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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205372

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205372

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205372
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantROYON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête enregistrée le 14 juillet 2022, sous le n° 2205372, M. E, représenté par Me Royon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une personne incompétente ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète de la Loire, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit des pièces le 19 septembre 2022.

II - Par une requête enregistrée le 14 juillet 2022, sous le n° 2205373, Mme C D, représentée par Me Royon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2022 par lequel la préfète de la Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation provisoire de travail dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à sa mission d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été pris par une personne incompétente ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète de la Loire, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a produit des pièces le 19 septembre 2022.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

M. et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du bureau d'aide juridictionnelle en date du 30 septembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Ont été entendus au cours de l'audience publique les rapports de M. B.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées n° 2205372 et n° 2205373 présentées respectivement pour M. et Mme D sont relatives à un même couple, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. et Mme D, ressortissants albanais nés en 1980 et 1982, sont entrés en France respectivement en janvier 2020 et juillet 2021. Ils ont présenté chacun une demande d'asile, qui ont été rejetées par décisions du 14 mars 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par deux arrêtés du 5 juillet 2022, la préfète de la Loire les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourraient être reconduits d'office. M. et Mme D demandent au tribunal l'annulation de ces arrêtés.

Sur la légalité des arrêtés du 5 juillet 2022 :

En ce qui concerne le moyen commun aux différentes décisions :

3. Les arrêtés attaqués ont été signés par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, titulaire d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète de la Loire en date du 5 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Loire du 6 mai 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des actes doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, les requérants font valoir que leurs deux filles, nées en 2005 et 2007, sont scolarisées en France depuis septembre 2021. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles ne pourraient poursuivre leur scolarité en Albanie, où elles ont d'ailleurs vécu l'essentiel de leur vie. Dans ces conditions, les décisions en litige ne méconnaissent pas l'intérêt supérieur des enfants des requérants. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant doit être écarté.

5. En second lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'indiquant pas par elles-mêmes le pays vers lequel doivent être réalisées les mesures d'éloignement, le moyen tiré par les requérants des risques encourus en Albanie et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant.

En ce qui concerne le pays de destination :

6. En premier lieu, les décisions fixant le pays de destination citent les dispositions applicables et précisent que M. et Mme D, dont les demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'établissent pas être exposés à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans le pays dont ils ont la nationalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Les requérants soutiennent qu'ils subissaient en Albanie des menaces de la part de voisins, dans un contexte de conflit de propriété. Toutefois, ils n'établissent pas, par leur récit et les pièces produites, la réalité des faits allégués ni l'existence de risques réels et actuels en cas de retour en Albanie. Par suite, et alors au demeurant que leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme D ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés du 5 juillet 2022 de la préfète de la Loire sont entachés d'illégalité et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte des requêtes doivent également être rejetées, de même que celles tendant à l'application combinée des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2205372 de M. D est rejeté.

Article 2 : La requête n° 2205373 de Mme D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme C D et à la préfète de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Thierry BLa greffière,

Sophie Lecas

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,-2205373

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