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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205279

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205279

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205279
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantSELARL VALORIA SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 12 juillet 2022, enregistrée au greffe du tribunal le même jour, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme A B.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 22 juin 2022, et deux mémoires, enregistrés au greffe du tribunal les 20 avril et 20 décembre 2023, Mme B, représentée par la SELARL Bismuth Avocats (Me Costa), doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le chef du bureau gestion des personnels civils de la direction centrale du service d'infrastructure de la défense (DCSID) lui a notifié son coefficient final de modulation individuelle et sa dotation finale d'indemnité spécifique de service (ISS) au titre de l'année 2020, ensemble la décision du 21 avril 2022 par laquelle le sous-directeur du pilotage des ressources humaines de la DCSID a rejeté son recours hiérarchique ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées, à compter de la notification du jugement à intervenir, de procéder au réexamen du taux de son coefficient de modulation individuelle (CMI) au titre de l'année 2020 ainsi que, par voie de conséquence, au réexamen du montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) devant lui être servie au titre de l'année 2021 dans le cadre de l'adhésion rétroactive du corps des ingénieurs des travaux publics de l'État au régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ; en effet :

• elle a été introduite dans le délai de recours contentieux de deux mois prévu par les dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative alors que la décision portant rejet de son recours hiérarchique ne comportait pas la mention régulière des voies et délais de recours ;

• ses conclusions à fin d'injonction tendant à ce que le ministre des armées tire les conséquences du réexamen du taux de son CMI au titre de l'année 2020 dans le cadre de la détermination du montant de l'IFSE devant lui être servie au titre de l'année 2021 sont recevables, dès lors qu'elles sont présentées à titre accessoire ;

- les décisions contestées sont entachées d'une erreur de droit, dès lors que l'administration ne pouvait légalement tenir compte de sa promotion au grade d'ingénieur divisionnaire des travaux publics de l'État pour fixer le taux de son CMI à 0,875 au titre de l'année 2020 ;

- elles méconnaissent les termes de la note de gestion n° NOR : TREK2100744N du 29 décembre 2020, dès lors qu'ayant fait l'objet d'une promotion, la revalorisation de son CMI provisoire de 0,850 au titre de l'année 2020 pouvait ne pas se limiter à un pas de 0,025 indépendamment du taux de CMI moyen cible fixé à 1,01 ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 7 du décret n° 2003-799 du 25 août 2003, dès lors que l'administration a abaissé le taux de son CMI au titre de l'année 2020 par rapport à celui qui lui avait été attribué au titre de l'année 2019 alors que sa manière de servir avait été considérée comme satisfaisante et lui avait valu une promotion au cours de l'année 2020 ;

- elles méconnaissent le principe d'égalité de traitement des agents publics, dès lors que certains de ses collègues promus au grade d'ingénieur divisionnaire des travaux publics de l'État et exerçant leurs fonctions dans d'autres ministères se sont vus attribuer un CMI davantage élevé, de même que l'un de ses collègues affectés au sein de l'établissement du service d'infrastructure de la défense (ESID) de Lyon.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 novembre 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B sont irrecevables, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif d'adresser des injonctions à l'administration à titre principal ;

- les moyens de la requête de l'intéressée ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2003-799 du 25 août 2003 ;

- le décret n° 2005-631 du 30 mai 2005 ;

- le décret n° 2009-1558 du 15 décembre 2009 ;

- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;

- le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 ;

- le décret n° 2021-1681 du 16 décembre 2021 ;

- l'arrêté du 25 août 2003 fixant les modalités d'application du décret n° 2003-799 du 25 août 2003 relatif à l'indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts et chaussées et aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement ;

- l'arrêté du 5 novembre 2021 portant application au corps des ingénieurs des travaux publics de l'État et aux emplois d'ingénieur en chef des travaux publics de l'État du 1er groupe et du 2e groupe des dispositions du décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'État ;

