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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2205393

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2205393

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2205393
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantSIREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2022, la société VL Autos, représentée par Me Sireau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel le préfet du Rhône a résilié la convention d'habilitation inviduelle n° 142984 délivrée à M. C, gérant de la société VL Autos, le 6 novembre 2014, lui permettant d'effectuer les formalités administratives liées aux opérations d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a rejeté le recours gracieux qu'elle a présenté le 15 mars 2022 à la suite de la résiliation de la convention d'habilitation individuelle n° 142984 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une habilitation au service d'immatriculation des véhicules dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ou, de réexaminer sa situation sous le même délai, sous astreinte de 500 euros parjours de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 960 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et le condamner aux dépens de l'instance.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit, d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation ; ainsi les conditions cumulatives prévues pour la résiliation de la convention ne sont pas satisfaites alors que, d'une part, elle n'a commis aucun manquement aux obligations de la convention d'habilitation individuelle et que, d'autre part, la condition d'un manquement répété n'est pas démontrée ; sa situation ne relève pas des cas de résiliation de plein droit prévus par l'article 10 de la convention et la résilation ne se fonde sur aucun des cas prévus par une disposition législative ou réglementaire ni sur une stipulation contractuelle opposable ; elle disposait d'un droit acquis au maintien de la convention compte tenu de sa reconduction tacite ; cette décision constitue une sanction administrative entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; le caractère frauduleux de la délivrance d'un certificat d'immatriculation n'est pas établi ; le préfet excède son champ de compétence en procédant à la qualification pénale des faits alors qu'aucune plainte n'a été déposée et que le Procureur de la République n'a pas été saisi.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2022, le préfet du Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 19 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique ;

- les observations de Me Sireau, avocat de la société VL Autos.

Considérant ce qui suit :

1. La société VL Autos, dont M. C est le gérant, a été habilitée par une convention n° 142984, signée le 6 novembre 2014, à effectuer les formalités administratives liées aux opérations d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion. Cette convention, entrée en vigueur à la date de sa signature, a été conclue pour une durée de cinq ans, tacitement reconductible. Par un arrêté du 24 janvier 2022, le préfet du Rhône a résilié la convention d'habilitation inviduelle n° 142984 délivrée à l'intéressée. La société requérante a présenté un recours, le 15 mars 2022, à l'encontre de cette décision qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. La société VL Autos demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 322-1 du code de la route : " I. - Tout propriétaire d'un véhicule à moteur, d'une remorque dont le poids total autorisé en charge est supérieur à 500 kilogrammes ou d'une semi-remorque et qui souhaite le mettre en circulation pour la première fois doit faire une demande de certificat d'immatriculation en justifiant de son identité (). Cette demande de certificat d'immatriculation est adressée au ministre de l'intérieur par le propriétaire, soit directement par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules : " () Les demandes d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion sont adressées au ministre de l'intérieur soit par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article IV de la convention d'habilitation individuelle " Professionnel de l'automobile " du 6 novembre 2014 : " Le professionnel habilité s'engage à : - Proposer au client d'effectuer les démarches liées aux opérations d'immatriculation pour son compte et lui demander de signer le mandat dont le modèle figure en annexe 6 ; Informer le client des pièces telles que définies par voie règlementaire à fournir pour une opération d'immatriculation ; - Transmettre au SIV les données nécessaires aux opérations d'immatriculation des véhicules dans le respect de la réglementation et des régimes de fonctionnement du système () ". Aux termes de l'article VII de la même convention : " Chaque partie veille à la sécurité des données, à la régularité des opérations effectuées () ". Aux termes de l'article X de la même convention intitulé suspension et résiliation : " 1) suspension et résiliation à l'initiative du préfet : En cas de manquements répétés aux obligations de la présente convention du professionnel habilité, le préfet territorialement compétent organise une procédure de concertation pour mettre un terme à ces manquements. En cas d'échec avéré de cette concertation, le préfet peut suspendre ou, moyennant le respect d'un préavis de deux mois, notifier par lettre-recommandée avec accusé de réception la résiliation de la présente convention () ".

