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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205368

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205368

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantLEFEVRE-DUVAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juillet 2022, M. E D C, représenté par Me Lefèvre-Duval, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 14 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

M. D C soutient que :

- la décision portant refus d'admission au séjour n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en estimant qu'il n'a pas produit de licence sportive au titre de la saison 2021-2022, et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- la mesure d'éloignement est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité des décisions portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. D C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 octobre 2022.

La clôture d'instruction a été fixée au 12 septembre 2022 par ordonnance du 15 juillet 2022.

Des pièces produites par le préfet du Rhône ont été enregistrées le 11 octobre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure-publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F ,

- et les observations de Me Lefèvre-Duval, représentant M. D C.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant colombien né le 30 mai 1993, est entré en France le 20 septembre 2019. Le 15 juillet 2021, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions en date du 14 juin 2022, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. M. D C demande l'annulation des décisions portant refus d'admission au séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

2. En premier lieu, la décision du 14 juin 2022 vise les textes dont elle fait application, notamment les articles L. 423-23, L. 611-1 3°, L. 611-3, L. 612-1 et suivants, L. 613-3, L. 721-3, L. 721-4, L. 722-1 et R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, elle précise les éléments déterminants de la situation du requérant qui ont conduit à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour et à l'obliger à quitter le territoire français. En tout état de cause, le préfet n'étant pas tenu de mentionner dans ses décisions tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France de l'intéressé, les circonstances que la décision ne fasse pas mention des différentes démarches réalisées auprès de la préfecture en vue de l'obtention d'un rendez-vous, qu'elle ne vise pas l'ensemble des pièces produites par l'intéressé au soutien de sa demande, et que le préfet ait indiqué de manière erronée que sa demande constituait une demande de renouvellement de titre de séjour, qui ne révèlent aucun défaut d'examen particulier, ne sont pas de nature à l'entacher d'un défaut de motivation. Par suite, la décision comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.

3. En deuxième lieu, si le préfet a mentionné que l'intéressé avait seulement fourni une attestation de son club de Rink-Hockey faisant mention de la volonté de son président de le maintenir au sein de l'équipe pour la saison 2021-2022, sans produire de licence pour cette même saison, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui ne justifiait d'aucune licence pour la saison 2021-2022 à la date de la décision attaquée, s'est effectivement borné à produire la seule attestation visée par le préfet. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L ' 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans son pays d'origine ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D C, âgé de 29 ans, résidait en France depuis seulement deux ans et demi à la date de la décision attaquée. En outre, il est célibataire et sans charge de famille, et ne démontre pas être dépourvu de toute attache personnelle ou familiale dans son pays d'origine où résident ses parents, ainsi que ses deux frères, et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. S'il fait valoir qu'il est sportif de haut niveau et entraîneur au sein du " Rink-Hockey Club de Lyon " depuis 2019, qu'il a bénéficié d'une promesse d'embauche en date du 20 septembre 2020 pour un contrat à durée indéterminée, en qualité d'architecte, profession au titre de laquelle il a obtenu un diplôme en Colombie, qu'il a suivi des cours de langue française et justifie d'un niveau A2, et se prévaut de diverses attestations, ces seuls éléments ne permettent pas d'établir que le requérant aurait désormais en France le centre de ses attaches familiales et personnelles. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que le préfet aurait entaché d'une erreur manifeste l'appréciation à laquelle il s'est livré des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

6. En dernier lieu, M. D C s'étant abstenu de solliciter un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 421-1 ou de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut utilement invoquer les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, M. D C n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour prise à son encontre, son moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes du I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger () lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré ; / () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée./ Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

9. Il résulte de ces dispositions que si l'obligation de quitter le territoire français doit, comme telle, être motivée, la motivation de cette mesure, lorsqu'elle est édictée à la suite d'un refus de titre de séjour, se confond alors avec celle de ce refus et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ledit refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation. Les refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français attaqués visent le I de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, la circonstance que la décision portant obligation de quitter le territoire français ne mentionne pas, à son tour, l'ensemble des éléments personnels, amicaux et d'insertion présentés au soutien de la demande du requérant n'est pas de nature à établir que ladite décision serait insuffisamment motivée, dès lors que le refus de titre de séjour fait mention de ces éléments. Enfin, la circonstance que la décision contestée ne précise pas explicitement la situation humanitaire et sécuritaire en Colombie n'est pas de nature à l'entacher d'un défaut de motivation, et ce d'autant plus qu'il ressort des termes de la décision que le préfet a apprécié la situation de l'intéressé au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ainsi qu'il a été dit précédemment, le refus de titre de séjour étant suffisamment motivé, l'obligation de quitter le territoire français l'est également. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

10. En dernier lieu, en l'absence de tout élément particulier invoqué, et même en tenant compte des conséquences spécifiques à la mesure d'éloignement, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs énoncés au point 5 s'agissant du refus d'admission au séjour.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. D'une part, il résulte de ce qui précède que M. D C n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet en date du 14 juin 2022 fixant le pays de destination serait illégale du fait qu'elle serait la conséquence d'un refus de titre de séjour et d'une mesure d'éloignement eux-mêmes illégaux.

12. D'autre part, aux termes de l'article L. 721-4 su code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité () / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de cet article : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants. ".

13. Le requérant soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que la situation humanitaire et sécuritaire en Colombie, laquelle serait caractérisée par une forte délinquance de voie publique, de nombreuses agressions et une corruption importante, est particulièrement inquiétante. Toutefois, le requérant ne produit aucun élément de nature à établir le caractère réel, sérieux et actuel des risques invoqués. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. D C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 14 juin 2022 portant refus d'admission au séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement au requérant de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D C et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

M. Gille, vice-président,

M. Besse, vice-président.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.

La présidente,

G. FLe vice-président, assesseur le plus ancien

A. Gille

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet du Rhône, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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