- la note de gestion interministérielle n° NOR : TREK2100744N du 29 décembre 2020 relative à la prime de service et de rendement (PSR) et à l'indemnité spécifique de service (ISS) versées aux fonctionnaires des corps techniques en poste au ministère de la transition écologique (MTE), au ministère de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales (MCTRCT) et au ministère de la mer (MM) ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle le ministre des armées n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gueguen ;

- les conclusions de M. Bertolo, rapporteur public ;

- et les observations de Me Bouvart, substituant Me Costa, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ingénieure des travaux publics de l'État affectée au sein de l'établissement du service d'infrastructure de la défense (ESID) de Lyon où elle exerce les fonctions de cheffe du " pôle de maîtrise d'œuvre ", a été promue au grade d'ingénieure divisionnaire des travaux publics de l'État à compter du 1er janvier 2020. Suite à l'adhésion rétroactive du corps des ingénieurs des travaux publics de l'État au régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) à compter du 1er janvier 2021, par une décision du 10 janvier 2022, le chef du bureau gestion des personnels civils de la direction centrale du service d'infrastructure de la défense (DCSID) a notifié à Mme B son coefficient final de modulation individuelle ainsi que sa dotation finale d'indemnité spécifique de service (ISS) au titre de l'année 2020. Par un courrier du 22 mars 2022, l'intéressée a formé un recours hiérarchique qui a été rejeté par une décision du sous-directeur du pilotage des ressources humaines de la DCSID en date du 21 avril 2022. La requérante demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions précitées des 10 janvier et 21 avril 2022.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Selon les termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la requête, Mme B s'est vue notifier, le 30 novembre 2022, une lettre du 18 novembre 2022 par laquelle le chef du bureau des personnels civils de la DCSID l'a informée des modalités de bascule au RIFSEEP des ingénieurs des travaux publics de l'État affectés en " (position normale d'activité) PNA au sein du ministère des armées ". Contrairement à ce que fait valoir l'administration en défense, dès lors qu'il ressort notamment des termes de cette lettre que le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) devant être servie à Mme B au titre de l'année 2021 intègre le montant de l'ISS qui lui a été alloué au titre de l'année 2020, lequel a été modulé sur la base de son coefficient de modulation individuel (CMI) fixé à 0,875 au titre de cette même année 2020, les conclusions par lesquelles la requérante demande au tribunal d'enjoindre au ministre des armées, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de procéder au réexamen du taux de son CMI au titre de l'année 2020 ainsi que, par voie de conséquence, au réexamen du montant de l'IFSE devant lui être servie au titre de l'année 2021 constituent l'accessoire de ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision précitée du 10 janvier 2022 par laquelle le chef du bureau gestion des personnels civils de la DCSID lui a notifié coefficient final de modulation individuelle ainsi que sa dotation finale d'ISS au titre de l'année 2020. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article 20 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dont les dispositions ont été reprises, à compter du 1er mars 2022, à l'article L. 712-1 du code général de la fonction publique : " Les fonctionnaires ont droit, après service fait, à une rémunération comprenant () les indemnités instituées par un texte législatif ou réglementaire. Les indemnités peuvent tenir compte des fonctions et des résultats professionnels des agents ainsi que des résultats collectifs des services. () ". Par ailleurs, selon les termes de l'article 55 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État, alors applicable, et dont les dispositions ont été reprises, à compter du 1er mars 2022, à l'article L. 521-1 du code général de la fonction publique : " () l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires se fonde sur un entretien professionnel annuel conduit par le supérieur hiérarchique direct. () ". Enfin, aux termes de l'article 16 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'État : " Lorsque des régimes indemnitaires prévoient une modulation en fonction des résultats individuels ou de la manière de servir, ces critères sont appréciés par le chef de service au vu du compte rendu de l'entretien professionnel. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 1er du décret du 25 août 2003 relatif à l'indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts et chaussées et aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement, alors applicable : " Les () ingénieurs des travaux publics de l'Etat, () bénéficient, dans la limite des crédits ouverts à cet effet, d'une indemnité spécifique de service. / Cette indemnité leur est versée par leur administration d'emploi l'année civile suivant celle correspondant au service rendu par les agents concernés. () / L'année 2020 constitue la dernière année d'acquisition de droit à l'indemnité spécifique de service. () ". Selon les termes de l'article 3 du même décret : " () les taux moyens annuels de cette indemnité sont définis, pour les fonctionnaires des corps de l'équipement mentionnés à l'article 1er du présent décret, par un taux de base affecté d'un coefficient correspondant à leurs grades et emplois et d'un coefficient propre à chaque service. Le taux de base et le coefficient de modulation par service qui lui est affecté sont fixés par arrêté conjoint du ministre chargé de l'équipement, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 7 de ce même décret : " Les montants de l'indemnité spécifique de service susceptibles d'être servis peuvent faire l'objet de modulation pour tenir compte des fonctions exercées et de la qualité des services rendus dans des conditions fixées par arrêté conjoint du ministre chargé de l'équipement, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique. ". À cet égard, l'article 3 de l'arrêté du 25 août 2003 fixant les modalités d'application du décret du 25 août 2003 relatif à l'indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts et aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement, alors applicable, prévoit que : " Les coefficients de modulation individuelle prévus à l'article 7 du décret du 25 août 2003 susvisé sont fixés dans les conditions suivantes : /

