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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205320

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205320

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205320
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantZABAD-BUSTANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Zabad-Bustani, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) de surseoir à statuer dans l'attente d'une décision définitive sur la demande d'aide juridictionnelle ;

3°) d'annuler les décisions du 27 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de renouveler son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français et a désigné un pays de renvoi ;

4°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- le refus de renouveler son attestation de demande d'asile a été signé par une autorité incompétente ; il est insuffisamment motivé, notamment en fait ; il méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entaché d'erreur d'appréciation de sa situation personnelle, le préfet s'étant notamment abstenu d'examiner les risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine ; elle ne comporte aucune motivation propre, en violation des exigences de l'article 12 de la directive Retour qui sont par ailleurs méconnues par la loi française ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est insuffisamment motivée au regard des exigences de l'article 7 de la directive Retour ;

- la décision désignant le pays de renvoi méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne précitée ;

- la juridiction doit surseoir à statuer, conformément à l'article 43-1 du décret du 19 décembre 1991, dans l'attente d'une décision définitive sur sa demande d'aide juridictionnelle.

Des pièces ont été enregistrées par le préfet du Rhône le 6 septembre 2022.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme de Lacoste Lareymondie.

Vu :

- l'arrêté du 21 avril 2022 publié le 22 avril 2022 portant délégation de signature à Mme C ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 9 septembre 2022, Mme de Lacoste Lareymondie, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Zabad-Bustani, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.

Le préfet du Rhône, régulièrement convoqué, n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions tendant à ce qu'il soit sursis à statuer et sur les conclusions relatives à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. En premier lieu, d'une part, aux termes du II de l'article 51 du décret du 28 décembre 2020, qui s'est substitué aux dispositions de l'article 43-1 du décret du 19 décembre 1991 qui a été abrogé : " Sans préjudice de l'application des dispositions relatives à l'admission provisoire, la juridiction avisée du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle sursoit à statuer dans l'attente de la décision relative à cette demande. / Il en est de même lorsqu'elle est saisie d'une telle demande, qu'elle transmet sans délai au bureau d'aide juridictionnelle compétent. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 61 du même décret : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. "

2. D'autre part, aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. / () Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction ou parmi les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative statue dans un délai de six semaines à compter de sa saisine. () ".

3. Il est constant que la décision ordonnant l'éloignement de M. A a été prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la suite du rejet de sa demande d'asile. Eu égard au délai de six semaines imparti à la juridiction pour statuer sur le recours tendant à l'annulation de cette décision, conformément à l'article L. 614-5 du même code, il n'y a pas lieu, afin de préserver les droits du requérant, de surseoir à statuer dans l'attente d'une décision définitive du bureau d'aide juridictionnelle en application de l'article 51 du décret du 28 décembre 2020.

4. Par ailleurs, en raison de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 614-5 précité, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. La directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008, dite directive " Retour ", a été intégralement transposée en droit français par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. A n'établissant pas que de telles dispositions seraient contraires aux prescriptions de cette directive, il ne peut utilement l'invoquer dans le cadre du présent recours en vue de démontrer l'illégalité des décisions prises par le préfet du Rhône le 27 juin 2022.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () / Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. "

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

8. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. A, la décision par laquelle le préfet l'a obligé à quitter le territoire français, qui cite les dispositions précitées de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que l'intéressé s'est vu refuser sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, qu'il ne dispose plus du droit de se maintenir sur le territoire, et qu'il ne remplit pas les conditions lui permettant d'être admis au séjour de plein droit. Elle est, par suite, suffisamment motivée en droit comme en fait.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision en litige que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. A. Si l'intéressé fait valoir que le préfet du Rhône n'a pas examiné les risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine, la décision mentionne expressément que M. A n'établit pas qu'il serait exposé à des peines ou des traitements contraires aux stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme, tandis que, dans le cadre de la présente instance, le requérant n'indique pas quels seraient les éléments dont le préfet n'aurait pas tenu compte avant d'ordonner son éloignement.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 juin 2022 l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne le refus de renouvellement de l'attestation de demande d'asile :

11. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. " Selon l'article L. 521-7 du même code : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile () ". Aux termes de l'article R. 541-1 : " L'attestation de demande d'asile est renouvelée jusqu'à ce que le droit au maintien prenne fin en application des articles L. 542-1 ou L. 542-2. "

12. Il est constant que le droit au maintien de l'intéressé sur le territoire français a cessé, par application de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, suite au rejet opposé à sa demande d'asile. En outre, M. A n'a pas démontré l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre en conséquence du rejet de sa demande d'asile, ainsi que cela résulte de ce qui a été dit aux points 8 et 9 du présent jugement. Dès lors, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ne pouvait que refuser de renouveler l'attestation de demande d'asile de l'intéressé. Les moyens tirés de ce que cette décision aurait été signée par une autorité incompétente, serait insuffisamment motivée et qu'elle méconnaîtrait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sont donc inopérants et doivent être écartés.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

14. Contrairement à ce que soutient M. A, la décision fixant un délai de trente jours pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, qui indique que sa situation personnelle ne justifie pas qu'il lui soit accordé un délai supérieur, est suffisamment motivée. Au surplus, M. A n'expose pas quels seraient les éléments qui n'apparaissent pas dans la motivation de la décision et dont le préfet aurait dû tenir compte dans l'examen de sa situation.

En ce qui concerne la décision désignant le pays de renvoi :

15. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. " Selon l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; (). / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

16. Dans le cadre du présent recours, M. A n'apporte aucun élément en vue d'établir qu'il serait exposé à des risques pour sa vie et sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine alors qu'en outre, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Il n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la décision désignant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office serait contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

17. M. A n'établit pas davantage que la décision litigieuse porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, alors que son épouse fait également l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français.

18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement, qui rejette l'intégralité des conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction ne peuvent donc qu'être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

La magistrate désignée,

E. de Lacoste Lareymondie

La greffière,

C. Réveillé

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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