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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205285

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205285

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205285
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantMOPO KOBANDA JEAN-PAUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Mopo Kobanda, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 13 juin 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à tout le moins de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard passé ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'intérêt supérieur de son beau-fils, en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; elle méconnaît également les stipulations de l'article 3 de cette première convention ;

- cette décision et celle lui refusant un titre de séjour procède d'une erreur de droit dès lors que sa situation entrait dans le champ d'application de l'article L. 436-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ces décisions sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision déterminant le pays de destination :

- elle méconnaît les exigences des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Un mémoire a été enregistré pour la préfète de l'Ain le 26 septembre 2022, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 30 juin 1988, demande l'annulation des décisions du 13 juin 2022 par lesquelles la préfète de l'Ain lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays de destination en cas de reconduite.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 436-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions de l'article L. 412-1, préalablement à la délivrance d'un premier titre de séjour, l'étranger qui est entré en France sans être muni des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ou qui, âgé de plus de dix-huit ans, n'a pas, après l'expiration depuis son entrée en France d'un délai de trois mois ou d'un délai supérieur fixé par décret en Conseil d'Etat, été muni d'une carte de séjour, acquitte un droit de visa de régularisation d'un montant égal à 200 euros, dont 50 euros, non remboursables, sont perçus lors de la demande de titre. () Le visa mentionné au premier alinéa tient lieu du visa de long séjour prévu au dernier alinéa de l'article L. 312-2 si les conditions pour le demander sont réunies ".

3. La circonstance qu'un visa de régularisation pourrait le cas échéant être délivré au requérant depuis le territoire français ne fait obstacle ni à un refus d'admission au séjour, par ailleurs non-fondé sur le défaut de visa mentionné, ni à une obligation de quitter le territoire, ni à une décision fixant le pays de destination. Par ailleurs, il n'apparaît pas que le requérant aurait sollicité le bénéfice du regroupement familial. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France le 19 mai 2019 en vue de demander le bénéfice de la protection internationale, a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 2 juin 2021 après le rejet de sa demande d'asile de manière définitive par la cour nationale du droit d'asile le 10 mai précédent. S'il se prévaut de son mariage, le 15 mai 2021, et de sa vie commune avec une compatriote bénéficiaire d'un titre de séjour de longue durée, il n'établit une vie commune avec celle-ci et son enfant, issu d'une précédente union, qu'à partir de l'année 2021. Dans ces conditions, compte tenu de la brève durée de cette vie commune et de l'absence de toute pièce tendant à indiquer des liens avec cet enfant, la décision attaquée ne saurait être regardée comme portant à son droit à une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée ni comme méconnaissant l'intérêt supérieur de l'enfant de sa compagne. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent ainsi être écartés, ainsi que celui, pour les mêmes motifs, tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

5. En dernier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'ayant ni pour objet ni pour effet de déterminer le pays de destination en cas de reconduite, le requérant ne saurait utilement soulever à son encontre le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne précitée.

En ce qui concerne la décision déterminant le pays de destination :

6. D'une part, M. B soutient être exposé, en cas de retour en République Démocratique du Congo, à des risques pour son intégrité physique, qu'il attribue tant à la situation sanitaire dans ce pays qu'aux persécutions dont il indique avoir été victime par le passé de la part des autorités. Outre qu'il ne verse aucun élément de nature à établir la réalité de ces risques en cas de retour, il n'établit pas plus le défaut d'examen également invoqué à cet égard, qui ne ressort nullement des pièces du dossier, en se bornant à relever que l'autorité préfectorale a relevé la circonstance que sa demande d'asile avait été définitivement rejetée. Dans ces conditions, les moyens afférents ne peuvent qu'être rejetés.

7. D'autre part, si le requérant indique que la décision déterminant le pays de destination viole de manière manifeste son droit et celui de sa famille au respect de leur vie privée et familiale, un tel moyen, compte tenu de l'objet d'une telle décision, est dépourvu des précisions permettant son examen.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonctions sous astreinte et celles à fin de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière.

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