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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205297

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205297

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205297
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2022 sous le n° 2205297, M. B E, ayant pour avocat la Selarl BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés (Me Bescou), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 29 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination d'une reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation, sous un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient que :

- l'arrêté attaqué n'a pas été pris par une autorité compétente pour ce faire ;

- a été méconnu son droit d'être préalablement entendu qu'il tire de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- ne mentionnant pas l'existence de Jadiel, enfant du requérant, la mesure d'éloignement se trouve entachée d'un défaut d'examen de sa situation, d'une erreur de droit et d'un vice d'insuffisante motivation ;

- cette mesure est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière faute pour le préfet d'avoir au préalable recueilli l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le préfet a commis encore une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui impartissant un délai de 30 jours pour quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- la décision fixant son pays de destination, illégale en raison de l'illégalité de cette même mesure, méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Rhône a produit des pièces enregistrées le 7 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative et la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience tenue le 9 septembre 2022. Le magistrat désigné y a présenté son rapport et a entendu :

- Me Guillaume, substituant Me Bescou, qui reprend les moyens de la requête en précisant que le défaut d'examen particulier porte également sur la situation professionnelle du requérant ;

- M. E, requérant : il indique n'avoir pas informé le préfet du Rhône qu'il était père d'un enfant né en France et qui vit chez sa mère, qu'il voit toutefois chaque jour, à l'éducation duquel il contribue en donnant un peu d'argent de temps à autre à son ex-compagne, laquelle suit une formation d'aide-soignante.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant de la République démocratique du Congo né en 1992, est entré en France en juillet 2019. Sa demande d'asile a été rejetée le 11 août 2020 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis le 9 juin 2022 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le 29 juin suivant, le préfet du Rhône, sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait obligation à M. E de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de destination d'une reconduite d'office. M. E demande au tribunal d'annuler ces décisions du 29 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

3. M. E est père d'un enfant prénommé Jadiel né le 20 septembre 2020 d'une liaison qu'il entretenait avec une compatriote, Mme D C, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en juin 2027 et qui a ainsi vocation à résider en France. Le requérant, non démenti par le préfet du Rhône qui n'a pas produit d'écritures en défense, soutient contribuer à l'éducation et à l'entretien de cet enfant, et tel en attestent Mme C ainsi que diverses connaissances du requérant. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement en litige, qui aura pour effet de priver l'enfant Jadiel de la présence de son père ou de sa mère, contrevient à l'intérêt supérieur de cet enfant, lequel est en l'espèce de grandir auprès de ses deux parents. Doit ainsi être accueilli le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

4. Il résulte de ce qui précède, sans besoin d'examiner les autres moyens soulevés par le requérant, que M. E est fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français prise le 29 juin 2022, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions du même jour lui impartissant un délai de 30 jours pour ce faire et fixant son pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L.731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

6. L'exécution du présent jugement implique la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour à M. E durant le nouvel examen de sa situation. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Rhône d'y procéder, dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de procès :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. E et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Sont annulées les décisions du 29 juin 2022 obligeant M. E à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant son pays de destination d'une reconduite d'office.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Rhône de munir M. E d'une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. E une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet du Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et à la Selarl BS2A Bescou et Sabatier Avocats Associés.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

B. A

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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