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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205378

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205378

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantDEBBACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2022, Mme B C, représentée par Me Debbache, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 4 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privé et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de prendre une nouvelle décision dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros hors taxes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son signataire ;

- elle est entachée d'erreur de fait, dès lors qu'elle vit depuis son arrivée sur le territoire français au domicile de M. A et n'a jamais déclaré être séparée de lui et qu'elle est mère de deux enfants mineurs et non d'un enfant mineur ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant cru lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné Mme Reniez, conseillère, pour statuer en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative ;

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Le rapport de Mme Reniez, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C ressortissant guinéenne selon ses déclarations, conteste les décisions du 4 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée en date du 4 juillet 2022 a été signée par Mme E D, directrice adjointe des migrations et de l'intégration à la préfecture du Rhône, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du préfet du Rhône 8 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le lendemain, d'une délégation pour signer un tel acte. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque ainsi en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, Mme C soutient que la décision est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle n'est pas séparée du père de ses enfants. Toutefois, elle ne produit aucun élément attestant de sa vie commune avec celui-ci alors que selon les mentions figurant sur son attestation de demande d'asile elle avait déclaré être séparée. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, Mme C soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de fait dès lors qu'elle est mère de deux enfants mineurs et non d'un seul. Toutefois, Mme C, qui ne produit aucune pièce en dehors des décisions contestées, ne justifie pas dans la présence instance être mère de deux enfants mineurs. En tout état de cause, à supposer même qu'elle soit la mère de deux enfants mineurs et non d'un seul, il résulte de l'instruction que le préfet du Rhône aurait pris la même décision.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Mme C soutient qu'elle vit en couple avec le père de ses enfants depuis son arrivée sur le territoire français. Toutefois, elle ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations de nature à établir la vie commune entre le père de ses enfants et elle-même ou de nature à établir que le père de ses enfants contribuerait à leur éducation et leur entretien. Par ailleurs, elle ne se prévaut d'aucune attache en France en dehors de ses enfants et de son compagnon et elle ne justifie pas d'une insertion particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 4 juillet 2022 par laquelle le préfet du Rhône l'a obligée à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, la décision litigieuse comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Rhône se serait cru lié par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit par suite être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des traitements inhumains ou dégradants ".

12. Mme C invoque un risque d'excision en cas de retour dans son pays d'origine et indique craindre de subir de mauvais traitements. Toutefois, elle n'apporte dans la présente instance aucun élément de nature à établir la réalité des risques auxquels sa fille ou elle-même seraient personnellement exposées, alors que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 4 juin 2021 et de la Cour nationale du droit d'asile du 3 mai 2022 et que la demande d'asile présentée pour sa fille a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 4 juin 2021. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 4 juillet 2022 par laquelle le préfet du Rhône a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de la requête de Mme C sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La magistrate désignée,

E. Reniez

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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