CORPS ET GRADESMODULATION

INDIVIDUELLE

par rapport au taux moyen()()()

Ingénieur divisionnaire des travaux publics de l'Etat et ingénieur des travaux publics de l'Etat hors classe

73,5 %

122,5 %()()()

() ".

6. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que l'indemnité spécifique de service (ISS) peut être modulée sur la base d'un coefficient de modulation individuelle (CMI) tenant compte des fonctions exercées et de la qualité des services rendus par l'agent, laquelle est appréciée au vu de son compte rendu d'entretien professionnel au titre de l'année concernée.

7. En outre par une note de gestion du 29 décembre 2020, publiée au bulletin officiel de la transition écologique et de la cohésion des territoires, de la transition énergétique et de la mer du 19 janvier 2021, la ministre de la transition écologique, la ministre de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales et la ministre de la mer ont, dans l'exercice de leurs prérogatives d'organisation des services placés sous leur autorité, précisé, pour l'année 2020, les modalités de gestion indemnitaire des corps techniques des ministères de la transition écologique, de la cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales, et de la mer, rémunérés sur le programme 217, bénéficiaires de la prime de service et de rendement (PSR) et de l'ISS. Selon les termes du point II. D. 3) de cette note de gestion, intitulé " Règle du CMI provisoire " : " Le CMI provisoire est déterminé () en cas de promotion d'un agent. / () Dispositions de gestion liées à une promotion / Si un agent change de grade () en cours d'année, le calcul indemnitaire sera s'effectué au prorata des deux positions en gestion. / Pour rappel, lors de la détermination du CMI d'un agent promu, le service doit s'attacher à ce qu'il soit garanti, a minima, le niveau de dotation en ISS antérieurement perçue par l'agent. Le CMI recalculé doit être pris en référence avant la fixation du CMI définitif des droits ISS suite à la promotion. / Sauf maintien du montant de la dotation en ISS antérieure aboutissant à l'attribution d'un CMI supérieur, les CMI minimums temporaires appliqués en gestion dans le cadre de la promotion d'un agent sont les suivants : /

GRADE ANTÉRIEUREMENT DÉTENU

NOUVEAU GRADE/EMPLOICoefficient de grade antérieur

CMI minimum()()()()Ingénieur des travaux publics de l'État (ITPE)Ingénieur divisionnaire des travaux publics de l'État (IDTPE)

28/33

0,850()()()()

