mardi 27 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2205337 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | FRERY |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 12 juillet 2022 sous le n° 2205337, M. C D, ayant pour avocat Me Frery, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination d'une reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous 15 jours, et de procéder au réexamen de sa situation, sous un mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
II. Par une requête enregistrée le 13 juillet 2022 sous le n° 2205356, Mme E H, ayant pour avocat Me Frery, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 15 juin 2022 par lequel le préfet du Rhône l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination d'une reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous 15 jours, et de procéder au réexamen de sa situation, sous un mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour ce conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
M. D et Mme H soutiennent que :
- les arrêtés attaqués n'ont pas été pris par une autorité compétente pour ce faire ;
- les mesures d'éloignement ne sont pas motivées, notamment en fait ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit, le préfet s'étant, à tort, senti lié par les décisions de la Cour nationale du droit d'asile et il n'a pas procédé à un examen particulier de leur situation ;
- elles ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- les décisions leur impartissant un délai de 30 jours pour quitter le territoire français sont illégales en raison de l'illégalité des mesures d'éloignement ;
- les décisions fixant leur pays de destination, illégales en raison de l'illégalité de ces mêmes mesures, méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet du Rhône a produit des pièces enregistrées le 7 septembre 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative et la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Vu la prestation de serment de Mme I, interprète en langue arménienne.
La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience tenue le 9 septembre 2022, où le magistrat désigné a présenté ses rapports et entendu :
- Me Frery, avocate des requérants, qui reprend les conclusions et moyens de la requête ;
- M. D et Mme H, assistés de Mme I, interprète en langue arménienne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de cette audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées n° 2205337 et n° 2205356 présentées respectivement pour M. D et Mme H, mariés, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. C D et Mme E H, nés respectivement en 1978 et 1980, de nationalité arménienne, déclarent être entrés en France le 14 décembre 2017, accompagnés de leurs deux enfants mineurs. Leurs demandes d'asile ont été rejetées le 31 octobre 2018 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis le 23 mars 2021 par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par deux arrêtés pris le 15 juin 2022 sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Rhône les oblige chacun à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe leur pays de destination d'une reconduite d'office. Par les présentes requêtes, M. D et Mme H demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés du 15 juin 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, les arrêtés attaqués du 15 juin 2022 ont été signées par Mme G F, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, laquelle bénéficiait d'une délégation pour ce faire consentie par le préfet du Rhône le 8 juin 2022, publiée le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes attaqués ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, les arrêtés en litige contiennent les éléments de droit et de fait qui fondent les mesures d'éloignement prises à l'encontre des requérants, celles-ci dès lors motivées.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas de ces motivations ni des pièces des dossiers que le préfet de Rhône, avant de prendre ces mesures, se serait senti lié par les décisions de la Cour nationale du droit d'asile. Il n'a pas davantage omis de procéder à un examen particulier de la situation particulière des requérants, au regard de leur état de santé, dont les requérants semblent se prévaloir via la production de certificats médicaux à l'appui de leur reproche d'absence de mention, par les arrêtés en litige, des " circonstances [les] ayant conduit à quitter l'Arménie ". Le préfet a en effet énoncé que ces ressortissants arméniens n'établissent pas appartenir à l'une des catégories d'étrangers visés par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne peuvent pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Parmi ces étrangers figure celui dont l'" état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". En outre, les circonstances en question sont de meilleure invocation à l'encontre des décisions fixant le pays de destination des requérants. Il s'ensuit que doit être écarté le moyen d'erreur de droit.
6. En quatrième lieu, les requérants soutiennent que leurs attaches familiales et sociales se trouvent désormais en France. M. D se prévaut essentiellement à cet effet de ses activités de joueur d'échecs, qui lui valent, le 18 juillet 2022, une promesse d'embauche en tant qu'animateur au club de Massis, à raison de 21 heures hebdomadaires. Concernant Mme H, un adjoint au maire de la commune de Pollionnay, où les requérants résident, s'engage, le 5 septembre 2022, à lui proposer un contrat à durée déterminée à temps incomplet, débutant en janvier 2023. Le couple apprend la langue française, M. D ayant obtenu, en juillet 2022, le diplôme d'études en langue française de niveau A2, niveau débutant. Le fils aîné du couple, Hovhannes, né en 2009, est scolarisé en classe de 5ème de collège, le fils cadet, B, né en 2014, en 1ère année de cours élémentaire. La famille que forment les requérants et leurs trois enfants bénéficie également de nombreuses appréciations élogieuses de la part d'habitants de cette commune et d'autres personnes. Tous ces éléments, s'ils traduisent une volonté méritoire des requérants de s'intégrer en France, eux qui y séjournaient depuis quatre ans et demi à la date des arrêtés attaqués, ne suffisent toutefois pas à faire regarder les mesures d'éloignement en litige comme portant une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale des requérants. Ceux-ci, alléguant des menaces pesant sur leur foyer, ne démontrent pas non plus, par la production de deux attestations rédigées en avril 2021, l'une par le frère du requérant, l'autre par l'un de ses anciens collègues, une impossibilité de mener une vie privée et familiale normale en Arménie, où ils ont d'ailleurs vécu jusqu'à passé l'âge de 40 ans et où leurs enfants peuvent poursuivre leur scolarité. Doivent par suite être écartés le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celui tiré de la méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
7. En cinquième lieu, les mesures d'éloignement en litige n'étant pas démontrées illégales, ne peut qu'être écarté le moyen tiré d'une telle illégalité articulé à l'encontre des décisions fixant un délai de départ volontaire de 30 jours et de celles fixant le pays de destination d'une reconduite.
8. En dernier lieu, il est stipulé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ".
9. Les requérants allèguent des risques de persécution en cas de retour en Arménie, où ils seraient exposés à la vindicte d'un oligarque député que M. D, alors gardien de nuit d'un chantier, aurait dénoncé à la police comme l'auteur de violences sur une jeune femme découverte par lui en novembre 2017 sur ce même chantier. Toutefois le laconique témoignage daté d'avril 2021 qu'ils produisent, ajouté aux attestations de mêmes dates mentionnées au point 6, ne permettent pas d'établir que M. D et Mme H, dont les demandes d'asile ont été définitivement rejetées en mars 2021, seraient effectivement et personnellement exposés à des traitements prohibés par les stipulations précitées en cas de renvoi vers leur pays d'origine. Doit par suite être écarté le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de renvoi des requérants méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D et Mme H ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions qu'ils attaquent.
Sur l'injonction :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation des requêtes, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fins d'injonction présentées par les requérants ne peuvent en conséquence qu'être rejetées.
Sur les frais de procès :
12. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, il ne saurait être mis à sa charge le versement des sommes réclamées par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête n° 2205337 présentée par M. C D est rejetée.
Article 2 : La requête n° 2205356 présentée par Mme E H est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Mme E H, et au préfet du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
B. A
La greffière,
C. Réveillé
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
N°s 2205337, 2205356
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026