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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205283

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205283

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP BAUER-VIOLAS - FESCHOTTE-DESBOIS - SEBAGH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 8 juillet 2022 et le 28 août 2023, et un mémoire complémentaire enregistré le 12 septembre 2023 et non communiqué, M. B A, représenté par Me Mounier, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 mai 2022 par laquelle le comité national du tableau auprès du Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables a prononcé l'invalidation de ses périodes de stage ;

2°) de dire et juger qu'il sera inscrit de plein droit au tableau des experts comptables.

Il soutient que :

- son inscription au tableau est de droit en raison de l'expiration du délai de six mois prévu à l'article 44 de l'ordonnance n°45-2138 du 19 septembre 1945 ;

- la décision en litige est dépourvue de fondement dès lors que le comité national du tableau s'est satisfait d'un mail énigmatique et laconique de l'université de Nantes, sans procéder à la moindre investigation, pour conclure à l'absence d'authenticité de son diplôme ;

- en ne procédant à aucune investigation, le comité national du tableau a violé la décision du tribunal administratif de Lyon du 15 mars 2022 et, à supposer qu'elles aient existé, en s'abstenant de produire au débat le résultat de ces investigations, le comité national du tableau a méconnu les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il n'a nullement indiqué être titulaire d'un diplôme supérieur de comptabilité et de gestion (DSCG) incomplet lors de sa demande d'inscription au stage d'expertise comptable ; qu'il n'a pas pu obtenir la remise du DSCG entre 2012 et 2018 pour la bonne et simple raison que l'école de commerce Westford de Grenoble dans laquelle il a suivi les enseignements et subi avec succès les épreuves lors de l'examen de la session de 2012 avait été placée en procédure collective par un jugement du tribunal de commerce d'Annecy du 25 octobre 2012.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, et un mémoire complémentaire enregistré le 13 septembre 2023 et non communiqué, le Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables, représenté par la SCP Bauer-Violas Feschotte-Desbois Sebagh conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 4 500 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés

La clôture d'instruction a été fixée au 13 septembre 2023 par une ordonnance du 29 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'ordonnance n°45-2138 du 19 septembre 1945 portant institution de l'ordre des experts-comptables et réglementant le titre et la profession d'expert-comptable ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le décret n°2012-432 du 30 mars 2012 relatif à l'exercice de l'activité d'expertise comptable ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique ;

- les observations de Me Mounier pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a saisi le 19 septembre 2014 le conseil régional de l'ordre des experts-comptables de la région Rhône-Alpes d'une demande d'inscription au tableau en qualité d'expert-comptable stagiaire. Par décision du 17 décembre 2014, l'intéressé a été inscrit en qualité de stagiaire expert-comptable à compter du 1er octobre 2014 sous réserve de l'obtention, durant ces deux premières années de stage, du diplôme supérieur de comptabilité et de gestion (DSCG). En l'absence de validation de son diplôme avant le 30 septembre 2016, le conseil régional de l'ordre des experts-comptables de la région Rhône-Alpes a prononcé la suspension de son stage par décision du 18 octobre 2016, l'intéressé ayant encore la possibilité d'obtenir ce diplôme dans un délai de trois ans décompté à partir du 1er octobre 2016. Par courriel du 20 septembre 2018, l'intéressé a sollicité sa réinscription au tableau en qualité d'expert-comptable en se prévalant de l'obtention du DSCG en 2012. Après avoir été informé par le rectorat que le diplôme produit par l'intéressé n'était pas un diplôme authentique, le conseil régional de l'ordre des experts-comptables de la région Rhône-Alpes a, par décision du 21 octobre 2019, prononcé l'invalidation du stage de M. A, faute d'obtention du DSCG dans les délais impartis. Par une décision du 1er juillet 2020, le comité national du tableau auprès du Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables, saisi sur recours administratif préalable obligatoire, a confirmé l'invalidation des périodes de stage accomplies par M. A. Par un jugement n°2006308 du 15 mars 2022, le tribunal administratif de Lyon a annulé cette décision en raison de l'irrégularité de la composition du comité national du tableau et a enjoint à ce dernier de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En exécution de ce jugement, par la décision attaquée du 10 mai 2022, le comité national du tableau auprès du Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables a confirmé la décision rendue le 14 octobre 2019 par le conseil régional de l'ordre des experts-comptables de Rhône-Alpes prononçant l'invalidation des périodes de stage de M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 63 du décret n°2102-432 du 30 mars 2012 relatif à l'exercice de l'activité d'expertise-comptable : " Le diplôme d'expertise comptable est délivré aux candidats qui, après avoir accompli un stage professionnel conformément aux dispositions du présent décret, ont passé avec succès les épreuves constitutives de ce diplôme. ". Aux termes de l'article 67 du même décret : " Les candidats admis à accomplir le stage professionnel mentionné au premier alinéa de l'article 4 de l'ordonnance du 19 septembre 1945 susvisée portent le titre d'expert-comptable stagiaire et sont inscrits en cette qualité au tableau de l'ordre des experts-comptables selon les dispositions des articles 42 et 44 de cette ordonnance. La durée de ce stage est de trois ans. () ". Aux termes de l'article 68 du même décret : " Sont admis à accomplir le stage les candidats qui justifient de la possession du diplôme d'études comptables supérieures régi par le décret n° 81-537 du 12 mai 1981 ou du diplôme d'études supérieures comptables et financières ou du diplôme supérieur de comptabilité et de gestion. Sont autorisés à accomplir les deux premières années du stage les candidats ayant validé, par examen, dispense, report de note(s) ou validation des acquis de l'expérience, au moins quatre des sept épreuves obligatoires du diplôme supérieur de comptabilité et de gestion. Si le diplôme supérieur de comptabilité et de gestion n'est pas obtenu à l'issue des deux premières années du stage, le stage est suspendu pour une durée maximum de trois ans. Dès l'obtention du diplôme, le stage peut reprendre pour la durée restante. Si le diplôme supérieur de comptabilité et de gestion n'est pas obtenu pendant les trois années de suspension du stage, la période de stage déjà accomplie n'est pas validée. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 44 de l'ordonnance n°45-2138 du 19 septembre 1945 portant institution de l'ordre des experts comptables : " " L'affaire est portée entière devant le comité national du tableau. Celui-ci doit statuer dans un délai de six mois. Si la décision n'est pas intervenue à l'expiration de ce délai, l'inscription au tableau est de droit. ".