4. Pour retirer l'habilitation en litige, le préfet du Rhône, s'est fondé sur l'article IV de la convention d'habilitation en vertu duquel il appartient au professionnel habilité de transmettre au Service d'immatriculation des véhicules (SIV) les données nécessaires aux opérations d'immatriculation dans le respect de la réglementation, a ensuite estimé que la société VL Autos avait effectué des démarches tendant à la délivrance frauduleuse d'un certificat d'immatriculation et indiqué que les faits relatifs à la vente d'un véhicule au profit de M. B A, par la société requérante, pouvaient être qualifiés sur le fondement de l'article 223-1 du code pénal, et a enfin relevé que le préfet peut prononcer la résiliation de la convention en vertu de l'alinéa 1 du paragraphe 1 de l'article X de cette convention en cas de manquements répétés aux obligations de la convention et en cas d'échec de la concertation.

5. Il ressort des pièces du dossier que la société VL Autos dispose d'une habilitation, délivrée par le préfet du Rhône, pour effectuer les formalités administratives liées aux opérations d'immatriculation des véhicules. Elle exerce, par ailleurs, une activité de négoce et de réparation de véhicules. La société requérante a vendu, le 28 février 2021, à M. B A, un véhicule de marque Citroën, type Jumper, pour un montant de 6 500 euros T.T.C, outre la somme de 165 euros correspondant aux frais de réalisation de la carte grise. Avant qu'il ne soit vendu, ce véhicule a fait l'objet d'un premier contrôle technique, le 25 février 2021, auprès du centre de contrôle technique Palanchon situé à Fareins (Ain), concluant à l'existence de défaillances majeures. La société requérante, qui fait état de ce qu'elle a alors procédé elle-même aux réparations correspondant à ces constatations, a soumis le véhicule, après ces réparations, à un second contrôle technique (contre-visite), le 2 mars 2021, auprès du même centre de contrôle technique qui a ainsi dressé un procès-verbal de contrôle technique contre-visite " favorable ", levant donc les défaillances majeures précédemment constatées. Le véhicule a été ensuite immatriculé par le vendeur, la société VL Autos, au profit de l'acquéreur, M. A. En raison du comportement inhabituel du véhicule sur la route, l'acquéreur a toutefois diligenté un nouveau contrôle technique, le 11 mars 2021, auprès du centre Securitest situé à Evrecy (Calvados), qui a constaté des défaillances majeures et M. A a signalé ces faits à la préfecture du Rhône. Toutefois, et alors qu'il ressort par ailleurs des pièces du dossier que ce procès-verbal du 11 mars 2021 fait état de points de contrôle majeurs défaillants distincts de ceux exposés lors du contrôle du 25 février 2021, ces seuls éléments ne suffisent pas à établir que le procès-verbal de contre-visite du 2 mars 2022 établi par le même centre de contrôle agréé qui avait relevé les défaillances majeures ayant justifié cette contre-visite, et les démarches d'immatriculation effectuées par la société requérante au vu dudit procès-verbal, ont été réalisés afin d'obtenir la délivrance frauduleuse d'un certificat d'immétriculation. Par suite, le préfet du Rhône n'établit pas que l'intéressée aurait manqué à ses obligations au sens de l'article IV de la convention d'habilitation individuelle n° 142984 signée le 6 novembre 2014. Au surplus, le 1) de l'article X de cette convention, dont l'administration a fait application pour procéder à la résiliation litigieuse à raison de ce seul grief, mentionne que seuls des manquements répétés aux obligations prévues par cette convention peuvent donner lieu à sa résiliation.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société VL Autos est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2022 portant résiliation de la convention d'habilitation et de la décision par laquelle le préfet du Rhône a implicitement rejeté son recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Le présent jugement, qui annule l'arrêté du préfet du Rhône du 24 janvier 2022 portant résiliation de la convention d'habilitation inviduelle n° 142984, signée le 6 novembre 2014, pour une durée de cinq ans, tacitement reconductible, n'implique pas, dès lors que la convention d'habilitation est ainsi rétablie, à ce qu'il soit enjoint à l'autorité administrative de délivrer une habilitation ou de réexaminer la situation de la société requérante doivent être rejetées.

Sur les dépens de l'instance :

8. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Par suite, les conclusions de la société requérante tendant à la condamnation de l'Etat aux dépens de l'instance doivent, en tout état de cause, être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 400 euros à verser à la société VL Autos en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel le préfet du Rhône a résilié la convention d'habilitation inviduelle n° 142984 délivrée à M. C, gérant de la société VL Autos, le 6 novembre 2014 et la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 15 mars 2022 sont annulés.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 400 euros à la société VL Autos en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la société VL Autos est rejetée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société VL Autos et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience le 5 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2024.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

T. Andujar

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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