/ Les coefficients ci-dessus sont des coefficients provisoires, préalables à l'harmonisation. / Les CMI recalculés lors des maintiens de rémunération sont arrondis à l'intervalle supérieur normal de modulation soit 0,05. () ". Par ailleurs, aux termes du point II. E. de cette même note de gestion, intitulé " Dispositions relatives au processus d'harmonisation " : " L'harmonisation constitue la synthèse des propositions provenant des services qui permet, pour chaque groupe d'harmonisation (constitué afin de permettre de disposer pour l'harmonisation d'un nombre suffisant d'effectifs par grade et par corps), l'obtention d'une moyenne des coefficients de modulation individuelle, appelée CMI moyen cible. / 1) Moyenne cible des CMI / Dans l'objectif de s'assurer du respect des enveloppes de crédits, l'exercice indemnitaire doit être assuré en considérant une enveloppe budgétaire maximum, déterminée à partir du CMI moyen cible. / Le CMI moyen cible est de 1,01 pour l'ensemble des groupes d'harmonisation : / - Le groupe 2 comprend les ingénieurs des travaux publics de l'État hors classe (ITPEHC) et les ingénieurs divisionnaires des travaux publics de l'État (IDTPE) détachés ou non dans l'emploi fonctionnel d'ingénieur en chef des travaux publics de l'État (ICTPE). / () Aucune règle d'arrondi par défaut n'est applicable aux CMI moyens au titre de l'harmonisation car elle conduit à un dépassement d'enveloppe budgétaire. / Pour rappel, pour l'ensemble des corps, les coefficients individuels seront échelonnés selon des intervalles de 0,05. / Pour autant, les progressions annuelles ne sont pas limitées à un pas de 0,05 à la hausse comme à la baisse. A titre dérogatoire, les intervalles des agents appartenant au groupe 2 peuvent être réduits à 0,025. () ".

8. Enfin, aux termes de l'article 1er du décret du 20 mai 2014 portant création d'un régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel dans la fonction publique de l'État : " Les fonctionnaires relevant de la loi du 11 janvier 1984 susvisée peuvent bénéficier, () d'une indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise () dans les conditions fixées par le présent décret. / Des arrêtés du ministre chargé de la fonction publique, du ministre chargé du budget et, le cas échéant, du ministre intéressé désignent, après avis du comité technique compétent ou du Conseil supérieur de la fonction publique de l'Etat, des corps et emplois bénéficiant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise () ". Selon les termes de l'article 6 du même décret : " Lors de la première application des dispositions du présent décret, le montant indemnitaire mensuel perçu par l'agent au titre du ou des régimes indemnitaires liés aux fonctions exercées ou au grade détenu et, le cas échéant, aux résultats, à l'exception de tout versement à caractère exceptionnel, est conservé au titre de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise jusqu'à la date du prochain changement de fonctions de l'agent, sans préjudice du réexamen au vu de l'expérience acquise prévu au 2° de l'article 3. ". Par un arrêté interministériel du 5 novembre 2021, les dispositions du décret du 20 mai 2014 ont été rendues applicables de manière rétroactive, à compter du 1er janvier 2021, au corps des ingénieurs des travaux publics de l'État, auxquels avait été jusqu'alors maintenu un régime indemnitaire propre, composé de l'ISS et de la prime de service et de rendement (PSR).

9. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que le montant de l'indemnité de fonctions, de sujétions et d'expertise (IFSE) devant être servie aux ingénieurs des travaux publics de l'État au titre de l'année 2021, qui a constitué l'année de première application des dispositions du décret du 20 mai 2014 relatives au régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel (RIFSEEP) dans la fonction publique de l'État, devait être, en application des dispositions de l'article 6 du même décret, établi sur le fondement du régime indemnitaire dont ils bénéficiaient jusqu'au 31 décembre 2020, et notamment du montant de l'ISS au titre de l'année 2020 qui constituait la dernière année d'acquisition du droit à cette indemnité.