4. Enfin, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance susvisée du 25 mars 2020 : " I. - Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus " et aux termes de l'article 7 de cette même ordonnance : " sous réserve des obligations qui découlent d'un engagement international ou du droit de l'Union européenne, les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er ".

5. Pour prononcer l'invalidation des périodes de stage accomplies par M. A, le comité national du tableau auprès du Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé ne rapporte pas la preuve qu'il était titulaire du diplôme supérieur de comptabilité et de gestion (DSCG) au 30 septembre 2019, soit au plus tard à l'expiration des trois ans de suspension de son stage, dès lors d'une part, que le diplôme qu'il a produit en 2018 auprès du conseil régional a été reconnu comme n'étant pas authentique par courriel du 10 décembre 2018 du directeur adjoint des examens et concours du rectorat de l'académie de Nantes, et d'autre part, que ni le diplôme de master " droit économie et gestion mention affaires internationales et ingénierie économique, spécialité affaires internationales " de l'université Côte d'Opale, ni le MBA " Finance et banque spécialisation comptabilité contrôle et audit " de l'école supérieure de commerce et de management Westford ne figurent pas sur la liste des diplômes ouvrant droit à dispense du DSCG.

6. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier reçu le 19 novembre 2019, M. A a contesté devant le comité national du tableau la décision rendue le 14 octobre 2019 par le conseil régional de l'ordre des experts-comptables de la région Rhône-Alpes prononçant l'invalidation de ses périodes de stage. Par suite, en application des dispositions précitées de l'ordonnance n°2020-306, le délai de six mois prévu à l'article 44 de l'ordonnance du 19 septembre 1945 dans lequel le comité national du tableau doit statuer, faute de quoi l'inscription au tableau est de droit, a été suspendu entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020, et n'était en conséquence pas échu à la date à laquelle le comité national du tableau a rendu sa première décision du 1er juillet 2020, cette décision ayant en tout état de cause été annulée par le jugement précité du 15 mars 2022 et étant ainsi réputée n'être jamais intervenue. En outre, en adoptant la décision en litige du 10 mai 2022, le comité national du tableau a procédé au réexamen de la situation de M. A en exécution du jugement du tribunal administratif 15 mars 2022 et s'est au demeurant prononcé dans les six mois suivant la date à laquelle il était saisi du réexamen de la situation de l'intéressé. Par suite, M. A n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir que son inscription au tableau serait de droit en application des dispositions de l'article 44 de l'ordonnance n°45-2138 du 19 septembre 1945.

7. En second lieu, M. A fait valoir que le comité national du tableau ne pouvait remettre en cause, sur le fondement d'un seul courriel et sans diligenter d'investigations complémentaires, l'authenticité de son diplôme supérieur de comptabilité et de gestion (DSCG) délivré en 2012 par l'académie de Nantes, et qu'il aurait obtenu tardivement la délivrance de ce diplôme en raison de la liquidation judiciaire de l'école de commerce Westford de Grenoble auprès de laquelle il a subi les épreuves de ce diplôme avec succès ainsi qu'il l'avait indiqué lors de sa demande initiale. Toutefois, M. A, qui s'est prévalu pour la première fois de ce diplôme en 2018, ne produit aucun élément probant à l'appui de sa requête de nature à remettre en cause le bien-fondé du motif qui lui a été opposé par le comité national du tableau tenant à l'absence d'authenticité de ce diplôme supérieur de comptabilité, fondé sur un courriel du 10 décembre 2018 du directeur adjoint des examens et concours du rectorat de l'académie de Nantes dont la teneur est sans équivoque, en réponse à la demande du comité national du tableau tendant précisément à vérifier si l'intéressé avait ou non obtenu ce diplôme. Par suite, compte tenu des informations à disposition du comité national du tableau émanant directement des services de l'académie de Nantes, M. A n'est pas fondé à soutenir que ce dernier était tenu d'effectuer des diligences supplémentaires en vue de s'assurer de l'authenticité de son diplôme, ni qu'il aurait en conséquence fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article 68 du décret n°2102-432 susvisé en confirmant l'invalidation de ses périodes de stage. Le requérant n'est pas plus fondé à soutenir que la décision en litige aurait méconnu le jugement précité du tribunal administratif du 15 mars 2022 qui s'est borné a annulé la précédente décision du 1er juillet 2020 au motif de l'irrégularité de la composition du comité national du tableau et a enjoint seulement au réexamen de sa demande compte tenu de de ce motif d'annulation, ni en tout état de cause qu'elle aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1e0 mai 2022 par laquelle le comité national du tableau auprès du Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables a prononcé l'invalidation de ses périodes de stage.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation de la requête, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction doivent par conséquent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions formulées par le Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller ;

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au ministre de l'économie et des finances, et de la souveraineté industrielle et numérique, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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