mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205266 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BARIOZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 juillet 2022, Mme E D veuve A, représentée par Me Barioz, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 27 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdite de retour sur le territoire national pendant une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer sans délai un titre de séjour en la munissant d'une autorisation provisoire de séjour ;
3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de faire procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Elle soutient que :
Sur l'ensemble des décisions :
- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;
Sur la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
- cette décision procède d'un examen incomplet de sa situation personnelle ;
- il incombait au préfet d'examiner sa demande au regard de l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours :
- cette décision est dépourvue de toute motivation ;
- elle ne prend pas en compte sa situation particulière et méconnaît l'article 8 de la même convention ;
Sur la décision déterminant le pays de destination :
- cette décision est illégale pour les raisons précédemment exposées ;
- elle méconnaît les exigences de l'article 3 de la convention précitée ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention précitée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code précité, sa situation relevant de circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction de cette mesure d'interdiction de retour sur le territoire.
Par ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 août 2022.
Le préfet du Rhône a produit un mémoire en défense le 26 septembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'a pas été communiqué.
Mme E D veuve A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,
- et les observations de Me Barioz, pour Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E D veuve A, ressortissante arménienne née le 12 avril 1960, demande l'annulation des décisions du 27 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdite de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de douze mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
2. Les décisions attaquées sont signées de Mme C B, directrice adjointe des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, investie d'une délégation de signature à cet effet par arrêté préfectoral du 26 janvier 2022, régulièrement publiée le 31 janvier suivant. Le moyen tiré de l'incompétence d'auteur de l'acte doit ainsi être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerna la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
3. D'une part, la décision attaquée vise les dispositions et stipulations dont elle fait application et relève les éléments biographiques de l'intéressée pertinents pour cette application, notamment s'agissant des demandes de titres de séjour effectuées et des refus opposés. Une telle motivation, suffisante, ne saurait dès lors révéler, pas plus que les autres pièces du dossier, le défaut d'examen dont la requérante soutient que la décision serait entachée. A cet égard, la seule contestation du bienfondé de la qualification opérée par le préfet de la consistance de sa vie privée et familiale en France est insusceptible de révéler une absence de prise en compte de sa situation spécifique. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, déclarant être entrée en France le 11 mai 2014, a fait l'objet, dès le 15 décembre 2015 d'une mesure d'éloignement dont elle a vainement contesté la légalité, sans jamais bénéficier depuis cette date d'un quelconque droit au séjour. Si elle fait valoir les conditions éprouvantes dans lesquelles son époux est décédé, puis inhumé en France, et des répercutions sur sa santé psychologique, nécessitant un suivi dont son médecin psychiatre atteste le 10 mars 2020 qu'il nécessite un suivi continu en France, de tels éléments ne caractérisent pas par eux-mêmes des liens tels avec ce pays que la décision attaquée y porterait une atteinte disproportionnée, alors que par ailleurs l'intéressée ne s'est pas prévalue de son état de santé à l'appui de sa demande. De même, les diverses attestations de voisins et d'association, relevant l'isolement de la requérante et ses efforts pour apprendre la langue française, ne caractérisent pas des liens particuliers avec le territoire national. Au regard de l'ensemble de ces éléments, c'est sans erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 423-23 du code précité ni méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que le préfet du Rhône a pu refuser le titre de séjour sollicité sur ce fondement.
6. Enfin, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
7. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet du Rhône a examiné la situation de la requérante pour l'application des dispositions précitées, contrairement à ce qui est soutenu par celle-ci. Ne faisant valoir aucun élément distinct de ceux analysés au point 5 du présent jugement au soutien de son moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, Mme D n'établit pas, pour les mêmes motifs, l'erreur manifeste d'appréciation dont elle soutient que la décision attaquée serait entachée dans leur application. Ces moyens doivent ainsi être écartés.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. D'une part, l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour n'étant pas établie, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait illégale par voie de conséquence de celle-ci.
9. D'autre part, la mesure d'éloignement en litige n'ayant ni pour objet ni pour effet de déterminer le pays de destination en cas de renvoi, la requérante ne saurait utilement invoquer à son encontre les stipulations de l'article 3 de la convention précitée.
10. Enfin, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la décision attaquée, au soutien duquel la requérante fait valoir les mêmes éléments qu'au point 5 du présent jugement, doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui y sont exposés.
En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire de 30 jours :
11. D'une part, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
12. La décision attaquée accordant un délai de départ de 30 jours n'a ni eu pour objet ni pour effet de refuser un délai de départ volontaire à la requérante ou de mettre fin à un délai antérieurement accordé. Celle-ci ne saurait dès lors utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions et l'insuffisance de motivation de la décision attaquée.
13. D'autre part, la requérante ne faisant valoir aucun argument spécifique à la décision attaquée s'agissant des moyens tirés du défaut d'examen et de la méconnaissance de son droit à une vie privée et familiale normale, ces moyens doivent être écartés pour les raisons précédemment exposées.
En ce qui concerne la décision déterminant le pays de destination :
14. D'une part, si la requérante soutient que la décision attaquée est illégale " pour les mêmes raisons que celles exposées précédemment ", il résulte de ce qui a été dit qu'elle n'est fondée à se prévaloir d'aucune illégalité des décisions ainsi référées. Le moyen doit ainsi être écarté.
15. D'autre part, en se bornant à soutenir qu'elle encourt dans son pays d'origine des risques de traitements inhumains, sans plus de précisions, et qu'en dérive un défaut d'examen, alors que le préfet du Rhône a spécifiquement relevé l'absence de tels risques, Mme D ne met pas le tribunal à même d'examiner le bienfondé de son moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention précitée, qui doit ainsi être écarté pour ce motif.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
16. D'une part, l'illégalité de la mesure d'éloignement visant Mme D n'étant pas établi, celle-ci n'est pas fondée à en exciper à l'encontre de la décision attaquée.
17. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ".
18. La décision en litige, édictée concurremment à l'octroi d'un délai de départ volontaire, n'ayant pas été prise sur le fondement des dispositions précitées, la requérante ne saurait utilement invoquer leur méconnaissance. Un tel moyen doit ainsi être écarté comme inopérant.
19. Enfin, la requérante ne faisant valoir aucun argument spécifique à la décision attaquée s'agissant du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celui-ci doit être écarté pour les motifs exposés au point 5 du présent jugement.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions de la requête aux fins d'injonctions sous astreinte.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D veuve A et au préfet du Rhône.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.
Le rapporteur,
M. Gilbertas
Le président,
H. Drouet
La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026