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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205388

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205388

mercredi 14 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205388
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantCOTTET-EMARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 juillet et 11 septembre 2022, Mme A D, représentée par Me Cottet-Emard, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 16 juin 2022 par lesquelles la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " admission pour raison de santé ", ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, le tout dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État.

Mme D soutient que :

- la décision portant refus d'admission au séjour est entachée de vices de procédure, à défaut pour la préfète de justifier avoir disposé de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et de ce que le rapport médical a été établi par un médecin de l'Office distinct des membres du collège et transmis aux membres de ce collège ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle contrevient aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle ne respecte pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle contrevient aux stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 août 2022, la préfète de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle du 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué à Mme E les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 12 septembre 2022, Mme E a présenté son rapport et entendu les observations de Me Cottet-Emard, avocat de Mme D, qui a repris les moyens soulevés dans la requête en insistant sur l'absence de preuve rapportée par la préfète de ce que le rapport médical soumis au collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été rédigé par un médecin distinct, sur les informations récentes relatives à son état de santé et sur la réussite scolaire de sa fille aînée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante albanaise née le 20 juillet 1987, déclare être entrée en France le 19 juillet 2014. Elle a obtenu, à compter du 17 septembre 2017, un titre de séjour délivré au regard de son état de santé et renouvelé jusqu'au 17 septembre 2021. Elle en a sollicité le renouvellement le 23 juin 2021. Par des décisions du 16 juin 2022, la préfète de la Loire a refusé de l'admettre au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office. Par un arrêté du 5 septembre 2022, Mme D a été assignée à résidence. Elle demande l'annulation des décisions du 16 juin 2022.

Sur l'étendue du litige :

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". En application de l'article L. 614-9 du même code, en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention de l'étranger intervenu en cours d'instance, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue dans un délai de cent quarante-quatre heures à compter de la notification de cette décision par l'autorité administrative au tribunal.

3. Par ailleurs, aux termes de l'article R. 776-1 du code de justice administrative : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du chapitre IV du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 732-8 du même code, ainsi que celles du présent code, sous réserve des dispositions du présent chapitre, les requêtes dirigées contre : 1° Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, prévues aux articles L. 241-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les décisions relatives au séjour notifiées avec les décisions portant obligation de quitter le territoire français ; 2° Les décisions relatives au délai de départ volontaire prévues aux articles L. 251-3 et L. 612-1 du même code ; 3° Les interdictions de retour sur le territoire français prévues aux articles L. 612-6 à L. 612-8 du même code et les interdictions de circulation sur le territoire français prévues à l'article L. 241-4 dudit code ; 4° Les décisions fixant le pays de renvoi prévues à l'article L. 721-4 du même code ; 5° Les décisions d'assignation à résidence prévues aux articles L. 731-1, L. 751-2, L. 752-1 et L. 753-1 du même code. () " En vertu de l'article R. 776-17 du même code : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. () "

4. Il résulte des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code de justice administrative qu'il y a seulement lieu pour le magistrat désigné de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation des décisions du 16 juin 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour demeurant de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif. Dès lors, ces dernières conclusions, ainsi que les conclusions accessoires afférentes, doivent être réservées jusqu'en fin d'instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus d'admission au séjour ;

5. En premier lieu, la décision en litige vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 425-9, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, elle fait mention, en se référant à l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 8 décembre 2021, de l'état de santé de Mme D qui nécessite une prise en charge médicale dont le défaut de soins pourrait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Elle précise qu'elle peut, compte tenu de l'offre de soins et des caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé lui permet de voyager sans risque. La décision expose, en outre, les éléments de la vie personnelle et familiale de l'intéressée. Dans ces conditions, sans que la préfète ait eu besoin de mentionner la réalité de la situation sanitaire, de l'offre de soins, et du système de santé en Albanie, le refus d'admission au séjour est motivé.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision en litige, ni des pièces du dossier, que la préfète de la Loire, qui a relevé notamment qu'aucun élément du dossier ne venait utilement contredire l'avis du collège des médecins de l'OFII du 8 décembre 2021, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante avant de refuser de l'admettre au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit en l'absence d'examen particulier du dossier de la requérante doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé ". Enfin, aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. () ".

8. Par ailleurs, aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 mentionné plus haut : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. / () ".

9. D'une part, il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'OFII. Préalablement à l'avis rendu par ce collège d'experts, un rapport médical, relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur, doit lui être transmis. Le médecin instructeur à l'origine de ce rapport médical ne doit pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet.