10. Pour fixer le CMI de Mme B à 0,875 au titre de l'année 2020, le chef du bureau gestion des personnels civils de la DCSID et le sous-directeur du pilotage des ressources humaines de la DCSID se sont fondés, ainsi que l'administration le confirme dans son mémoire en défense, sur les fonctions exercées et de la qualité des services rendus par l'intéressée, mais également sur sa promotion au grade d'ingénieur des travaux des travaux publics de l'État à compter du 1er janvier 2020. Il ressort à cet égard des termes de la décision contestée du 21 avril 2022 que l'autorité administrative a proposé en faveur de Mme B, " lors des travaux d'harmonisation au titre de 2020 " et conformément à la note de gestion précitée du 29 décembre 2020, un " CMI supérieur à celui accordé en cas de promotion (0,85) " qui a été fixé à 0,875 en tenant compte d'une " marge de manœuvre limitée imposant un coefficient moyen à 1,01 pour l'ensemble des agents de (catégorie A en position normale d'activité au service d'infrastructure de la défense) ", de sorte que " la baisse technique de (son) CMI combinée à la majoration de (son) coefficient de grade (lui) a () fait bénéficier d'une augmentation substantielle de (son) régime indemnitaire ". L'administration précise également en défense que " la promotion de Mme B au grade d'ingénieur divisionnaire, à compter du 1er janvier 2020, constituait un paramètre entrant en compte dans la détermination de son coefficient de modulation individuelle au titre de cette même année " et que, compte tenu des termes de la note de gestion précitée du 29 décembre 2020, elle était " tenue d'attribuer un coefficient minimal à la requérante ".

11. Toutefois, en l'espèce, et ainsi que la soutient Mme B, s'il résulte de la combinaison des dispositions précitées du décret du 25 août 2003 et de l'arrêté du 25 août 2003 alors applicables, d'une part, que le taux annuel moyen de l'ISS est défini, pour les ingénieurs des travaux publics de l'État, par un taux de base affecté d'un coefficient correspondant à leurs grades et d'un coefficient propre à chaque service, et, d'autre part, que le montant de l'ISS susceptible d'être servi peut faire l'objet d'une modulation pour tenir compte des fonctions exercées et de la qualité des services rendus par l'agent, l'autorité administrative ne peut légalement se fonder sur le critère du grade détenu par ce dernier pour moduler, à la hausse ou à la baisse, le taux de son CMI par rapport à ce taux annuel moyen. Par suite, et dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que ce taux de CMI n'a pas été exclusivement modulé en tenant compte des fonctions qu'elle a exercées et de la qualité des services qu'elle a rendus au cours de l'année 2020, la requérante est fondée à soutenir que les décisions contestées des 10 janvier et 21 avril 2022 sont entachées d'une erreur de droit.

12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le chef du bureau gestion des personnels civils de la DCSID lui a notifié son coefficient final de modulation individuelle et sa dotation finale d'ISS au titre de l'année 2020 ainsi que par voie de conséquence, celle de la décision du 21 avril 2022 par laquelle le sous-directeur du pilotage des ressources humaines de la DCSID a rejeté son recours hiérarchique.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Eu égard au motif d'annulation retenu et après examen des autres moyens de la requête, le présent jugement implique nécessairement que le ministre des armées procède au réexamen de la situation de Mme B, en particulier du taux de son CMI au titre de l'année 2020 afin de déterminer le montant de sa dotation finale d'ISS au titre de cette même année, ainsi que par voie de conséquence, du montant de l'IFSE devant être servie à l'intéressée au titre de l'année 2021 dans le cadre de l'adhésion rétroactive du corps des ingénieurs des travaux publics de l'État au RIFSEEP à compter du 1er janvier 2021. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à cette autorité de procéder à cette mesure d'exécution dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 10 janvier 2022 par laquelle le chef du bureau gestion des personnels civils de la direction centrale du service d'infrastructure de la défense (DCSID) a notifié à Mme B son coefficient final de modulation individuelle et sa dotation finale d'indemnité spécifique de service (ISS) au titre de l'année 2020, ainsi que la décision du 21 avril 2022 par laquelle le sous-directeur du pilotage des ressources humaines de la DCSID a rejeté le recours hiérarchique de l'intéressée, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 500 euros à Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Rizzato, première conseillère,

M. Gueguen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le rapporteur,

C. Gueguen

La présidente,

D. Jourdan

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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