 par lesquelles le préfet du Rhône leur a refusé la délivrance d'un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a déterminé leur pays de destination en cas de reconduite.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, si M. et Mme C soutiennent que les décisions prises à leur encontre procèdent d'un examen incomplet de leur situation, un tel vice ne ressort ni des mentions de ces décisions ou des autres pièces du dossier, la présence revendiquée de leur fille majeure en France n'étant par ailleurs établie par aucune des pièces de ces dossiers. Le moyen doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Selon l'article R. 425-11 du code précité : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical visé à l'article R. 313-22 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () ". Selon l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ".

4. D'une part, il ressort des pièces produites en défense que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qui ne comprenait pas le médecin rapporteur concerné, a émis un avis le 14 juillet 2021 indiquant que, si l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une extrême gravité, les traitements appropriés étaient effectivement disponibles en Albanie. Les moyens tenant aux vices de procédure afférents doivent ainsi être écartés.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. C bénéficie d'un traitement en France comprenant notamment l'administration de deux antidépresseurs distincts, la sertraline et la mianserine. Si les requérants soutiennent, produisant des listes de médicaments disponibles en hôpital et sur le marché en Albanie datées du 1er février 2020, que ces principes actifs ne sont pas disponibles dans ce pays, il ressort des mêmes listes que des molécules de même classe pharmacologique, inhibiteurs de recapture de la sérotonine et antidépresseurs tétracycliques, y sont toutefois disponibles. Dans ces conditions, l'évaluation du collège des médecins de l'OFII de disponibilité d'un traitement adapté n'étant pas remise en cause, ils ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées procèderaient, directement ou indirectement, d'une inexacte application des dispositions précitées.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme C sont présents en France depuis le 19 octobre 2019. S'ils font tous deux valoir les soins dont M. C bénéficie en France, il résulte de ce qui a été dit précédemment que ce dernier peut bénéficier d'un traitement adapté dans leur pays d'origine. Dès lors, compte tenu de la durée de leur séjour en France et de l'absence de liens particuliers dont ils font état avec ce pays, les décisions en litige ne sauraient être regardées comme portant à leur droit à une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celui, s'agissant de Mme C, de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code précité, doivent dès lors être écartés.

8. En quatrième lieu, M. C, ainsi qu'il a été dit, pouvant bénéficier d'un traitement adapté en Albanie, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français le concernant procèderait d'une inexacte application des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code précité.

9. En dernier lieu, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et mesure d'éloignement n'étant pas établie, les requérants ne sont pas fondés à exciper de cette illégalité à l'encontre des décisions déterminant le pays de destination.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. et Mme C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonctions sous astreinte et celles à fin de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens dans les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes nos 2205241 et 2205243 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Mme B A épouse C et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière

Nos 2205241, 2205243

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