10. L'avis du 8 décembre 2021, versé à l'instance, sur lequel la préfète de la Loire a fondé en partie le refus de délivrance d'un titre de séjour, a été rendu par un collège de médecins de l'OFII composé des Dr C, Jedreski et Bernard sur la base du rapport médical relatif à la situation de Mme D, établi le 16 novembre 2021 par le Dr B, médecin de l'Office, et qui leur a été transmis le jour même. Quand bien même ce rapport médical n'est pas produit, le requérant n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause les documents produits par la préfète de la Loire relatifs à l'identité du médecin l'ayant rédigé. Par suite, les vices de procédure allégués par la requérante ne sont pas démontrés.

11. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

12. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a subi une thyroïdectomie associée à une chimiothérapie ainsi que diverses interventions de chirurgie digestive, dont l'une en urgence en Grèce en 2016, dont les complications l'ont conduite à subir, en dernier lieu le 26 mars 2021, une oeso-gastrectomie totale. Elle indique suivre un traitement à vie par hormones thyroïdiennes et parathyroïdiennes et fait état de complications postopératoires ayant nécessité une nouvelle intervention en novembre 2021 et une hospitalisation au cours de l'été 2022, ce qu'elle ne démontre pas, les dernières pièces médicales produites, datées postérieurement à la décision en litige, attestant d'un suivi postopératoire et ne révélant aucune difficulté particulière. Au surplus, elle n'établit pas l'impossibilité pour elle de bénéficier d'un suivi médical approprié de ses deux pathologies dans son pays d'origine en arguant de la dégradation du système de santé albanais. Ainsi, les éléments avancés par la requérante ne permettent pas de remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII du 8 décembre 2021. Par suite, la préfète de la Loire, en refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme D, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Ce moyen doit donc être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

14. Mme D est arrivée en France le 19 juillet 2014, à l'âge de 27 ans, avec sa fille mineure née en 2005. Sa seconde fille est née en France en 2017. Si elle résidait en France, à la date de la décision attaquée, depuis huit ans, elle ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle sur le territoire français, ni vie privée et familiale intense, ancienne et stable. En effet, la seule présence de ses deux filles mineures et leur scolarisation ne suffisent pas à démontrer qu'elle aurait, ainsi qu'elle le soutient, déplacé le centre de sa vie privée et familiale en France, dès lors qu'elle a vécu l'essentiel de son existence en Albanie. Elle n'établit pas qu'elle serait dans l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale dans son pays d'origine, où, ainsi qu'il a été indiqué précédemment, il n'est pas démontré qu'elle ne serait pas en mesure d'accéder à une prise en charge effective et appropriée de son état de santé. Dans ces circonstances, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels ils ont été pris et auraient ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage fondée à soutenir que la préfète de la Loire aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

15. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant à Mme D la délivrance d'un titre de séjour, par voie d'exception, doit être écarté.

S'agissant du surplus des moyens ;

16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ".

17. Compte tenu de ce qui a été dit au point 12, et alors que Mme D développe ici les mêmes arguments, elle n'établit pas qu'elle ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans le pays dont elle a la nationalité. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la préfète de la Loire aurait méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 14 de ce jugement, le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement ne respecterait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

20. Mme D fait valoir que la mesure d'éloignement porte atteinte à l'intérêt de ses deux filles, scolarisées en France, eu égard en particulier à la réussite scolaire de son aînée depuis son arrivée sur le territoire français, alors que sa cadette, née en France, ne maîtriserait pas la langue albanaise. Toutefois, elle ne démontre pas que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer dans tout autre pays que la France, ni que la scolarisation de ses enfants ne pourrait y être poursuivie, alors que sa plus jeune fille n'a que cinq ans. Alors que la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer les deux enfants de leur mère, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète de la Loire n'aurait pas respecté les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

21. Mme D n'ayant pas établi que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité, elle n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office manque de base légale.

22. Il résulte de tout de qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du préfet du Rhône du 16 juin 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi. Les conclusions à fin d'annulation qu'elle présente à ce titre doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreintes afférentes.

Sur les frais liés à l'instance :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme D tendant à l'annulation du refus de délivrance d'un titre de séjour du 16 juin 2022 ainsi que les conclusions accessoires afférentes sont renvoyées pour qu'il y soit statué en formation collégiale.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et à la préfète de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2022.

La magistrate désignée,

K. E

La greffière,

N. Oudji

La République mande et ordonne à la préfète de la Loire en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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