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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205374

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205374

mercredi 2 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205374
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantWINDEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 et 29 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Windey, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 15 juin 2022 par lesquelles le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision portant refus d'admission au séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne lui a pas été communiqué, qu'il n'est pas établi que cet avis comporte les mentions prévues par l'arrêté du 29 décembre 2016 ; que la décision attaquée ne mentionne pas la date de l'avis du collège de médecins, ni ne mentionne le rapport médical sur la base duquel l'avis a été rendu pas plus que la transmission de ce rapport médical au collège de médecins ; qu'aucun élément ne permet de s'assurer que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; qu'aucun élément ne permet de s'assurer que l'avis du collège de médecin a bien été rendu au terme d'une délibération collégiale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet du Rhône a produit des pièces enregistrées le 28 juillet 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 août 2022.

La clôture d'instruction a été fixée au 12 septembre 2022 par ordonnance du 15 juillet 2022.

Des pièces ont été produites par le préfet du Rhône en date du 28 septembre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme G a donné lecture de son rapport.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais né le 21 juillet 1980, est entré en France à la date déclarée du 5 avril 2017 pour y solliciter l'asile. Par une décision du 23 mars 2018, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 3 septembre 2018. Par un arrêté du 26 avril 2019, le préfet du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, décision confirmée par un jugement du tribunal du 14 octobre 2019. Le 22 juin 2021, M. A a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 425-9 et L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 15 juin 2022, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 12 mois. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée du 15 juin 2022 a été signée par Mme F, directrice adjointe des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet en date du 8 juin 2022, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". L'article R. 425-11 du même code dispose : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

4. Selon les termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. (). ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège de médecins à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ".

5. Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport () ". Aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. () ".

6. D'une part, aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni aucun principe ne fait obligation au préfet de communiquer à l'intéressé l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) au vu duquel a été prise la décision de refus de séjour. D'autre part, il ressort des termes de l'avis établi par le collège de médecins du service médical de l'OFII en date du 29 octobre 2021 que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Eu égard à la teneur de cet avis, les médecins du collège n'avaient pas à se prononcer sur la disponibilité des soins dans le pays d'origine de M. A, de sorte que cet avis comporte l'ensemble des mentions exigées par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 précité. En outre, dès lors que le préfet n'y était pas tenu, la circonstance que la décision attaquée ne mentionne pas la date de l'avis du collège de médecins, pas plus que la date du rapport médical ni sa date de transmission au collège de médecins, est sans incidence sur sa légalité. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le rapport médical relatif à la situation de M. A a été établi le 13 octobre 2021 par le Dr E, médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et transmis au collège de médecins le 14 octobre suivant. C'est ainsi nécessairement au vu de ce rapport que le collège de médecins de l'OFII a rendu son avis du 29 octobre 2021, produit en défense par le préfet et qu'il vise dans sa décision. Cet avis mentionne qu'il a été rendu par les trois médecins qui composent le collège, régulièrement désignés, sans que le médecin qui a rédigé le rapport préalable prévu par l'article R. 425-11 du code précité ne fasse partie du collège, conformément aux dispositions de l'article R. 425-14 du même code. Enfin, l'avis précité du 29 octobre 2021, signé des trois médecins composant le collège, porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " démontrant ainsi le caractère collégial de la délibération. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit, en toutes ses branches, être écarté.

7. En troisième lieu, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

8. Pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité en raison de son état de santé, le préfet s'est approprié l'avis précité du collège de médecins de l'OFII en date du 29 octobre 2021, selon lequel si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le requérant conteste l'appréciation portée sur son état de santé s'agissant du défaut de prise en charge médicale qui selon lui devrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier et notamment d'un certificat médical daté du 18 juillet 2022 que M. A souffre d'un stress post-traumatique compliqué d'un état dépressif qui nécessite la prise d'un traitement médicamenteux composé d'antidépresseurs et d'anxiolytiques, ce certificat indiquant que " les soins psychiatriques restent toujours indispensables car, à défaut, les risques de rechutes seront importants et le risque de passage à l'acte auto-agressif et suicidaire le serait aussi () ". Toutefois, ce certificat, postérieur à la décision attaquée, est insuffisamment précis et circonstancié pour permettre, à lui-seul, d'infirmer l'avis du collège de médecins de l'OFII. En outre, si M. A expose que les médicaments nécessaires au traitement de son état de santé ainsi que le suivi régulier par un psychiatre avec lequel il peut établir un lien de confiance thérapeutique ne sont pas disponibles dans son pays d'origine et que ce pays est à l'origine de sa pathologie, ces allégations sont sans incidence sur la légalité de la décision contestée, qui repose non sur la disponibilité de soins dans le pays d'origine de l'intéressé mais sur les conséquences d'un défaut de prise en charge de son état de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger accueilli par les organismes mentionnés au premier alinéa de l'article L. 265-1 du code de l'action sociale et des familles et justifiant de trois années d'activité ininterrompue au sein de ce dernier, du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ (). ".

10. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger justifie de trois années d'activité ininterrompue dans un organisme de travail solidaire, qu'un rapport a été établi par le responsable de l'organisme d'accueil, que l'étranger ne vit pas en état de polygamie et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux de cette activité et de ses perspectives d'intégration. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

11. Pour refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, le préfet du Rhône a relevé que M. A ne justifiait pas de trois années d'activité ininterrompue au sein d'un organisme d'accueil communautaire et d'activités solidaires, à savoir L'Oasis, ni ne produisait le rapport établi par le responsable de l'organisme d'accueil mentionnant l'agrément de cet organisme, la nature, le volume horaire et le caractère réel et sérieux de l'activité de l'intéressé en son sein ainsi que les perspectives d'intégration, les compétences acquises et le projet professionnel de celui-ci. Le requérant verse à l'instance un rapport de l'association L'Oasis, organisme agréé par arrêté du 24 août 2018, daté du 15 juillet 2022, selon lequel M. A exerce, depuis le 2 décembre 2019, une activité d'entretien de locaux, de vente et de cuisine à raison de 35 heures par semaine, pour laquelle il perçoit une rémunération de 272,45 euros. Toutefois, en se bornant à soutenir que rien n'interdisait au préfet de le régulariser, M. A ne conteste pas utilement le motif tiré de ce qu'à la date de la décision attaquée, il ne justifiait pas de trois années d'activité ininterrompues au sein de cet organisme. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet a pu refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 / () ".

13. En l'espèce, M. A se borne à soutenir que, résidant en France depuis cinq années et exerçant une activité depuis plus de deux ans au sein de l'association L'Oasis, il justifie de circonstances exceptionnelles. Toutefois, ces éléments ne sauraient être considérés comme constitutifs de motifs exceptionnels au regard de son expérience et de ses qualifications, au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne l'admettant pas au séjour à titre de régularisation pour des motifs exceptionnels sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

15. Si M. A, âgé de 41 ans, réside en France depuis cinq ans à la date de la décision attaquée, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est maintenu en situation irrégulière en dépit d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 26 avril 2019, confirmée par un jugement du tribunal du 14 octobre 2019. En outre, il est célibataire et sans charge de famille et ne démontre aucune vie privée et familiale intense, ancienne et stable en France alors qu'il a vécu l'essentiel de son existence au Pakistan, où demeurent ses parents et sa sœur. Par ailleurs, la nécessité pour lui-même de rester en France en raison de son état de santé n'est pas démontrée par les pièces médicales versées au dossier, dès lors qu'elles ne permettent pas d'établir qu'une interruption de son traitement aurait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé. Enfin, s'il justifie de son implication au sein de l'association L'Oasis, cet élément ne suffit pas à démontrer qu'il aurait désormais le centre de sa vie privée et familiale en France. Dans ces circonstances, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et ainsi méconnu les stipulations susmentionnées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de séjour, son moyen tiré de cette illégalité et soulevé pour les mêmes motifs, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

17. En deuxième lieu, selon les termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ".

18. Comme il a été dit précédemment au point 8, par les éléments qu'il produit, M. A ne justifie pas que l'interruption de sa prise en charge médicale aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

19. En dernier lieu, si le requérant fait état de son activité au sein de l'association L'Oasis, et même en tenant compte des conséquences spécifiques liées à la mesure d'éloignement, ces éléments ne sont pas de nature à caractériser une erreur manifeste commise par le préfet dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

20. En premier lieu, faute pour M. A d'avoir démontré l'illégalité de la décision portant refus de séjour, son moyen tiré de cette illégalité soulevé par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.

21. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

22. Le requérant soutient que la situation sanitaire actuelle au Pakistan impose qu'un délai supérieur à trente jours lui soit accordé. Toutefois, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait sollicité un délai de départ volontaire supplémentaire ni qu'il serait dans l'impossibilité de retourner dans son pays d'origine, l'intéressé n'établit pas que le préfet, en lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours, aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

23. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que M. A n'est pas fondé à soutenir que cette décision est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

24. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants. ".

25. En l'espèce, M. A soutient qu'il encourrait des risques pour sa vie en cas de retour au Pakistan, en raison des menaces adressées par les talibans et les militaires. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que par la Cour nationale du droit d'asile, cette dernière relevant que " ses déclarations sont apparues particulièrement générales et peu crédibles sur les craintes qu'il éprouverait en cas de retour en Pakistan " et que " ni les pièces du dossier ni les déclarations faites à l'audience devant la cour ne permettent de tenir pour établis les faits allégués et pour fondées les craintes énoncées ". Dans le cadre de la présente instance, M. A se contente de produire l'entretien réalisé à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile. Dès lors, il n'apporte aucun élément probant susceptible d'établir le caractère réel, sérieux et actuel des menaces invoquées. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

26. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

27. Il ressort de la décision attaquée que, pour fixer à douze mois la durée d'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet du Rhône a relevé que M. A avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'avait pas exécutée, qu'il ne justifie pas d'une vie privée et familiale ancienne, stable et intense en France et qu'il n'est pas démuni de liens personnels et familiaux au Pakistan. Si le requérant justifie d'une durée de résidence de cinq ans sur le territoire français ainsi que d'efforts d'intégration sociale et professionnelle, il ressort des pièces du dossier qu'il se maintient en situation irrégulière sur le territoire français depuis le rejet de sa demande d'asile, malgré le prononcé d'une mesure d'éloignement prise à son encontre le 26 avril 2019, qu'il n'a ainsi pas exécutée, alors au surplus que la légalité de cette mesure a été confirmée par un jugement du tribunal en date du 14 octobre 2019. En outre, il est célibataire et sans charge de famille et ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu l'essentiel de son existence. Dans ces conditions et alors même que M. A ne représente aucune menace pour l'ordre public, le préfet du Rhône a pu, sans méconnaître les dispositions précitées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, prononcer une interdiction de retour pour une durée de douze mois, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, de caractère disproportionné.

28. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont serait entachée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté pour les mêmes raisons que précédemment s'agissant du refus de titre de séjour.

29. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A à l'encontre des décisions du 15 juin 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés au litige :

30. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement au requérant de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Rhône.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Verley-Cheynel, présidente,

M. Gille, vice-président,

M. Besse, vice-président.

.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 202La présidente,

G. GLe vice-président, assesseur le plus ancien

A. Gille

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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